<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024</id><updated>2011-07-07T15:30:34.650-07:00</updated><title type='text'>Le monde de jadis était bien plus beau et bien plus intéressant…</title><subtitle type='html'>Au XIXe siècle de nombreux européens visitèrent le monde dans le but de découvrir les autres civilisations, les autres cultures. C'était le siècle avant deux terribles guerres qui furent le suicide de l'Europe et une première mondialisation qui allait détruire peu à peu tout ce qui faisait la singularité, l'altérité des peuples du monde.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>13</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-1381967058686060257</id><published>2009-03-16T11:07:00.000-07:00</published><updated>2009-10-20T11:10:32.015-07:00</updated><title type='text'>Bactriane 1880 : les petits rats de Karchi…</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sb65vpemNeI/AAAAAAAABbQ/zl0_TH1JufA/s1600-h/BLIII+19.jpg" onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}"&gt;&lt;img alt="" border="0" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5313888838582941154" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sb65vpemNeI/AAAAAAAABbQ/zl0_TH1JufA/s400/BLIII+19.jpg" style="cursor: pointer; display: block; height: 400px; margin: 0px auto 10px; text-align: center; width: 277px;" /&gt;&lt;/a&gt;Nous donnons une pièce de monnaie au loulli, qui se confond en remerciements ; des morceaux de pain à l’ours, qui grogne de plaisir ; puis les deux artistes se retirent en faisant fuir à toutes jambes les curieux entassés sous le porche.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans cette même journée, nous recevons la visite du plus vieil homme de Karchi et probablement du Bokhara, où les centenaires n’existent probablement pas, car on y vieillit vite. Ce patriarche, qui arrive à cheval, a quatre vingt-douze ans ; il est possible qu’on ait exagéré pour la circonstance ; en tout cas, il ne paraît pas beaucoup plus jeune, et sa barbe est d’une blancheur de neige. Il est de taille moyenne, encore droit, s’exprime avec facilité, et son geste est vif. Il a, dit-il, les petits-enfants de ses petits-enfants. La chose est possible dans ce pays où l’on marie les filles à douze ou treize ans et quelquefois les garçons à seize ou dix-sept. Notre visiteur nous renseigne sur la culture du sol et les modifications qu’on a pu y apporter de son vivant ; il nous conte également l’histoire des vents et des pluies aussi loin en arrière que sa mémoire peut porter. Il confirme ce qu’on nous a dit à Gouzar, à savoir que, depuis dix ans, la quantité d’eau est plus grande dans les rivières, et qu’il pleut plus souvent, ce qui tient, selon lui, à une plus grande masse de neige dans les montagnes.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;A peine notre visiteur est-il sorti que la pluie tombe comme une preuve à l’appui de ses dires, et le vent du sud-est souffle précisément.&lt;br /&gt;Et il se passe ceci : tandis que les Afghans attendent à Mazari-Cherif que la passe de Bamniane soit praticable, que la neige soit fondue, afin de pouvoir porter à Abdou­rhaman-Khan les cadeaux que l’émir de Bokhara lui envoie à contre-cœur, sans le moindre espoir d’être payé de retour, le vent apporte en compensation, au pays de celui qui donne, l’humidité prise aux cimes des montagnes afghanes qui sera la source de bien d’autres richesses.&lt;br /&gt;Nous visitons le plus grand et le plus confortable des hammams de Karchi. Il a été construit aux frais d’un riche marchand, le même qui a fait paver à l’instar de l’Occident une des principales rues de la ville. Le plan de l’édifice a été fourni par un architecte de Bokhara.&lt;br /&gt;Le bain est ouvert à tout le monde moyennant une légère rétribution. Les revenus de l’établissement sont affectés à l’entretien d’une médressé qui accueille des élèves nombreux.&lt;br /&gt;Le donateur a laissé la réputation d’un saint homme, car il a fait grandement les choses. Ce hammam, qui passe pour être le plus beau du Bokhara, est le mieux installé et le mieux construit de tous ceux que nous avons fréquentés en Asie. On entre d’abord dans une grande salle au plafond très-élevé ; une lampe à huile suspendue à une poutre laisse tomber de ses trois longs becs une lumière tremblotante. C’est là qu’est réuni le personnel du bain, les serviteurs, les masseurs musculeux à peine vêtus, qui se tiennent à la disposition des clients. En l’air, les linges sèchent sur des cordes tendues. Tout autour, une estrade large et élevée, couverte de nattes, court le long des murailles ; elle sert de vestiaire pour les habits que le baigneur entasse simplement à côté de lui. C’est aussi là qu’on prend une légère collation au sortir des étuves, qu’on dort, le temps de se reposer de la fatigue du massage, et qu’au grand divertissement des habitués, les jeunes danseurs viennent étudier leur art et répéter leurs exercices en petite tenue. Dans cette académie de danse naissent des passions qui font faire des folies aux débauchés, et commettre des meurtres aux jaloux.&lt;br /&gt;Une allée en pente mène aux piscines, par des couloirs se succédant à angle droit. A l’extrémité de chaque couloir, sous des voûtes cintrées, on a ménagé des bancs de pierre recouverts de nattes ; les baigneurs s’y étendent pour l’essuyage. On pénètre ensuite dans une salle ronde, faiblement éclairée ; au milieu, dans la buée, on distingue un banc s’enroulant à une large table en maçonnerie, ronde comme le fût tronqué d’une colonne colossale. Sur la table, une lampe à bec ; sur le banc, des écuelles de cuivre battu qui servent à puiser l’eau aux réservoirs placés sous des voûtes basses, au fond de chambres qui partent en éventail de la salle centrale. Suivant le plus ou moins d’aptitude du baigneur à la cuisson de son propre individu, celui-ci va puiser aux réservoirs une eau plus ou moins bouillante, se promène sur les dalles plus on moins chaudes et s’asperge. Si un massage lui agrée, de solides gaillards se présentent ; le «patient» se couche à plat ventre sur les dalles, les jambes allongées, les deux mains placées sur la tête qu’on appuie sur une pelote de linge. Une fois la position prise l’exécuteur enfourche sa victime et la «travaille» des pieds et des mains. Il procède d’abord au massage du dos, puis à celui des bras et des jambes ; il est très-habile et pousse un sifflement de mitron travaillant au pétrin ou un grognement d’animal qui s’acharne. Il fait jouer chaque articulation, craquer les doigts de la main, les orteils du pied, les tire, tord les reins à droite, à gauche, vous retourne sur le dos, et tout le corps y passe, toujours avec des grognements ou des sifflements. L’opération terminée, le masseur lave le « cadavre » et l’essuie.&lt;br /&gt;Entre deux ondées nous visitons la ville, en compagnie du mirza Iva Dila. C’est le fils de «l’emistre», comme dit Abdoul, qui veut prononcer ministre. Le mirza est un grand et beau garçon élégant, toujours somptueusement vêtu, aimant à plaisanter et à jaser ; c’est un jeune homme de bonne famille, assez insignifiant, qui est quelque chose par son père. On l’a attaché à la personne du beg de Karchi.&lt;br /&gt;Il nous mène voir le pont qui est la merveille de Karchi et du Bokhara, où les ponts se comptent sur les doigts ; on se sert de gués, d’un emploi plus difficile, mais d’une construction moins coûteuse. Le pont a environ quatre-vingts pas de long ; il est construit en briques cuites, assez large pour qu’une arba et deux cavaliers passent de front.&lt;br /&gt;— Un beau pont ! dit fièrement le mirza.&lt;br /&gt;— Par Allah ! un très-beau pont, répondis-je.&lt;br /&gt;Et mon admiration enorgueillit le mirza qui n a rien vu de mieux, et ne se doute guère de ce que les Européens ont construit dans ce genre.&lt;br /&gt;Du pont, il nous conduit chez un potier. Un ouvrier ousbeg, très-musculeux, vêtu d’un simple caleçon de toile, pétrit la terre avec ses pieds.&lt;br /&gt;— Combien de temps vas-tu piétiner la terre ?&lt;br /&gt;— Durant une journée, nous dit-il ; puis je la travaille un peu avec les mains, et elle peut être modelée.&lt;br /&gt;— Combien vends-tu la plus chère de tes cruches ?&lt;br /&gt;— Un quart de tenga.&lt;br /&gt;— Veux-tu nous montrer de quelle manière tu fabriques une cruche ou un pot ?&lt;br /&gt;— Volontiers&lt;br /&gt;Il nous fait entrer dans son atelier, où est installé son tour en bois et perpendiculaire. L’ouvrier pose une motte de terre sur la plate-forme, et au moyen de ses pieds, il la fait tourner rapidement sur son pivôt. En un instant, sans autre outil que ses mains, il confectionne un vase d’un galbe assez gracieux.&lt;br /&gt;Le mirza lui demande :&lt;br /&gt;— Combien de temps t’a-t-il fallu pour apprendre ton métier ?&lt;br /&gt;— Six ans.&lt;br /&gt;— Tu es donc bien bête ! Et les curieux rient de bon cœur. Cependant des ouvriers potiers du voisinage sont venus nous voir ; ils sont tous très-robustes et très-mus­clés, mais de taille petite. Quand le vase est tourné, on le met sécher au soleil, puis cuire au four pendant une nuit. Le four est chauffé avec des broussailles recueillies dans la steppe.&lt;br /&gt;Après la poterie, c’est une des fabriques de marmites (le fonte, dont Karchi fait un grand commerce, que nous allons visiter. La matière première est apportée de Russie à dos de chameaux.&lt;br /&gt;L’avant-veille de notre départ pour le Chahri-Sebz, le mirza vient nous annoncer que le beg enverra le soir des danseurs donner une représentation en notre honneur. A la tombée de la nuit, des serviteurs apportent des lanternes et les accrochent à une corde tendue entre deux des piliers qui soutiennent le toit de la galerie. Sur le sol, on étend un tapis de feutre. Des brasiers où brûle l’excellent charbon de Saxaoul sont alignés à une extrémité du tapis, à l’intention des musiciens. De massives chandelles de suif sont allumées et jettent de vives lueurs sur le visage des curieux qui se pressent dans la cour. Quelques coups de tambourin annoncent l’arrivée des artistes, et le public court à leur rencontre et les entoure. Abdoul est rayonnant de joie, et il les reçoit avec un empressement significatif.&lt;br /&gt;Abdoul est un amateur, c’est visible. Nous nous installons au fond de la galerie, au bord du tapis. Les trois musiciens, armés de tambourins qui composent l’orchestre, vont s’agenouiller devant les brasiers ; ils tiennent leur tam-tam au-dessus du feu, et la chaleur fait tendre les parchemins. De temps à autre, ils donnent un coup sec pour constater le degré de tension. Les danseurs s’approchent et nous saluent à tour de rôle. Ils sont cinq. Les deux plus grands portent le costume des femmes, les trois autres ont conservé leurs vêtements d’hommes. Ils s’accroupissent contre le mur, les jambes croisées, face au public. Deux serviteurs sont spécialement chargés d’éclairer les artistes avec des torches, de façon qu’on les voie bien.&lt;br /&gt;L’aîné des danseurs a seize ans, le plus jeune douze. Ils sont de petite taille relativement à leur âge. ils ont les traits fins, la figure efféminée, l’œil agrandi par le maquillage, les cils teints et les sourcils réunis au bas du front par un trait noir. Leurs cheveux, rasés sur le sommet de la tête, sont longs à partir des tempes. Ceux qui ont le costume de femme portent de fausses nattes maintenues par un foulard lié sur la tête, et dont les pans flottent sur leurs épaules. Ils ont des bagues aux doigts. Leurs culottes sont serrées aux chevilles, et leur khialat est pincé à la taille.&lt;br /&gt;Les trois plus jeunes ouvrent le ballet ; l’un d’eux a les traits d’une pureté remarquable, il est très-beau, et la foule l’accueille par des paroles flatteuses. Il répond par ses sourires les plus lascifs, et met dans ses poses le plus qu’il peut de volupté. Ni l’un ni l’autre de ces danseurs ne possède convenablement son art ; ils doivent leur succès surtout à leur jeunesse. Ils sont bientôt las et vont s’accroupir à la place qu’ils occupaient auparavant. On leur sert le thé, et Abdoul veille à ce qu’on ne leur ménage point le sucre.&lt;br /&gt;Les deux premiers sujets entrent en scène. Ils ont des grelots aux poignets et aux chevilles. Tous deux sont des danseurs hors ligne ; ils font preuve de beaucoup d’agilité et de précision. L’un, surtout, a dans ses mouvements et ses gestes une grâce surprenante et féminine. Son corps souple, ses mains et ses pieds délicats, ses grands yeux noirs voilés de cils longs et soyeux, sa figure fine, d’un modèle ferme, un ensemble aux lignes douces et agréables en font l’expression vivante et complète, le type de cet hermaphrodite que les Grecs et l’antiquité ont tant aimé. Ce n’est plus l’homme, ce n’est pas la femme ; c’est un être bizarre que recherchent des hommes à l’œil trouble, mâles de mauvais aloi qu’on rencontre à chaque pas dans les villes d’Asie.&lt;br /&gt;Maintenant, le premier sujet est debout, il met de l’ordre dans son ajustement de femme ; les tam-tams résonnent, la cadence est lente. Sur place, il lève légèrement le pied droit placé en équerre, le laisse tomber avec un mouvement peu accentué de la hanche opposée ; en même temps il bat des mains, laissant glisser la main droite sur la paume de la main gauche immobile à hauteur de la figure, et il secoue chaque fois la tête en mesure, les grelots résonnent. Puis les tambourins accélèrent la cadence, et il glisse en avant et en arrière avec les mêmes gestes des mains et des pieds. Les musiciens chantent, hurlent sur une note très-aiguë ; le danseur écarte les bras horizontalement comme quelqu’un cherchant l’équilibre, et ramène à chaque pas une main près de la tête, tandis qu’il en éloigne l’autre. Ensuite il va les bras ballants, avec des secousses des épaules, la tête penchée en arrière, puis les mains sur les hanches, alternant le pied qu’il pose cri avant. La cadence devient très-rapide, et il exécute sur place des pirouettes vertigineuses pendant plus d’une minute. Les musiciens hurlent comme des damnés en se balançant, puis ils frappent un coup retentissant, et le danseur s’arrête subitement. Il reprend la figure qui ouvre le ballet ; la cadence est de nouveau lente, il vient à petits pas, les bras en l’air, avec un sourire, s’accroupir en face de nous. Son compagnon qui le copie exactement est à ses côtés. Il se penche en arrière au point que la tête touche le sol, il se tord sur ses reins mollement, se redressant avec un tressaillement nerveux à un «ouah!» formidable de l’orchestre. Il chante avec un déhanchement lent et continu, frappe des mains, caresse ses nattes, imite la femme qui coud sur son genou, qui se pare, huile ses cheveux, touche délicatement ses seins. A ce moment, la cadence est lente, et les déhanchements ininterrompus sont accompagnés de mouvements de ventre en avant, comme ceux du fandango. Les deux batchas se relèvent, marchent les bras en l’air, tournent plusieurs fois sur eux-mêmes, se balancent sur place, en arrondissant les pans de leurs robes, relevés au-dessus de la tête. Pour finir, ils prennent un bâton de chaque main, pirouettent en les frappant l’un contre l’autre au-dessus de la tête, puis l’un d’eux se pose sur un genou pendant que l’autre tourne toujours et frappe sur le bâton que lui présente son compagnon, autant de fois qu’il lui fait face. Ils alternent dans la suite, s’agenouillant à tour de rôle. Ils jettent les baguettes. L’«étoile» seule reste en scène ; il fait le tour du tapis en chantant, pirouette plusieurs fois avec une vitesse inimaginable, excité par les chants de l’orchestre. Enfin, un dernier coup de tam-tam, et il tombe à genoux, s’incline, puis il se relève et va boire la tasse de thé qu’il a bien méritée.&lt;br /&gt;[…]&lt;br /&gt;Quand elle commence, les Bokhares partagent leur attention entre les danseurs et nous-mêmes ; ils sont curieux de lire sur notre visage l’impression que nous produit ce spectacle. Mais, quelques-uns exceptés, ils n’ont bientôt plus d’yeux que pour ces enfants. Tels, dans la foule, placés au premier rang, avec leur bouche entr’ouverte, leurs lèvres en avant, leurs yeux allumés, se font voir dans le paroxysme de la luxure. Abdoul est littéralement empoigné, et, lorsque les batchas altérés demandent à boire tout en dansant, il est le premier à leur tendre la tasse de thé, et si à la hâte ils veulent aspirer une bouffée de fumée, c’est encore Abdoul qui leur présente le tchulim bien allumé. Ils l’en remercient par un tendre regard. Au reste, ces jeunes gens, quand ils sont en scène, restent en communication avec le public, où ils s’efforcent de faire des victimes, et ils prodiguent à leurs admirateurs des œillades langoureuses et des sourires pleins de promesses.&lt;br /&gt;Un incident faillit interrompre la représentation il y avait, mêlés au public, plusieurs batchas ; le préféré de l’un d’eux s’aperçut qu’un des assistants adultes s’approchait trop de l’objet de sa flamme, et éclata en menaces furieuses contre l’osé personnage qui prétendait chasser sur ses terres. Un homme du beg intervint et mit fin à une querelle qui eût pu se terminer par une lutte sanglante, comme il arrive très-fréquemment à ce propos.&lt;br /&gt;Le lendemain, nous allons voir un jardin public qu’on nous donne pour le plus verdoyant de Karchi. Il est entouré d’un mur de terre, avec des découpures figurant des créneaux. Nous n’y trouvons pas grand monde. A une de ses extrémités se dresse une mosquée de belle apparence, à la façade ornée de briques émaillées ; Abdoullah-Khan l’aurait fait construire. De l’herbe, des arbres fruitiers, des mûriers d’une belle venue, autour de mares d’eau, font de ce jardin un endroit assez plaisant où le peuple vient manger, boire le thé, se divertir à écouter un chanteur, et, plus volontiers encore, dormir à l’ombre.&lt;br /&gt;Un gardien de ce jardin est en même temps tisserand. Il fabrique une assez belle étoffe de soie sur un métier fait de bois et de roseaux, qu’il nous dit avoir lui-même construit. C’est le métier Jacquart aussi simple que possible ; il manie la navette à la main.&lt;br /&gt;Près de la masure où le tisserand habite, sous un bel arbre, à l’air libre, un homme d’âge avancé est assis sur ses talons. Un passant s’empresse respectueusement vers lui, s’incline, s’agenouille et lui baise humblement les mains ; puis il se retire avec des saluts profonds à chaque pas en arrière.&lt;br /&gt;— Quel est cet homme ? demandai-je.&lt;br /&gt;— Un saint, répond Abdoul. Son père, mort depuis quelques années, était lui-même un saint illustre, et les fidèles vont en foule prier sur sa tombe.&lt;br /&gt;Les gens qui nous accompagnent, le mirza en tête, vont baiser la main de ce vénérable personnage. Sur ce, il boit la tasse de thé que lui a versée un de ses petits-enfants, qui ne le quitte point.&lt;br /&gt;Nous le saluons poliment et chargeons Abdoul de lui porter nos «salamalecs» les plus cordiaux. Celui-ci s’acquitte de la commission avec beaucoup de dignité, baise la robe du saint homme, qui le charge de nous transmettre des bénédictions et la promesse que, dans ses prières, il n’oubliera pas de demander à Allah bonne santé et longue vie pour les deux Faranguis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;(J'ai oublié de noter d'où j'ai extrait ce texte ; je commence mes recherches dès que j'en ai le temps !)&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-1381967058686060257?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/1381967058686060257/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/bactriane-1880-les-petits-rats-de.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/1381967058686060257'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/1381967058686060257'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/bactriane-1880-les-petits-rats-de.html' title='Bactriane 1880 : les petits rats de Karchi…'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sb65vpemNeI/AAAAAAAABbQ/zl0_TH1JufA/s72-c/BLIII+19.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-2281365025666324549</id><published>2009-03-05T03:16:00.000-08:00</published><updated>2009-03-05T04:02:38.720-08:00</updated><title type='text'>Brésil 1880 : chasse et gastronomie amazoniennes</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa-93kNdfBI/AAAAAAAABWc/lLo5umUTn1A/s1600-h/BLIII+18.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 261px; height: 400px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa-93kNdfBI/AAAAAAAABWc/lLo5umUTn1A/s400/BLIII+18.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5309671248003693586" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il est possible que l'auteur se soit trompé pour nombre des animaux qu'il décrit ; nous avons conservé cependant la graphie originale et les tournures de l'époque (par exemple, le tiret entre&lt;/span&gt; très&lt;span style="font-style: italic;"&gt; et l'adjectif).&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt; A propos de l'auteur, j'en suis encore à chercher de quel ouvrage j'ai tiré cet extrait…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Un silence de mort plane sur le miroir poli des ondes qui scintillent au soleil de midi ; des deux cô­tés, aussi loin que la vue peut atteindre, se dresse, comme une muraille épaisse et continue, la verdure de la forêt vierge ; pas la moindre colline ne brise la ligne finement découpée de l’horizon; le firmament immense au-dessus des flots d’un jaune terne, puis les rives plates, fortement boisées, avec leur sol glissant aux reflets rouges tel est, sur une étendue de plus de sept à huit cents kilomètres, le caractère du bas Madeira dans sa grandiose uniformité.&lt;br /&gt;Çà et là seulement on voit surgir de la verdure quelques chaumes de palmier ; bien rarement on en aperçoit les placides et taciturnes habitants. Les jours, en cette contrée, coulent uniformes et silencieux comme les flots unis de la rivière, et l’un ressemble à l’autre.&lt;br /&gt;Au premier crépuscule du matin, avant même que les rayons du soleil aient dissipé les vapeurs blanchâ­tres qui planent sur les eaux, le pilote appelle l’équi­page aux embarcations. Les grandes marmites, les tentes vivement repliées, les hamacs et les peaux de bœuf qui servent à giter, tout cela est porté à bord, sans oublier nos instruments et nos armes, et chacun s’installe à son poste. Vigoureusement et en cadence, les minces pagaies plongent dans les flots, et le lourd canot s’ébranle lentement. On va ainsi, d’un coup de rame égal, pendant trois ou quatre heures, jusqu’à ce qu’on trouve un endroit où l’atterrissage soit facile, le terrain sec et muni de bois à brûler.&lt;br /&gt;Là on prépare le déjeuner, dont l’invariable menu est une bouillie de farine de manioc ou de maïs, avec des poissons frais ou séchés et un morceau de jacaré, c’est-à-dire d’alligator. Ceux de nos Indiens qui ne sont pas occupés aux soins de la cuisine profitent souvent de ce moment de liberté pour se confectionner des che­mises neuves en écorce. La marchandise voulue abonde à portée de la main. Immédiatement on entend la fo­rêt résonner du bruit sourd des coups de hache, du craquement des arbres qui tombent ; et, avant que l’appel du déjeuner ait retenti, on voit nos gens reve­nir chargés de morceaux d’écorce luisants comme de la soie, de soixante-dix centimètres de largeur environ sur quatre mètres de long et quelques millimètres d’épaisseur, qu’ils se mettent aussitôt en devoir de façonner.&lt;br /&gt;L’outil qui sert à cette besogne est d’une simplicité primitive. Il consiste en un marteau échancré, qui est fait d’un bois très-dur, et que l’on nomme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ranceta&lt;/span&gt;. A force de martelage les fibres de l’écorce s’ameublis­sent ; leurs jointures ondulées paraissent entièrement à jour ; la lame d’écorce, d’abord résistante et ligneuse, finit par devenir souple et malléable, et on même temps se distend du double en largeur. Dans cet état, on la lave de manière à en expulser le suc, on la tord, et on la suspend pour qu’elle sèche.&lt;br /&gt;Elle offre d’abord l’aspect d’une étoffe de laine gros­sière, blanche ou brune, avec des reflets jaunâtres, et laisse voir deux couches de fibres ondulées qui, sans se croiser. positivement, adhèrent ensemble par de petits filaments. Avec l’entaille de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;maceta&lt;/span&gt; on lui imprime ensuite une belle apparence damasquinée. Il est impossible, à coup sûr, de trouver un costume de travail d’une confection plus expéditive et mieux approprié au climat tropical que cette &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cascara&lt;/span&gt; des Indiens de Bolivie.&lt;br /&gt;La coupe du vêtement rivalise, au point de vue clas­sique, avec la marchandise. On prend un morceau d’écorce, de trois mètres de long à peu près, au mi­lieu duquel on ménage un trou pour passer la tête, et on coud des deux côtés jusqu’à la hauteur de la hanche. Une ceinture faite de cordons de laine ou d’un mor­ceau de liane complète ce costume original.&lt;br /&gt;Une autre branche d’industrie fort cultivée pendant les intermèdes de navigation, c’est la fabrication des chapeaux de paille. On y emploie les plus jeunes pousses d’un palmier de petite espèce, qu’on utilise pour le même usage au Pérou, dans l’Équateur, etc., et ce genre de couvre-chef, également connu en Eu­rope sous le nom de chapeau chili ou panama, est tout ce qu’il y a de plus solide. Au reste, l’art de tresser délicatement et avec goût toute sorte d’ouvrages sem­ble inné à cette race ; ils font en paille de palmier ou en jonc d’admirables petits paniers, des nattes mer­veilleuses, qu’ils peignent de diverses couleurs et qu’ils vendent excessivement cher dans les anciennes Mis­sions du Mamoré.&lt;br /&gt;A l’appel du premier pilote, chaque équipage se masse autour de sa marmite ; chacun reçoit sa portion dans une calebasse ou dans une écuelle de corne ; après quoi il faut voir se démener les cuillers, également dc corne, comme les plats. Si, préalablement, on a tué ou pris au lasso un jacaré, chacun à peu près on a un morceau, de la queue autant que possible, mis à la broche, et découpe de respectables rondelles avec cette jubilation qu’excite d’ordinaire la vue d’un succulent rôti chez des gens qui ont peiné, plusieurs heures du­rant, au grand air.&lt;br /&gt;La chair de l’animal est blanche, analogue à celle du poisson, et a un air assez appétissant, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi coriace que le meilleur caoutchouc. Il y a pourtant une tribu d’Indiens boli­viens, les Canitchanas, de l’ancienne Mission de San ­Pedro sur le Mamoré, qui préfère le rôti d’alligator à toute autre viande ; au contraire, les Cayuabas d’Exaltacion et les Moxos proprement dits de Trinidad ont, sur ce point, le palais plus civilisé ils font beaucoup plus de cas de la chair de bœuf, du poisson et de la tortue, que du saurien à odeur musquée. La tortue sur­tout, qui ne se rencontre plus en amont des cataractes du Madeira, c’est-à-dire dans le Guaporé et le Mamoré, constitue, à leurs yeux, un régal des plus dé­licats.&lt;br /&gt;Il nous arriva plusieurs fois sur le bas Madeira d’avoir tout autour du feu de notre cuisine des tortues de toutes les grandeurs, depuis des bêtes de pleine venue, mesurant un mètre de longueur, jusqu’à des petites, grosses comme la main ; il y en avait à toutes les sauces, entières et dépecées, en soupe ou rôties, à l’écuelle, à la broche ou en ragoût, toutes fumant ou bouillant à qui mieux mieux.&lt;br /&gt;Un bain dans la rivière, immédiatement après man­ger, est passé pour tous ces Indiens à l’état de seconde nature ; je n’en ai jamais vu un qui on ait été incom­modé.&lt;br /&gt;Après un arrêt de deux heures, on réintègre à bord les ustensiles culinaires, les hamacs, les tentes-para­sols, et l’on continue le voyage. Se présente-t-il, che­min faisant, une bonne place pour pêcher, à l’embou­chure d’un petit ruisseau latéral ou dans le voisinage d’un banc de vase qui fuit tout doucement, on fait halte de nouveau. On reconnaît ordinairement de loin ces endroits à la présence d’une quantité de blancs hérons ou d’alligators au corps allongé, car ces bêtes s’enten­dent fort à découvrir les meilleures pêcheries et s’y rassemblent dans la même vue. Malgré les alligators, nos rameurs n’en prennent pas moins leur bain, en riant et en plaisantant comme d’habitude ; tout au plus se tiennent-ils un tantinet plus près de la rive;  ils n’ont nullement peur, je vous assure, de ces monstres à écailles, malgré leur énorme gueule et leur queue puissante ; le danger est, ma foi, plutôt pour ces der­niers, surtout si l’on a consommé la dernière côtelette de crocodile.&lt;br /&gt;D’ordinaire alors, un des Canitchanas demande la permission de chasser. On s’empresse de la lui accorder, car la chasse excite chaque fois une gaieté géné­rale et nous vaut un bon supplément de provisions. Sans perdre de temps, notre Indien attache soigneuse­ment un fort lacet de peau de bœuf brute à l’extrémité d’une longue perche, rejette prestement au-dessus de sa tête sa légère chemise d’écorce, entre dans l’eau peu profonde, et marche lentement sur le saurien, en se baissant du mieux qu’il peut et en poussant devant lui son lacet et sa perche.&lt;br /&gt;L’alligator regarde tout ce manège avec une tranquil­lité morne et sans donner d’autre signe de vie que par le puissant aviron de sa queue, qu’il remue de temps à autre paresseusement. Puis, à mesure que l’Indien se rapproche de lui, il le regarde fixement. Déjà le lacet fatal flotte à une longueur de bras devant son museau, il ne le remarque point ; il semble fasciné et ne quitte pas de l’œil l’audacieux chasseur, qui profite du premier moment pour lui jeter le lacet sur la tête et serrer le nœud d’un mouvement de vigoureuse se­cousse.&lt;br /&gt;Alors les compagnons de l’Indien, qui jusqu’alors ont attendu sur le bord, baissés et sans souffler mot, se hâtent d’accourir, et quatre ou cinq de ces vigou­reux gaillards, dont la peau a le lustre foncé du bronze, remorquent au rivage le jacaré, qui, de son côté, tire de toutes ses forces en arrière. Une fois à terre, quelques bons coups de hache sur la queue et sur le crâne ont bientôt fait de le rendre inoffensif.&lt;br /&gt;Supposez que l’alligator, au lieu de reculer, marche sur les Indiens, ceux-ci seraient sans doute obligés de planter là perche et lacet pour se sauver ; mais le monstre, qui résiste avec entêtement, paraît bien loin d’avoir cette pensée, et le combat finit toujours par sa mort. Une fois seulement, sur douze et plus, ayant af­faire à un animal de cinq mètres de long, exception­nellement vigoureux, qui se débattait avec fureur, je jugeai convenable de lui envoyer, du plus près que je pus, un coup de carabine à travers le crâne ; je craignais qu’un des Canitchanas ne fît trop amplement connaissance avec sa queue redoutable et hérissée de pointes.&lt;br /&gt;Avant qu’on ait achevé de dépecer cette proie mon­strueuse, on a soin de lui couper les quatre glandes à musc qu’il porte par paires sous la mâchoire et sous le ventre à la naissance de la queue; autrement toute no­tre viande serait infectée de cette odeur pénétrante. Il paraît toutefois que les dames boliviennes, à Santa­ Cruz de la Sierra et à Cochabamba, aiment beaucoup cette substance ; elles l’emploient, mélangée avec de l’eau de rose, pour parfumer leur chevelure noire de jais. Ce sont ces mêmes señoras, aux nerfs peu sensi­bles, qui adorent par-dessus tout les combats de tau­reaux, s’entendent à rouler la cigarette avec une grâce inimitable et à danser le fandango au demeurant in­capables, ou peu s’en faut, de signer leur nom.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa-93YnxeGI/AAAAAAAABWU/ndpjAbt2qZQ/s1600-h/BLIII+17.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 268px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa-93YnxeGI/AAAAAAAABWU/ndpjAbt2qZQ/s400/BLIII+17.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5309671244892829794" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Après cet intermède, on reprend l’aviron avec une nouvelle énergie, jusqu’à ce que, à la tombée de la nuit, on puisse s’arrêter sur un banc de sable ou dans la forêt pour y établir son gîte et y préparer le princi­pal repas. Les embarcations sont amarrées aux lourds câbles faits de bruns filaments de palmier piassaba, et reposent, à l’abri du choc des troncs flottants, dans une anse du rivage.&lt;br /&gt;Le crépuscule est à peine sensible ; en l’espace de quelques minutes la nuit étend son voile imposant, et les brillantes constellations du ciel austral, le Centaure et le Vaisseau, montent avec une tranquillité majes­tueuse au firmament.&lt;br /&gt;Tandis que nous nous apprêtons à faire des obser­vations astronomiques, on allume tout alentour une demi-douzaine de grands feux pétillants, à la lueur va­cillante desquels les arbres de la forêt voisine semblent des spectres géants qui nous contemplent. Nos In­diens, qui ont peiné et sué toute la journée, s’as­soient auprès du feu. Ils causent, ils fument, ou re­gardent faire les apprêts du souper. Ils ont quitté leur rude vêtement de travail, la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cascara&lt;/span&gt;, pour revêtir à la place la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;carniseta&lt;/span&gt;. C’est un surtout de laine, forme sac et sans manches, une espèce de poncho cousu la­téralement, que les Indiens des Missions, sur leurs primitifs métiers de tisserand, excellent à confection­ner, et dont la blancheur éblouissante est encore re­haussée par deux franges de laine écarlate qui courent des deux côtés le long des coutures.&lt;br /&gt;La coupe simple de ces costumes magnifiquement drapés prête aux groupes variés de personnages cou­chés autour du feu un caractère imposant qui rappelle l’antique. C’est sous cet aspect qu’on se figure une station de ces hardis navigateurs phéniciens qui don­nèrent naissance au commerce et aux relations inter­nationales en allant avec leurs barques, gréées à la lé­gère, chercher sur les îles lointaines l’ambre jaune et l’étain précieux.&lt;br /&gt;Les moustiques sont, eux aussi, de la nuitée. A de certaines places, particulièrement dans le fourré du bois, sous la verdure des cacaotiers, sous le dôme chevelu des grands figuiers, où pas le moindre cou­rant d’air ne contrarie les légères évolutions de ces démons ailés, il est impossible à un Européen de fer­mer l’œil sans une moustiquaire. Quant à nos Indiens, il y en a bien peu qui usent de cet engin protecteur ; la plupart d’entre eux, leur repas achevé, étendent par terre une peau de bœuf, et après avoir pris la simple précaution d’asséner quelques bonnes tapes indispen­sables pour exterminer le plus gros de la légion, ils dorment les poings fermés jusqu’à l’aurore, sans autre plafond que la voûte étoilée.&lt;br /&gt;C’est ainsi que sur le cours inférieur du Madeira les journées s’écoulent, uniformes et paisibles. Mais, lorsqu’on a enfin atteint les rapides, la besogne quoti­dienne devient plus complexe. Le remorquage souvent périlleux des embarcations dans les étroits canaux écumeux entre les récits, le transport par terre du chargement et des chaloupes, avec les mille petits incidents qui s'ensuivent, tout cela jette de la variété dans la monotonie de cette rude vie des forêts.&lt;br /&gt;La pêche et la chasse, dans les provinces d’Ama­zone et de Matto Grosso, ont une importance dont on ne se fait point aisément idée dans notre Europe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès sa tendre enfance, le petit Tayupo — c’est le nom sous lequel on désigne généralement aujourd'hui la population de couleur sédentaire des bords de l’A­mazone — accompagne son père dans le léger ca­not à travers les plaines inondées par la crue du fleuve, charmant voyage sous le dôme ombreux des futaies, parmi les palmiers à la couronne verdoyante et les grands troncs entrelacés de lianes qui se reflè­tent dans le sombre miroir des eaux. L’enfant suit aussi l’homme fait en plein fleuve; il le voit, des heures entières, immobile, le lourd harpon à la main ; épier le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pirarucu&lt;/span&gt; gigantesque ou le lamantin parmi les tas de laiche flottante et de pousses sauvages.&lt;br /&gt;Le&lt;span style="font-style: italic;"&gt; pirarucu&lt;/span&gt;, ce «gros bonnet de la rivière», atteint souvent une taille de quatre mètres. Il est couvert d’écailles larges de trois doigts, dont chacune présente une bordure écarlate très-nettement dessinée. Quand on l’a pris, on lui fend le dos longitudinalement, on retire la colonne vertébrale, puis on dispose la chair par petites couches d’un doigt à peine d’épaisseur, et dans cet état, on le sale et on le fait sécher au soleil. Comme il est très-hygroscopique, et que l’atmosphère des plaines de l’Amazone est saturée de vapeurs hu­mides, on est obligé de remettre de temps on temps au soleil les morceaux de chair qui sentent mauvais. Or, disons-le en passant, les boutiquiers. des petites villes telles que Manaos n’ayant pour cela de place plus commode que les dalles des trottoirs, sur les­quelles tombent à pic les rayons brûlants du soleil tropical, il en résulte une infection inimaginable. Qui a respiré le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pirarucu&lt;/span&gt; est déjà aguerri à point pour le manger.&lt;br /&gt;Un gibier tout différent, c’est le lamantin ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;peixe­boi&lt;/span&gt; (poisson-bœuf, bœuf d’eau) ; on le nomme ainsi à cause de son large mufle qui rappelle celui du bœuf. Sa chair tendre, assez analogue à celle du porc, est un aliment toujours recherché, un mets délicat du pays.&lt;br /&gt;Mais le compagnon le plus fidèle du voyageur sur l’Amazone, c’est le marsouin ou dauphin, que les ri­verains appellent &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bobs&lt;/span&gt;, d’un mot populaire portugais, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;bote&lt;/span&gt;, qui veut dire bond. Ce n’est pas, à vrai dire, un poisson, c’est un mammifère, aussi bien que ses gros cousins de l’océan. Comme le lamantin, il est obligé de venir respirer de temps à autre à la surface de l’eau;  aussi décrit-il en nageant une ligne ondoyante ou cycloïde. On le voit souvent, à l’aide de sa nageoire caudale, bondir en l’air comme en se jouant pour re­tomber, en soufflant et en s’ébrouant, dans l’élément liquide.&lt;br /&gt;Une nuit qu’il faisait clair de lune — c’était sur le Madeira, à l’embouchure du Jammary —, nos em­barcations furent environnées de toute une troupe de ces marsouins folâtres ; leurs ébats, leurs sauts, leurs évolutions de toute sorte produisaient un tel tapage qu’on eût dit des centaines de naïades poursuivies par une armée de tritons barbus. Il nous fut à peine pos­sible de fermer l’œil. Ces manifestations sonores, si extraordinaires chez un animal qui a l’aspect d’un pois­son, jointes à ce fait d’observation qu’il semble se plaire dans le voisinage de l’homme, au point qu’on a vu souvent des troupes de vingt à trente individus suivre sur de longs parcours les embarcations, expliquent sans doute l’origine de toutes les histoires fantastiques qui circulent au sujet des Bobs parmi les habitants de ces contrées, depuis le métis à demi sauvage, le gros­sier mulâtre ou Zambo, jusqu’au commerçant aisé qui est portugais d’extraction.&lt;br /&gt;On raconte qu’ils ont la faculté de revêtir la forme humaine, de s’introduire parmi nous, ni plus ni moins que s’ils étaient des chrétiens. Le seul signe par lequel ces aquatiques démons se trahissent, lorsqu’il leur plaît de venir à terre pour y faire les cent coups, c’est que leurs pieds sont toujours tournés on arrière ; mais il est facile, on le conçoit, de ne pas remarquer cette particularité dans les ténèbres de la nuit, qu’ils choi­sissent de préférence pour leurs allées et venues.&lt;br /&gt;Par suite de cette superstition populaire relative à la double nature du marsouin, il est très-rare qu’on le chasse, bien qu’il fournisse une huile excellente et se laisse harponner très-aisément. Aussi multiplie-t-il à l’aise, dans les limites que la nature même a tracées, bien différent on cela des tortues, que l’on pourchasse sans répit et dont le nombre diminue à vue, d’œil.&lt;br /&gt;Un autre monstre fabuleux, un peu cousin, ce semble, de notre fameux serpent de mer, c’est l’animal qu’on appelle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Minhocao&lt;/span&gt; (grand ver), ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Jae d’agua&lt;/span&gt; (mère d’eau). C’est un serpent d’une taille si colossale, qu’au dire des riverains, la rivière monte ou s’abaisse, selon qu’il s’y plonge ou qu’il en sort. Ce monstre par­tage du reste ce nom avec une espèce de Lorelei brésilienne qui fait son sabbat aux environs de Manaos, à l’embouchure du Taruma, un petit af­fluent du Rio Negro. C’est une belle femme aux cheveux d’or — on ne dit pas si, à l’exemple de la Lorelei allemande, elle les peigne avec un peigne d’or —, tous ceux qui l’aperçoi­vent sont enlacés de sa magie. La démence s’empare des malheureux, qui ne retrouvent plus jamais leur chemin pour s’en retourner chez eux. La sirène a élu domicile dans une gorge étroite, qu’un dôme épais de verdure rend impénétrable aux rayons du soleil. Cette gorge est l’objet d’une terreur superstitieuse, et il n’y a pas un Tapuyo qui oserait s’attarder, à la nuit tom­bante, de ce côté.&lt;br /&gt;Un autre démon des forêts non moins redouté, et qui n’a pas l’extérieur aussi avenant, c’est le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Caepora&lt;/span&gt; (Caapora, homme des bois). C’est un vieillard velu, hideux, d’une prodigieuse vigueur corporelle, qui guette les chasseurs pour leur tordre le cou. Tout bruit in­solite dans le fourré est mis sur le compte du Caepora, et le seul moyen d’échapper alors à ses griffes redoutables, c’est de retenir jusqu’à son haleine en se ca­chant parmi les buissons et le branchage. S’il se trouve des incrédules qui n’en veulent rien faire, on les y contraint, au besoin, par la force.&lt;br /&gt;Si les forêts du Brésil étaient habitées par de grands singes à l’effigie de l’homme, tels que l’Orang-outang, le Gorille ou le Chimpanzé, on comprendrait aisément cette superstition populaire ; mais les singes hurleurs, les Barigudos, sont de trop chétifs représentants du type simien pour que l’imagination des chasseurs, si vive qu’on la suppose, ait pu les grossir au point d’en faire de tels monstres. Il faut donc chercher l’origine de cette fable dans les sombres croyances démoniaques des Indiens, qui se figurent avoir toujours sur les talons des esprits malfaisants et dominateurs.&lt;br /&gt;La pêche, au Brésil, se fait par toutes sortes de pro­cédés ingénieux. Il arrive en quelques endroits que tous les gens d’une tribu se réunissent pour construire entre les récifs d’un rapide et au-dessus de petites di­gues en pierres, qui ont pour but de forcer les poissons à chercher une certaine coupure pour passer. Cette coupure est fermée d’un canal de bambous entrelacés, à l’entrée duquel la masse liquide se précipite avec vio­lence, tandis que l’autre extrémité demeure complète­ment à sec, attendu que l’eau, en passant, se perd par les interstices. Ce genre de cul-de-sac se nomme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pary&lt;/span&gt;. Si on l’établit au moment où redescendent les nom­breux essaims de poissons qui ont remonté la rivière à l’époque du frai, il n’en est guère, parmi les indivi­dus de grosse espèce, qui puissent échapper à leur sort. Inutile de dire que les crues annuelles viennent régulièrement détruire ces constructions assez peu solides.&lt;br /&gt;Il se pratique sur le Mamoré un autre genre de pêche tout à fait original. A certains moments de l’année, on voit des millions de petits poissons remonter par trou­pes serrées le courant;  c’est un défilé qui tient un es­pace de plusieurs lieues. L’Indien Moxo, installé au bord uni d’un des longs bancs de sable du fleuve, attend le passage de ces convois, ayant à la main une manne conique faite d’un lourd treillis de lattes de palmier très-joliment adaptées ensemble, qu’on appelle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;covo.&lt;/span&gt; Jusqu’aux genoux dans la rivière, il jette la manne sur les poissons au moment où ils passent, et les prend le plus commodément du monde avec la main par la petite ouverture qui est en haut du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;covo&lt;/span&gt;. Seulement, pour réussir dans ce genre de pêche, il est indispensable que la profondeur de l’eau là où l’on se trouve n’excède pas de beaucoup la hauteur de la manne.&lt;br /&gt;Dans quelque cas, lorsque la faiblesse du volume d’eau le permet, par exemple dans les petites lagunes et dans les mares que la crue laisse en se retirant, on emploie le suc vénéneux d’une liane, que l’on écrase et que l’on tord dans l’eau, de façon à tuer ou tout au moins à étourdir les poissons. Cette méthode a un inconvénient grave : c’est d’anéantir tout en masse, les individus jeunes et les vieux, ceux dont on peut tirer parti comme ceux dont on ne peut rien faire, et d’en livrer beaucoup on pâture aux vautours.&lt;br /&gt;Une fois pourtant, si j’avais ou sous la main la liane vénéneuse,je n’aurais pas hésité à m’en servir. C’était au Saut de Theotonio, la plus importante des cataractes du Madeira. Il y a là, en travers du fleuve, un récif de dix mètres de hauteur et profondément déchiqueté. A la suite du retrait de la crue, il était resté près de la rive de grandes mares formées dans les creux et les découpures de ce banc rocheux. On était au moment du plus haut niveau, alors que les poissons, engagés dans les passages latéraux, cherchent en sautant et en bondissant à franchir la cascade, pour continuer leur route en amont et trouver enfin une place où ils puis­sent déposer leurs œufs.&lt;br /&gt;Dans le plus grand de ces étangs naturels, il y avait plusieurs centaines d’énormes poissons, dont la pré­sence on ce lieu remontait peut-être à trois ou quatre semaines. Séparés du tronc principal de la rivière, ils étaient condamnés à périr lentement dans ce bassin aux eaux échauffées et chargées de toutes sortes de matières en putréfaction. Nous comptâmes dans ce champ clos de décomposition plus de cinq cents cada­vres de gros animaux, qui flottaient à la surface parmi des tas de mucosités verdâtres. L’air en était au loin empesté…&lt;br /&gt;De temps à autre on apercevait un gigantesque Surubim (une espèce de Platystome à longues barbes) qui remontait du fond de l’eau, et lentement, à demi hébété, se mouvait dans l’élément trouble. Si répugnant que fût le tableau, nous eûmes grand’peine à empê­cher nos Indiens de harponner ces bêtes à demi crevées pour se gorger de leur chair malsaine jusqu’à s’en donner à fond une indigestion.&lt;br /&gt;Nos gens prenaient au reste fort aisément, au-des­sous des chutes, dans les enfoncements du rivage, et surtout aux embouchures dos petites rivières latérales, une grande quantité de poissons très-remarquables. Les raies, principalement, offraient un aspect particu­lier. Elles avaient de larges ailes et des yeux à fleur de tête, qu’on ne se fût guère attendu à rencontrer ailleurs que chez des habitants de l’onde salée. Quelques-unes mesuraient plus d’un mètre, jusqu’à la queue, armée d’un piquant d’une nature cornée et de la longueur du doigt. Les Indiens professent pour elles un certain respect, à cause précisément de ce dard, dont la pointe finement découpée et le double tranchant peuvent faire des blessures très-douloureuses.&lt;br /&gt;Un jour, un de nos rameurs, revenant de la pêche, nous rapporta un autre poisson, plus petit, dont la mâchoire est pourvue d’une double défense recourbée : on l’appelle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Peixe&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cachorro &lt;/span&gt;(poisson-chien). Il n’offre cependant aucun danger pour les baigneurs. L’animal le plus redoutable pour eux, c’est, avec la raie, la Piranha, large poisson, qui n’est guère plus long que la main, et dont la denture se compose de deux ran­gées de crocs aigus, fort saillants et triangulaires. Cette bête est, à coup sûr, beaucoup plus à craindre que l’alligator, dont il est bien plus rare qu’on ne le croit communément qu’un être humain devienne la victime. Les Piranhas se rassemblent d’ordinaire par troupes de plusieurs centaines d’individus, et dès que la première morsure a rougi de sang l’eau du fleuve, tous se précipitent avec la rapidité de l’éclair sur la victime pour lui hacher la chair morceau par morceau. Plus d’un nageur téméraire a été ainsi littéralement dépecé par ces petites mâchoires effrayantes et promptes à happer.&lt;br /&gt;Il ne faut pas moins se méfier du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Candiru&lt;/span&gt; c’est un poisson long comme le doigt, presque transparent, qui se glisse avec la souplesse de l’anguille dans les ouvertures les plus menues, et dont les riverains ra­content des histoires à donner vraiment la chair de poule.&lt;br /&gt;Si nous passons à la chasse en forêt, le fauve le plus noble et le plus traqué, c’est le tapir (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;anta&lt;/span&gt;). Ce pachy­derme, véritable diminutif de l’éléphant, peuple en nombre infini, sans y vivre toutefois par troupes, les rivages fortement boisés de tous les affluents de l’A­mazone et de la Plata. Il évite les plaines marécageuses et les plateaux stériles, pour choisir les défilés couverts d’une luxuriante végétation et gîter dans les fourrés impénétrables, tantôt au bord d’un torrent qui mugit, tantôt près des cataractes écumeuses des grandes ri­vières.&lt;br /&gt;Dès que le jour paraît, il s’en va gravement, par des sentiers profondément encaissés, se baigner dans le fleuve, et plus d’une fois, à un détour de la rive, nous surprîmes notre pachyderme tranquillement dans l’eau jusqu’au cou. Il nage et plonge avec une prestesse étonnante ; aussi quand les chiens le poursuivent, finit-il toujours par prendre le chemin de la rivière. Il n’en court pas moins à sa perte le chasseur est là, qui le guette dans son léger canot et qui a vite fait, soit de lui tirer un coup de fusil, soit de le rattraper à la course, et de lui plonger dans le corps un long cou­telas. Autant que possible, avant de lui porter le coup mortel, on le harponne pour l’empêcher de couler ce qu’il fait tout de suite, une fois mort.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La femelle du tapir, lorsqu’elle a un petit, ne prend point la fuite devant l’aboiement des chiens. Elle reste courageusement à son gîte, et cherche à protéger de son corps le petit animal, qui se fourre entre ses jam­bes on poussant des cris aigus. Malheur alors à l’im­prudent molosse qui ose s’avancer hors du cercle de la meute vers la furieuse mère Le groin du tapir, levé on l’air, met à découvert une mâchoire effrayante, et, d’un coup de ses pattes de devant;  l’animal fait craquer les os de son adversaire. Il succombe néan­moins, victime de sa tendresse maternelle, sous les coups de feu répétés des chasseurs.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-2281365025666324549?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/2281365025666324549/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/bresil-1870-chasse-et-gastronomie.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/2281365025666324549'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/2281365025666324549'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/bresil-1870-chasse-et-gastronomie.html' title='Brésil 1880 : chasse et gastronomie amazoniennes'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa-93kNdfBI/AAAAAAAABWc/lLo5umUTn1A/s72-c/BLIII+18.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-5401811351824934447</id><published>2009-03-04T12:53:00.000-08:00</published><updated>2009-03-04T13:15:01.163-08:00</updated><title type='text'>Amérique du sud 1880 : une chasse au singe</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa7rn1cDB4I/AAAAAAAABWM/8dMY1cYiXqo/s1600-h/BLIII+16.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 240px; height: 400px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa7rn1cDB4I/AAAAAAAABWM/8dMY1cYiXqo/s400/BLIII+16.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5309440080308537218" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Où l'on apprend que la passion de la chasse a bien failli être fatale au comte de Robiano. Epoque lointaine où l'on tirait sur tout ce qui bougeait et où le terme "nègre" n'avait pas le caractère péjoratif qu'il a aujourd'hui.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au Brésil, le gibier est sans doute abondant, mais le trouver n’est pas facile:  d’immenses et impénétrable forêts lui donnent sur le chasseur un avantage marqué. Je viens de parler de la chasse aux oiseaux (et rien qu’en perroquets, perruches et toucans, on peut faire nombre de victimes) ; de même on chasse aux chiens courants la paca:  ce singulier animal est le lièvre du pays ; mais, s’il rappelle le gibier par la taille, le poil et le goût, il en diffère par les mœurs : parfois, il se défend ; ou bien, serré de près, il gagne le bord de l’eau, et là plonge ou se terre. On poursuit de la même manière le sanglier, le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;peccari&lt;/span&gt;. Citons enfin le fameux tapir, que l’on rencontre rarement, et l’once ou tigre du Brésil. Combien de fois ai-je vainement couru à leur poursuite ? En revanche, j’eus plus de succès dans des chasses d’un genre différent, celle des chiens sauvages, animaux plus affreux, je crois, que dangereux, et celle aussi des singes. Un jour, j’en tuai un de la taille d’un enfant : sa chair, nous fit, le soir, un rôti que j’avoue avoir trouvé peu délicat.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une autre fois, durant un tour de chasse on forêt vierge, j’abattis un gros serpent boa de trois mètres de long, dont j’avais eu l’effroi de faire la rencontre, et qui, se dressant devant moi sur un sentier, paraissait décidé à m’y barrer le passage. Je chassais aux perruches et n’étais malheureusement armé qu’à petits plombs. Mais quelques mètres seulement me séparaient de mon redoutable adversaire ; rappelant alors tout mon sang­ froid, je le visai à la tête, sa partie sensible : il tomba.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Na serait-ce pas ici le moment de faire sur les serpents une petite digression, puisque le Brésil est, à très-juste titre, réputé leur patrie ? Pauvre pays, qu’on ne se figure de loin que tapissé de singes et pavé de reptiles ! Moi-même, en débarquant, je m’étonnais, j’en conviens, de ne pas rencontrer partout des quadrumanes et de ne pas écraser des serpents à chaque pas. Par bonheur, ils se tiennent chez eux ; et si le nombre de ces derniers surtout, est considérable au Brésil, je dois dire toutefois qu’ils ont pour eux assez d’herbes et de forêts, et qu’il faut le plus souvent les chercher pour les voir. Sans doute, quelques-uns sont des plus dangereux : ils ne sont pas serpents à se laisser marcher sur la queue ; mais il est rare que d’eux-mêmes ils attaquent. Il est à remarquer que les plus petits sont d’ordinaire les plus à redouter : tel est le petit &lt;span style="font-style: italic;"&gt;coral&lt;/span&gt; (corail), sorte d’aspic d’un pied de long, qui tire son nom de ses vives couleurs. Sa blessure est mortelle, et le patient n’en souffre jamais plus d’une heure ; mais des bottes suffisent pour en préserver le pied, et il ne peut monter plus haut, étant trop court pour s’enrouler autour de la jambe. Les nègres, qui travaillent généralement nu-pieds, s’inquiètent assez peu, du reste, de la morsure des serpents, à laquelle ils paraissent moins exposés que nous, soit qu’un œil plus exercé les leur fasse plus vite apercevoir et éviter, soit que leur chair et leur sang noirs tentent moins ces reptiles. D’ailleurs, si le serpent les pique, il prennent un bout de racine qu’ils portent toujours sur eux, s’en frictionnent la plaie et poursuivent leur travail. Cette infaillible panacée mérite le plus grand intérêt, tant par ses résultats que par l’étrange façon dont elle fut découverte.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C’est un vieux nègre observateur qui le premier en dota ses nombeux compagnons. Voici comment : il assistait souvent aux fréquentes escarmouches du lagarto avec les serpents. Le lagarto, grand lézard vert d’un mètre de long sur plus d’un pied de large, est l’ennemi déclaré du serpent, si l’on en juge par la façon dont il le recherche et l’attaque en toute rencontre. De sa puissante queue, il frappe des coups terribles sur les vertèbres du serpent ; celui-ci, attaqué, se défend, pique et mord. Mais aussitôt piqué par le serpent, le lagarto s’enfuit : il court au bois, puis revient reprendre le combat. Or, notre nègre, un jour l’ayant suivi, constata qu’il se frottait vivement à certaine plante de la forêt. Ce fut une révélation : il emporta la plante, dont on essaya tour à tour la feuille, puis la racine, et le succès dépassa toute attente.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Tout n’est pas fleurs au Brésil, et la forêt vierge, on le voit, présente ses côtés dangereux : j’en citerai une nouvelle preuve tirée de mon expérience personnelle ; mais à la voir, à pénétrer dans ses fourrés, à en admirer les détails, on reste étourdi, confondu. Cet ensemble imposant, ce temple du silence, ces arbres séculaires, géants du nouveau monde, ce fouillis de végétation, ces lianes excentriques, ces parasites étonnants et ces fleurs merveilleuses, tout enfin vous émeut a un tel point que l’athée le plus endurci y sentirait le Dieu créateur, et que l’esprit le plus banal y deviendrait poète en une heure. Electrisé, quant à moi, à la vue seule de la forêt vierge, depuis longtemps l’objet de tous mes rêves, presque chaque jour je m’y rendais, de l’une ou l’autre fazenda. La chasse était à la fois mon but et mon prétexte : mais, en réalité, je sentais comme un aimant qui m’attirait vers la forêt. Plus je la voyais, plus je l’aimais, et mon plus grand bonheur était de m’y rendre seul. Je m’étais fait un besoin de ces courses solitaires : et le plus souvent plongé dans un monde d’idées nouvelles pour moi, je marchais à l’aventure. Un jour je me perdis. Ce fut pour moi, la source des émotions les plus vives. Cependant, cette tragique aventure, loin de refroidir mon ardeur, ne fit que l’exciter au contraire. Ecoutez mon histoire.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Tuer un singe n’est pas déjà chose si commune, et pour en négliger l’occasion, il faut ne pas être chasseur. Moi qui le suis à l’excès, j’avais juré la mort du premier représentant de cette intéressante famille qu’il me serait donné de rencontrer ; et bien souvent, seul et sans bruit, j’arpentais à sa recherche les rares sentiers de la belle forêt. Mais ces animaux, non moins rusés que défiants, se pelotonnent au moindre bruit sur la cime des plus hauts arbres, et, muets, vous laissent passer à côté d’eux. Toutefois, si le temps est à l’orage ou qu’un rare concours de circonstances les mette dans cette disposition d’esprit, ils poussent en chœur des grognements sauvages et stridents qui font trembler les échos de la forêt et révèlent aisément le lieu de leur retraite. Ceux-là sont les grands singes hurleurs et barbus ; j’eus le plaisir d’en abattre un.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un jour donc, guidé par ces cris répétés, j’abandonnai à la fois le chemin frayé et les règles d’une sage prudence. Dans ma fougue, je me dirige, à travers mille obstacles, vers l’endroit écarté où semblaient m’appeler ces messieurs. Mais à mesure que j’avançais, les cris paraissaient s’éloigner : les singes m’avaient sans doute éventé et fuyaient devant moi. Cependant je m’obstine à leur poursuite, et, brisant tout sur mon passage, je me fraye péniblement un chemin à travers les ronces, les lianes, les fougères, et les bambous. Je marche ainsi longtemps, contournant des rochers, escaladant de vieux troncs renversés, descendant des pentes rapides, remontant des côtes escarpées. Parfois je m’arrête et j’écoute : évidemment, je gagne du terrain; la bande n’est plus qu’à deux cents pas de moi, Mais tout à coup… plus rien : un silence absolu succède à tant de vacarme, et j’ai beau, cette fois, chercher des yeux, écouter, me cacher, m’immobiliser, les singes se sont évanouis, ou du moins ils ont pris le grand parti de se taire.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Alors seulement je songe à regagner le sentier et veux reprendre ma trace ; mais je la perds tous les dix pas, pour la retrouver dix pas plus loin et la perdre enfin sans retour. Cependant le soleil baissait à l’horizon, la nuit venait, et je m’apercevais enfin que j’étais bel et bien perdu au cœur de la forêt. Que faire pour en sortir ? Je fis les plus grands efforts, mais ils n’eurent pour résultat que de m’égarer davantage. Enfin, la nuit venue, je dus, bien malgré moi, prendre mon parti de l’aventure, et, choisissant une place, que je commençai par déblayer tout d’abord, je m’enveloppai de mon mieux avant de me coucher sur un sol toujours humide. Là, j’eus pendant de longues heures le loisir de me livrer aux plus amères réflexions. La forêt était grande, car il fallait plus d’un jour pour la traverser. Sans doute je savais que le soir même les deux cents nègres de la plantation seraient envoyés à ma recherche, et, quant aux animaux, je n’avais sérieusement à redouter que les serpents, qui se dérangent peu la nuit, et les onces (tigres du Brésil), rares dans cette localité. Mais me trouverait-on ? Et comment ? Je n’avais ni bu ni mangé depuis huit heures du matin, et, pour comble d’ennuis, ma provision de tabac s’en allait à néant : or, ce fumant, je trompais la faim et j’éloignais les cruels moustiques qui, s’acharnant sur moi, me tourmentaient sans pitié. Et puis, quelle inquiétude n’allais-je pas causer aux hôtes de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;fazenda&lt;/span&gt; ! Quel trouble, dans une maison si calme d’ordinaire!  Quelle frayeur, quelle agitation, quand, sorti depuis le matin, je n’aurai pas reparu à la table du soir !&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans cette pénible situation d’esprit, je compris que je n’avais qu’un moyen de salut, et j’en usai bientôt. Crier épuise en vain ; car si la voix porte loin la nuit dans les forêts, elle a cependant partout des limites restreintes, vingt cartouches environ me restaient ; et m’en réservant deux pour abattre au besoin, le lendemain matin, quelque oiseau dont je n’eusse certes fait qu’une bouchée, je commençai à tirer toutes les autres. Chaque demi-heure donc, je lâchais un coup de feu, auquel répondaient seuls, hélas ! les échos sonores de la forêt, quoique chaque fois cependant un étrange tumulte se fit autour de moi. Troublés dans leur repos, de grands oiseaux quittaient avec fracas la branche de l’arbre voisin dont ils avaient fait choix;  des animaux, que je croyais reconnaître pour des sangliers (peccaris), se sauvaient vivement et en troupes serrées ; des cris, épars et répétés se semblaient ceux de bêtes fauves se consultant, se répondant… puis, tout rentrait dans le silence. Enfin, vers minuit, un nouvel appel eut plus de succès que les précédents : un coup de fusil me parut y répondre, mais si faible, si vague et si lointain, qu’à peine alors osais-je y croire. Je me hâtai de tirer encore, et quelques instants après je reçus une nouvelle réponse. Alors, je l’avoue, le cœur me battit vivement : j’étais sauvé ! Deux fois, à un quart d’heure d’intervalle, je renouvelai le signal, auquel on répondit toujours de plus près ; enfin nous parvînmes, mes sauveurs et moi, à nous mettre en communication de cris et de paroles, et bientôt le bruit de nombreux coups de hache et le scintillement de torches encore lointaines m’avertirent qu’on taillait, à ma rencontre, une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;picada&lt;/span&gt; (chemin) dans le bois. Mais la besogne avançait lentement, et ce ne fut qu’au bout d’une heure d’un travail opiniâtre que je vis enfin paraître devant moi deux nègres armés de haches et de faux, deux autres, porteurs de torches, et un cinquième, conducteur des travaux ; celui-ci avait un fusil, et c’est lui qui m’avait entendu et répondu. De semblables escouades avaient été, de la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;fazenda&lt;/span&gt;, envoyées dans toutes les directions pour cerner la forêt, qui couvre réellement une immense surface de terrain, Ce n’est qu’en reprenant, avec mes braves nègres, le chemin qu’ils venaient d’ouvrir et qu’ils éclairaient devant moi que j’ai pu me rendre compte de la profondeur à laquelle je me trouvais enfoncé. Nous mîmes près d’une heure à rejoindre le vrai sentier, et j’appris, au retour, que cet endroit, le plus fourré, le plus inextricable et le plus raviné de la forêt, n’avait été, depuis nombre d’années, visité par personne. Sans doute était-ce aussi la raison pour laquelle ces maudits singes s’y trouvaient cantonnés. Nous fîmes joyeuse vie quand, au milieu de la nuit, nous nous retrouvâmes à la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;fazenda&lt;/span&gt;. Ce fut une fête pour les bons planteurs et pour moi ; et les nègres, qui l’avaient certes bien gagné, en eurent aussi leur part…&lt;br /&gt;Eugène de Robiano,&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Chili. Le Chili, l’Araucanie. Ouvrages faisant suite à 18 mois dans l’Amérique du Sud&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-5401811351824934447?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/5401811351824934447/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/amerique-du-sud-1880-une-chasse-au.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/5401811351824934447'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/5401811351824934447'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/amerique-du-sud-1880-une-chasse-au.html' title='Amérique du sud 1880 : une chasse au singe'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa7rn1cDB4I/AAAAAAAABWM/8dMY1cYiXqo/s72-c/BLIII+16.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-9114940727753665190</id><published>2009-03-04T03:37:00.000-08:00</published><updated>2009-03-04T04:07:06.557-08:00</updated><title type='text'>Chine 1867 : la rue pékinoise</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa5t-W7qtvI/AAAAAAAABV8/HYtGZ8i1iis/s1600-h/BLIII+14.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 293px; height: 400px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa5t-W7qtvI/AAAAAAAABV8/HYtGZ8i1iis/s400/BLIII+14.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5309301928791553778" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pour une présentation du Comte de Beauvoir et de son livre, voir dans la liste des archives, "toutes les destinations" : &lt;/span&gt;Un aristo chez les célestes&lt;span style="font-style: italic;"&gt;.&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L'extrait ci-dessous,&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;qui montre la réalité de la vie quotidienne des Pékinois à la fin du XIXe siècle, contredit quelque peu le titre de ce blog.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Ici les arrogants autocrates croisent les Européens sans les regarder, et affichent au contraire une indifférence voisine du mépris. — Au fait, pourquoi nous aimeraient-ils, et pourquoi plutôt ne nous détesteraient-ils pas ? Quelques-uns daignent aller à pied, mais le plus grand nombre circule dans des charrettes semblables à celles qui nous ont amenés de Tien-Tsin, mais avec une modification toutefois. Chose curieuse en effet, le rang, ou pour me chinoiser, le bouton d’un mandarin en voiture se reconnaît à la disposition des roues mobiles de son carrosse : plus il est d’un bouton rouge ou bleu bon teint, plus les roues de l’essieu sont en arrière du centre de gravité de ce château branlant et ambulant. Un prince les recule jusqu’à l’extrémité même, ce qui est fort comique : ainsi les essieux absents sont remplacés par une élasticité plus grande donnée aux brancards ; le dandinement part. des roues et aboutit à la sous-ventrière de l’infortuné mulet. Il y a mieux encore : certes la meilleure manière de voyager en Chine sans se contusionner affreusement est de se faire porter en palanquin : le bambou rebondit fort doucement pour le porté sur les épaules des porteurs. Mais sur quatre cents millions d’habitants, il n’est qu’une seule caste restreinte à laquelle la loi permette de se payer un palanquin : celle des princes et des ministres.&lt;br /&gt;Quant aux quartiers bourgeois et roturiers de Pékin, le coup d’œil y est mêlé de pittoresque et d’horrible.&lt;br /&gt;Je ne saurais assez vous dire combien il y a en effet de couleur orientale dans ce que nous appelions la rue circulaire (j’ai oublié son imprononçable nom chinois). Des milliers de planches écarlate relevées d’inscriptions dorées sont suspendues à des perches obliques au-dessus de deux à trois cents boutiques juxtaposées dans cette rue tournante ; c’est le seul point de Pékin où il y ait de l’animation : les charrettes, palanquins, mulets, chameaux, coulies, les militaires et les négociants s’y entre-croisent, s’y heurtent, puis se confondent en politesses, examinent des ballots, les marchandent, les emportent ; c’est comme une oasis où se serait abattue une bande de cacatois au milieu d’un désert silencieux ; tout ce qui constitue les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;impedimenta &lt;/span&gt;d’une foule y est accumulé ; et non-seulement des myriades d’enfants vous tombent dans les jambes en jouant aveuglément, mais les vieillards — ces grands enfants en Chine — arrivent au beau milieu de la confusion générale, en tenant fièrement la ficelle d’un immense cerf-volant qu’ils sont allés lancer sur les terrains vagues proches des murailles. Car, vous le savez, si l’Espagne a la castaguette et Naples les&lt;span style="font-style: italic;"&gt; pifferari&lt;/span&gt;, la Chine a le cerf-volant, qui est ici passé à l’état d’institution sérieuse ; et je l’accorde, c’est assurément par là que se révèle le plus le génie artistique des Fils du Ciel. Construire, dans des dimensions de six à sept mètres d’envergure, un cerf-volant qui devient dragon volant, aigle volant, mandarin volant, l’enluminer et lui donner le geste et la vie, l’équilibrer si admirablement qu’il monte avec calme, sans les mille soubresauts des nôtres, et se maintienne comme une étoile presque verticalement au-dessus de la tête du dévideur de ficelle ; y adapter je ne sais combien d’appareils éoliens, presque invisibles, qui imitent le chant de l’oiseau ou la voix de l’homme avec un tapage infernal, l’amener à travers les perches et les banderoles dans les centres les plus animés, lui envoyer à cheval sur le fil. des «postillons» étourdissants, grouper la foule, l’égayer, voilà à quoi ils excellent, et cela — point capital de leur statique — sans mettre de queues à leurs cerfs-volants !&lt;br /&gt;En nous promenant au milieu d’une cinquantaine de ces enfants à cheveux blancs, nous vîmes un pigeon se prendre l’aile dans un fil et tomber à nos pieds : j’eus aussitôt l’explication d’une chose étrange dont je tentais en vain depuis trois jours de me rendre compte. Des ondes harmonieuses et sonores m’avaient semblé à chaque instant du jour traverser l’atmosphère et s’élever en zigzag dans les hautes régions célestes : d’où pouvait venir cette harmonie ? Plus je cherchais, plus j’étais convaincu que c’était un bourdonnement localisé dans mon tympan depuis les contusions que je m’étais données à la tête sur la route de Tien-Tsin à Pékin. Mais le pigeon moribond éclaircit le mystère : il était, porteur d’une ravissante harpe éolienne, légère comme une bulle de savon et admirablement travaillée : ce petit appareil se place à cheval sur la naissance de la queue de l’oiseau, et se fixe aux deux plumes centrales d’une façon fort solide ; les pigeons fendant les airs le font résonner avec un trémolo strident ou des accents plaintifs suivant la rapidité de leur vol. Je croyais d’abord que c’était un des cent mille colifichets futiles qui caractérisent l’esprit des disciples de Confucius, mais j’ai appris sur l’heure que ces harpes avaient pour but de préserver les tendres colombes des griffes des vautours qui volent par bandes autour des bastions crénelés. J’ai acheté immédiatement toute une série de ces jolis épouvantails que je destine aux pigeonniers de mes amis de France. Mais c’est à peu près la seule catégorie d’objets qu’il soit permis aux bourses modestes d’acheter à Pékin : j’ai marchandé, mais inutilement, des émaux assez beaux et surtout deux petits éléphants en cloisonné blanc portant des tourelles d’or. Hélas ! jades, ivoires, laques anciennes et cloisonnés sont vendus ici aux étrangers à peu près quatre fois plus cher qu’à l’hôtel de la rue Drouot.&lt;br /&gt;Nous nous contentons donc du plaisir des yeux ; quant à l’odorat, je vous assure que ce sens fait souffrir à Pékin un véritable et constant supplice. Car, pour faire tomber un peu cette poussière toujours soulevée, les Pékinois, de toute éternité, arrosent la rue des eaux les plus sales provenant de leurs maisons, et cet acide s’évapore en bouffées âcres et malsaines ; puis voici le superlatif du genre : ils font sécher devant leurs portes de longues galettes — que je m’abstiens d’expliquer — jaunâtres et brunâtres, mélangées d’un peu d’argile, et qu’ils coupent en losanges, pour alimenter leurs petits fourneaux de cuisine : combustible très-économique, mais écœurant et fétide.&lt;br /&gt;Au sortir de ce quartier commence l’horrible. (…) Nous le voyons trop tard : nous sommes dans l’avenue des exécutions, au carrefour des deux rues qui vont l’une à Toung-Tchien-Mên, et l’autre à Chang-Mên, dans la ville chinoise. Ici c’est avec du sang que la poussière est abattue. Nous nous détournons à la hâte d’un groupe de plusieurs condamnés auxquels on bande les yeux, devant un hangar, où «Monsieur de Pékin » tranche les nuques d’un seul coup de sabre : cet employé, le plus travailleur et le plus affairé de l’Empire, est là dans l’exercice de ses fonctions. Les passants n’ont point l’air impressionnés du spectacle que nous fuyons, mais ils continuent paisiblement leur chemin ; on nous dit qu’aux heures où il n’y a pas audience officielle sous ce hangar, un boucher ordinaire remplace le fonctionnaire, et vend sur l’étal encore baigné de sang humain des morceaux de bœuf et de mouton. Mais un peu plus loin nous pouvons constater &lt;span style="font-style: italic;"&gt;de visu&lt;/span&gt; que les têtes des exécutés sont exposées en pleine rue. Sur le sable encore barbouillé de traînées rougeâtres nous voyons sept petits socles, supportant chacun une cage d’osier : six têtes d’hommes et une tête de femme, fraîchement décollées, y sont enfermées, avec une sentence inscrite sur un petit papier, appliqué sur l’affreux mélange des nerfs sanglants et des glandes du cou : une expression poignante de douleur est peinte sur ces visages blêmes, aux yeux encore ouverts, à la bouche béante, et aux cheveux rougis. Un de nos interprètes lit le motif de l’exécution : «La justice a puni le vol.»&lt;br /&gt;La sépulture se fait longtemps attendre pour ces restes mutilés, destinés à servir d’exemple aux malfaiteurs. Si je ne l’avais vu à trois reprises différentes, je ne croirais pas au triste sort qui est réservé à une tête de condamné ; mais sur le pont fameux connu sous le nom de « Pont des mendiants», grandiose construction de marbre antique, s’assemblent tous les jours, pour implorer la charité publique, plusieurs centaines de pauvres êtres demi-nus, lépreux, galeux et aveugles ; ils sont si affamés qu’ils vont chercher dans les cages d’osier les têtes en décomposition, les salent et les mangent !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa5t-ni7asI/AAAAAAAABWE/5Lmj9gYsLws/s1600-h/BLIII+15.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 358px; height: 400px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa5t-ni7asI/AAAAAAAABWE/5Lmj9gYsLws/s400/BLIII+15.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5309301933251193538" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Je confesse que nous étions souvent bien pâles en revenant de semblables promenades ; mais la vie européenne des légations nous ramenait vite à des conversations intéressantes qui nous faisaient souvenir de régions plus pures. Nous avons entendu la messe au Fa-Kwo-Fou, légation de France, où M. de Bellonnet nous avait parfaitement reçus, puis nous avons rendu visite à tous les membres du corps diplomatique, qui sont les seuls Européens autorisés à résider à Pékin. M. Burlingat. ministre des États-Unis, et le comte Vlangali, ministre de Russie, ont donné au Prince de superbes dîners : le soir où nous sommes allés chez ce dernier, une nappe de neige épaisse de plus d’un pied était étendue. Que je voudrais savoir faire l’aquarelle pour peindre notre pittoresque cortège ! dix chaises à porteurs, capitonnées de soie, attelées de six hommes chacune, servaient de véhicule aux dix invités du représentant du czar : nous cheminions par les sentiers sinueux, les escaliers tortueux des ruines qui à Pékin s’appellent une rue ; et chacun de nous était flanqué de quatre Chinois, dont deux portaient des torches fumeuses, et deux autres des lanternes rondes de papier, d’un mètre de diamètre, sur lesquelles était peint en lettres chinoises couleur écarlate le nom de Sa Majesté Britannique.&lt;br /&gt;&lt;meta equiv="CONTENT-TYPE" content="text/html; charset=utf-8"&gt;&lt;title&gt;&lt;/title&gt;&lt;meta name="GENERATOR" content="OpenOffice.org 3.0  (Win32)"&gt;&lt;style type="text/css"&gt; 	&lt;!-- 		@page { margin: 2cm } 		P { margin-bottom: 0.21cm } 	--&gt;&lt;/style&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-9114940727753665190?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/9114940727753665190/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/chine-1867-la-rue-pekinoise.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/9114940727753665190'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/9114940727753665190'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/chine-1867-la-rue-pekinoise.html' title='Chine 1867 : la rue pékinoise'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa5t-W7qtvI/AAAAAAAABV8/HYtGZ8i1iis/s72-c/BLIII+14.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-862652842535380875</id><published>2009-03-03T09:31:00.000-08:00</published><updated>2009-03-03T10:36:46.515-08:00</updated><title type='text'>Palestine 1832 : la semaine prochaine à Jérusalem !</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa1vkAwJUcI/AAAAAAAABV0/ZYKLZ4cjAlw/s1600-h/BLIII+13.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 263px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa1vkAwJUcI/AAAAAAAABV0/ZYKLZ4cjAlw/s400/BLIII+13.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5309022200207593922" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nourri de Chateaubriand, et profitant d'une accident de carrière politique, Lamartine, à son tour, part pour Jérusalem. Le voyage en Orient est une sorte de passage obligé pour un écrivain qui aspire à s'élever au-dessus de la condition de simple poète et une obligation religieuse. Ce chrétien fervent a d'autant plus de mérite que sa fille meurt à Beyrouth pendant le voyage…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous marchions gaiement, essayant de temps en temps  la vitesse de nos chevaux contre celle des chevaux arabes que montaient Damiani et les fils du vice-consul de Sardaigne. Ces deux jeunes gens, fils d' un riche négociant arabe de Ramla établi maintenant à Jaffa, avaient voulu nous accompagner jusqu' à Ramla : ils avaient envoyé, le matin, leurs esclaves pour nous préparer la maison de leur père et le souper. Nous étions suivis encore d'un autre personnage qui s'était joint volontairement à notre caravane, et qui nous surprit par la bizarre magnificence de son costume européen : c'était un petit jeune homme de vingt à vingt-cinq ans, d'une figure joviale et grotesque, mais fine et spirituelle. Il avait un immense turban de mousseline jaune, un habit vert de la forme de nos habits de cour, à collet droit et à larges basques, brodé de larges galons d'or sur toutes les coutures ; des pantalons collants de velours blanc, et des bottes à revers, ornées d'une paire d' éperons à chaînes d'argent. Un kandgiar lui servait de couteau de chasse, et une paire de pistolets, incrustés de ciselures d'argent, sortaient de sa ceinture et battaient contre sa poitrine. Sorti d'Italie dans son enfance, il avait été jeté en égypte par je ne sais quelle vague de fortune, et se trouvait, depuis quelques années, à Jaffa ou à Ramla, exerçant son art dans les montagnes de Judée aux dépens des scheiks et des bédouins, qui ne faisaient pas sa fortune. Sa conversation nous amusa beaucoup, et j'aurais désiré l'emmener avec moi à Jérusalem et dans les montagnes de la mer morte, qu'il paraissait connaître parfaitement ; mais ayant vécu en orient depuis plusieurs années, il y avait contracté l'invincible terreur que les francs y prennent de la peste, et aucune de mes offres ne parvint à le séduire. "En temps de peste, me dit-il, je ne suis plus médecin ; je n'y connais qu' un remède : partir assez vite, aller assez loin, et demeurer assez longtemps pour que le mal ne puisse vous atteindre. " Il avait l'air de nous regarder avec pitié, comme des victimes prédestinées à aller chercher la mort à Jérusalem ; et d'un si grand nombre d' hommes que nous étions, il ne comptait en revoir que bien peu au retour. "Il y a quelques jours, me dit-il, que je me trouvais à Acre ; un voyageur revenant de Bethléem frappa à la porte du couvent des pères de saint-François, ils ouvrirent ; ils étaient sept. Le surlendemain, les portes du couvent étaient murées par l'ordre du gouverneur ; le pèlerin et les sept religieux étaient morts dans les vingt-quatre heures." Cependant nous commencions à apercevoir la tour et les minarets de Ramla, qui s' élevaient devant nous du milieu d'un bois d' oliviers dont les troncs sont aussi gros que ceux de nos plus vieux chênes. Ramla, anciennement Rama éphraïm, est l'ancienne Arimathie du nouveau testament ; elle renferme environ deux mille familles. Philippe Le Bon, duc de Bourgogne, vint y fonder un couvent latin qui subsiste encore : les Arméniens et les grecs y possèdent aussi des couvents pour le secours despèlerins de leurs nations qui vont en terre sainte. Les anciennes églises ont été converties en mosquées ; dans une des mosquées se trouve le tombeau en marbre blanc du mameluk Ayoud-Bey, qui s'enfuit d' égypte à l' arrivée des français, et mourut à Ramla.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En entrant dans la ville, nous nous informons si la peste y exerçait déjà ses ravages : deux religieux, arrivés de Jérusalem, venaient d'y mourir dans la journée ; le couvent était en quarantaine. Nos nouveaux amis de Jaffa nous conduisirent à leur maison, située au milieu de la ville. Un arabe, ancien chaudronnier, dit-on, mais aimable et excellent homme, habitait la moitié de cette maison, et exerçait les fonctions d'agent consulaire pour je ne sais quelle nation d'Europe; cela lui donnait le droit d' avoir un drapeau européen sur le toit de sa maison : c'est la sauvegarde la plus certaine contre les avanies des turcs et des arabes. Un excellent souper nous attendait : nous eûmes le plaisir de trouver des chaises, des lits, des tables, tous les ustensiles de l'Europe, et nous emportâmes encore une provision de pains frais que nous dûmes à l' obligeance de nos hôtes. Le lendemain matin, nous prîmes congé de tous nos amis de Jaffa et de Ramla, qui ne nous accompagnèrent pas plus loin, et nous partîmes, escortés seulement de nos cavaliers et de nos fantassins égyptiens.&lt;br /&gt;J'établis ainsi l'ordre de la marche : deux cavaliers en avant, à environ cinquante pas de la caravane, pour écarter les arabes ou les pèlerins juifs que nous aurions pu rencontrer, et les tenir&lt;br /&gt;à distance de nos hommes et de nos chevaux ; à droite et à gauche, sur nos flancs, les soldats à pied : nous marchions un à un à la file, sans déranger l'ordre, les bagages au milieu. Une petite escouade de nos meilleurs cavaliers formait l'arrière-garde, avec ordre de ne laisser ni homme ni mulet en arrière. à l'aspect d'un corps d'arabes suspect, la caravane devait faire halte et se mettre en bataille, pendant que les cavaliers, les interprètes et moi, nous irions faire une reconnaissance. De cette manière, nous avions peu à craindre des bédouins et de la peste ; et je dois dire que cet ordre de marche fut observé par nos soldats égyptiens, par nos cavaliers turcs et par nos propres arabes, avec un scrupule d'obéissance et d'attention qui ferait honneur au corps le mieux discipliné de l'Europe. Nous le conservâmes pendant plus de vingt-cinq jours de route, et dans les positions les plus embarrassantes. Je n'eus jamais une réprimande à adresser à personne : c'est à ces mesures que nous dûmes notre salut.&lt;br /&gt;Quelque temps après le coucher du soleil, nous arrivâmes au bout de la plaine de Ramla, auprès d'une fontaine creusée dans le roc, qui arrose un petit champ de courges. Nous étions au pied des montagnes de Judée ; une petite vallée, de cent pas de largeur, s'ouvrait à notre droite ; nous y descendîmes : c'est là que commence la domination des arabes brigands de ces montagnes. Comme la nuit s'approchait, nous jugeâmes prudent d'établir notre camp dans cette vallée : nous plantâmes nos tentes à environ deux cents pas de la fontaine. Nous posâmes une garde avancée sur un mamelon qui domine la route de Jérusalem ; et pendant qu'on nous préparait à souper, nous allâmes chasser des perdrix sur des collines en vue de nos tentes ; nous en tuâmes quelques-unes, et nous fîmes partir, du sein des rochers, une multitude de petits aigles qui les habitent. Ils s'élevaient en tournoyant et en criant sur nos têtes, et revenaient sur nous après que nous avions tiré sur eux.&lt;br /&gt;Tous les animaux ont peur du feu et de l'explosion des armes ; l'aigle seul paraît les dédaigner et jouer avec le péril, soit qu'il l'ignore, soit qu'il le brave. J'ai admiré, du haut d'une de ces collines, le coup d'œil pittoresque de notre camp, avec nos piquets de cavaliers arabes sur le mamelon, nos chevaux attachés çà et là autour de nos tentes, nos moukres assis à terre et occupés à nettoyer nos harnais et nos armes, et la flamme de notre feu perçant à travers la toile d'une de nos tentes, et répandant sa légère fumée bleue en colonne que le vent inclinait. Combien j'aimerais cette vie nomade sous un pareil ciel, si l'on pouvait conduire avec soi tous ceux qu'on aime et qu' on regrette sur la terre ! La terre entière appartient aux peuples pasteurs et errants comme les arabes de Mésopotamie. Il y a plus de poésie dans une de leurs journées que dans des années entières de nos vies de cités. En demandant trop de choses à la vie civilisée, l'homme se cloue lui-même à la terre ; il ne peut s'en détacher sans perdre ces innombrables superfluités dont l'usage lui a fait des besoins. Nos maisons sont des prisons volontaires. Je voudrais que la vie fût un voyage sans fin, comme celui-ci ; et si je ne tenais à l'Europe par des affections, je le continuerais tant que mes forces et ma fortune le comporteraient.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient, 1832-1833&lt;/span&gt;, ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Note d'un voyageur&lt;/span&gt;, A. de Lamartine&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-862652842535380875?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/862652842535380875/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/palestine-1832-la-semaine-prochaine.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/862652842535380875'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/862652842535380875'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/palestine-1832-la-semaine-prochaine.html' title='Palestine 1832 : la semaine prochaine à Jérusalem !'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sa1vkAwJUcI/AAAAAAAABV0/ZYKLZ4cjAlw/s72-c/BLIII+13.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-8857842247673107092</id><published>2009-03-02T05:44:00.000-08:00</published><updated>2009-03-02T05:55:00.765-08:00</updated><title type='text'>Abyssinie, 1835 : la vieille esclave et le lion</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SavjHGtOkrI/AAAAAAAABVs/bHkoUDNcnig/s1600-h/BLIII+12.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 281px; height: 400px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SavjHGtOkrI/AAAAAAAABVs/bHkoUDNcnig/s400/BLIII+12.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5308586296985162418" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Depuis cent trente-cinq ans , aucun Français n’était entré en Abyssinie, quand deux jeunes gens, poussés uniquement par l’amour des aventures, abordèrent à Massaouah, en avril 1835. Au village de Emni-Harmas, ils rencontrèrent les deux familles anglaises qui y étaient établies. «Quoiqu’il y eût d’autres blancs dans le pays, nous fûmes, dès le moment de notre arrivée dans ce lieu, l’objet d’une vive curiosité. Nous avions déjà remarqué que, chaque fois que nous ôtions nos bonnets, les Abyssiniens manifestaient une surprise dont nous n’avions pas encore cherché à pénétrer la cause. Cet étonnement fut si général parmi les curieux d’Emni-Harmas, au moment où nous découvrions nos têtes, que nous ne pûmes nous empêcher d’interroger notre interprète ; il nous apprit que c’étaient nos cheveux noirs qui fixaient ainsi l’attention de ses compatriotes, car ils s’étaient imaginé, parce qu’ils n’avaient vu que des Anglais ou des Allemands, que tous les blancs devaient avoir les cheveux blonds, et ils ne pouvaient se lasser d’admirer la couleur de notre chevelure, qu’ils trouvaient bien supérieure à celle des autres Européens qu’ils avaient vus avant nous. Nous fûmes très-étonnés nous-mêmes de voir des noirs, pour qui une peau blanche est si précieuse, donner la préférence aux bruns sur les blonds.» (…)&lt;br /&gt;Après de longues marches, on vint camper auprès de Devra-Damo, montagne presque inaccessible. Là se trouvait encore l’Anglais Coffin, qui s’y était retiré lors de la mort du chef auquel il avait voué ses services.&lt;br /&gt;Combes et Tamisier suivirent l’armée, d’abord à Axoun, puis sur les bords du Tacazé. On était au mois de juillet ; déjà les pluies avaient gonflé les rivières, et le lit du fleuve avait quatre-vingt-dix pieds de largeur ; son courant était impétueux. Beaucoup de soldats commençaient à tenter le passage ; ils avaient de l’eau jusqu’au cou, et se soutenaient à l’aide de leur lance ; ils portaient leurs effets avec la main gauche ; les femmes et les enfants traversèrent avec beaucoup de difficulté sur des mulets, que des hommes tiraient par la bride. «Nous remarquâmes avec plaisir les secours que les forts prodiguaient aux faibles;  quatre nègres, aux formes athlétiques, se montraient infatigables. Nous étions sur le bord de la rivière, et les Abyssiniens, persuadés que nous redoutions de la traverser, s’avancèrent pour nous prêter leur secours ; mais, lorsqu’ils furent près de nous, nous nous élançâmes dans les eaux, et nous disparûmes à leurs yeux. Toute la troupe était assemblée sur le rivage ; la frayeur était à son comble, et, quand nous reparûmes, leur étonnement se manifesta par des cris de joie universels ; on nous avait crus noyés ou emportés par les crocodiles ; ils prétendirent alors que nous étions des diables, et que nous connaissions l’eau. Quand nous eûmes atteint l’autre bord, tout le monde nous entoura pour nous complimenter. Cette circonstance, si simple en elle-même, nous rehaussa dans l’esprit de la troupe, qui nous prit pour des êtres extraordinaires parce que nous savions nager.»&lt;br /&gt;Bientôt après, Combes et Tamisier arrivèrent à Devra-Tabour, résidence de Ali, ras du Samen, qui conçut pour eux une vive amitié, et voulut absolument les retenir, en leur faisant les offres les plus séduisantes. Ce ne fut qu’en feignant de renoncer à leurs projets de départ qu’ils réussirent à s’échapper. Ils traversèrent le Bachilo, rivière qui forme la limite du territoire occupé par les Galla ; ils coururent les plus grands dangers chez l’un des roitelets entre lesquels le pays est partagé. Soupçonnés en leur qualité de blancs de posséder d’immenses richesses, ils furent complètement dépouillés ; on leur enleva jusqu’à leurs manuscrits ; ensuite on les renferma dans une chaumière, pour leur faire avouer où ils cachaient leurs trésors ; ils furent même condamnés à mort, et les bourreaux se présentèrent à eux. Mais la reine s’était intéressée à leur sort ; elle leur fit dire par celui qui leur portait des vivres que Dieu est grand, et qu’ils ne devaient pas perdre tout espoir. Après quelques jours de captivité on les remit en liberté, et la reine elle-même leur rendit leurs manuscrits et d’autres objets.&lt;br /&gt;De là ils se rendirent auprès de Sahlé-Sellassi, roi de Choa, qui résidait à Angolala. Ce monarque, passionné pour l’industrie, veut qu’on exécute sous ses yeux tous les travaux manuels. Persuadé, comme la plupart des Orientaux, que les Européens sont doués de connaissances universelles, Sahlé-Sellassi ne pouvait croire que nos deux voyageurs ne fussent pas des ouvriers, et avait bonne envie de les retenir ; il les questionna sur les arts et sur les métiers, mais ils se gardèrent bien de se vanter de la moindre connaissance. Le roi les mena dans ses ateliers, car, aussi rusé qu’Ulysse, il pensait qu’à la vue des instruments de travail, les voyageurs ne pourraient se contenir ; mais, plus prudents qu’Achille, ils regardèrent sans mot dire et sans toucher à rien. Une autre fois il vint dans l’idée du roi que les étrangers pourraient bien être médecins, et il leur présenta une quantité de médicaments d’Europe venus par les Indes;  cette tentative ne réussit pas mieux que la précédente. Malgré leur nullité, Sahhé-Sellassi ne cessait de leur montrer une bonté toute paternelle. Enfin, après avoir épuisé tous les moyens de séduction, il les laissa partir à son grand regret.&lt;br /&gt;Les principaux chefs du Choa sont généreux et magnifiques ; tous les gouverneurs accueillirent Combes et Tamisier avec la plus grande bienveillance.&lt;br /&gt;L’autorité de Sahlé-Sellassi s’étend sur une partie du pays habité par les Galla-Borena, qui sont idolâtres et montrent un vif désir d’être instruits. D’après une conversation avec un choum, nos deux voyageurs sont persuadés que des missionnaires habiles, qui oseraient s’aventurer chez ces tribus sauvages, mais hospitalières et bonnes, parviendraient aisément à les réunir sous une même loi, et que tous les Galla, qui vivent aujourd’hui sans croyance et sans liens communs, formeraient alors une nation grande et intéressante, en adoptant notre sainte religion.&lt;br /&gt;Le 3 janvier 1836, les deux Français traversèrent le Nil à la nage ; les hommes et les femmes qui cheminaient avec eux se dépouillèrent de leurs vêtements, les enfermèrent dans des outres, qu’ils attachèrent sous leur poitrine, et arrivèrent ainsi sur le bord opposé. Avant de s’engager dans le fleuve, on avait eu grand soin de jeter des pierres et de pousser de grands cris, afin d’effrayer les crocodiles et les hippopotames, qu’on voyait quelquefois paraître à la surface.&lt;br /&gt;Les habitants du Gojam se montrèrent très-hospitaliers. L’entrée des voyageurs à Bichana offrit une singularité remarquable. «On se précipita sur nos pas, disent-ils ; les commerçants ne songèrent plus à s’occuper de leurs affaires ; les prêtres, les principaux personnages, les femmes arrivèrent à la fois. On nous entourait, on nous pressait à nous suffoquer ; tout le monde voulait nous voir en même temps, et de tous côtés on laissait échapper ces paroles: &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Negous matta&lt;/span&gt; (le roi est arrivé). Nous ne comprenions pas d’abord le véritable sens de ces paroles, mais à force de les entendre répéter si souvent, le souvenir d’une tradition abyssinienne, suivant laquelle un blanc doit un jour régner dans le pays, nous vint à la mémoire, et nous donna l’explication de notre royauté improvisée. Dans le Choa, cette tradition n’est guère accréditée que chez les grands, qui s’en effraient, tandis qu’en deçà du Nil elle est incarnée chez le peuple.»&lt;br /&gt;La route conduisit ensuite nos voyageurs dans le Beghemder, où règne ras Ali, dont ils n’avaient pas eu à se louer ; la renommée avait répandu dans tout le pays le bruit des scènes qui s’étaient passées pendant leur séjour dans la capitale.&lt;br /&gt;A Moula, disent-ils, plusieurs soldats qui ne nous connaissaient pas nous racontèrent nos exploits ; ils nous apprirent que deux blancs, qu’on avait cherché à retenir prisonniers, avaient mis Devra-Tabour en émoi, avaient bravé la puissance du ras et de ses troupes, et s’étaient éloignés triomphants de cette ville ; le prince les avait fait longtemps poursuivre, déterminé à les reléguer sur quelque montagne inaccessible, pour les punir d’avoir désobéi à ses volontés ; mais il avait renoncé à ses projets, parce qu’on lui avait prédit que, s’il exerçait la moindre violence contre ces étrangers, il attirerait la vengeance céleste sur tout le pays et sur lui-même.»&lt;br /&gt;Quoiqu’Ali eût été informé de l’arrivée des blancs, il feignit de l’ignorer ; cependant, quand il eut appris par un de ses pages qu’ils venaient de visiter le royaume de Choa, il leur envoya plusieurs émissaires, afin de savoir si la puissance de Sahlé-Sellasi était aussi formidable qu’on le prétendait. Ils furent en butte à mille petites vexations, toutes dirigées par un page que le ras leur avait donné sous prétexte de les servir ; ce jeune homme mit tout en œuvre pour voler nos étrangers, afin probablement de les forcer à rester au service du ras. Un domestique leur enleva un jour une ceinture contenant la moitié de leur fortune, neuf talaris ou 45 francs ; mais le voleur, effrayé de l’énormité de la somme, la leur rapporta le lendemain. Dès ce moment, ils redoublèrent de précautions, et résolurent de s’éloigner de la ville à l’improviste ; ce qui ne les empêcha pas d’être victimes de la perfidie d’un guide qui trouva moyen de leur voler quelques bagatelles.&lt;br /&gt;Le 25 janvier, Combes et Tamisier arrivèrent à Gondar, qui ne leur offrit que des restes de son ancienne grandeur. Lic Iaischo, l’un des juges, et, suivant Ruppel, le seul honnête homme de 1’Abyssinie, les reçut avec une grande joie et leur fut d’un grand secours dans les recherches qu’ils firent pour vérifier et compléter les annales déjà données par Bruce. Il leur communiqua la liste des livres qui composaient autrefois la bibliothèque des rois, et qui se trouvent aujourd’hui dispersés dans les divers monastères et chez les riches particuliers. Ce catalogue contient quatre-vingt-quinze articles. Les ouvrages sont écrits en différentes langues. La plupart ont été apportés par les Abouna venus d’Alexandrie.&lt;br /&gt;«Peu de jours après notre arrivée, nous reçûmes, disent les voyageurs, une visite qui nous fut bien agréable; nous vîmes entrer une vieille femme qui demanda si nous étions français. Les Abyssiniens, en général, ne connaissent que la grande division des blancs et des noirs : nous fûmes donc étonnés de la science de cette femme pour qui le nom de Français n’était pas inconnu ; nous ne pûmes lui taire notre surprise, et voici ce qu’elle nous apprit : «Je n’étais encore qu’une enfant, lorsque des marchands m’enlevèrent à ma famille; ils me conduisirent au Caire, et me vendirent à un bey qui me renferma dans son harem. Quoique aujourd’hui vous me voyiez vieille et ridée, j’étais alors jeune et agréable, et mon maître me couvrit de parures et de bijoux ; j’étais heureuse, lorsque les troupes françaises, conduites par Bonaparte et Kléber, bouleversèrent le Caire ; l’on me rendit à la liberté que je ne désirais pas ; on m’enleva une grande partie de mes richesses, mais je parvins à sauver mes bijoux, et je me rendis à Jérusalem, où un prêtre abyssinien, qui faisait son pèlerinage, me convertit au christianisme ; car, trop jeune pour avoir une religion, lors de mon arrivée en Égypte, on m’avait fait musulmane, et je revins dans mon pays natal que je ne regrettais plus. Quoique les Français m’aient beaucoup nui en me délivrant de l’esclavage, néanmoins je les aime ; ils sont entreprenants, courageux et ne sont pas avides comme nos soldats. Je n’ai vu Kléber qu’une seule fois, mais je ne l’oublierai jamais. Je m’estime heureuse de voir dans ma patrie des hommes de votre nation, et j’espère que vous viendrez prendre mon café.» Le jour suivant, nous passâmes plusieurs heures chez elle, car il nous était doux de parler, en Abyssinie, de notre armée et de ses généraux. Cette femme nous apprit que, peu de temps avant, un Abyssinien, attaqué d’une maladie incurable, s’était coupé la gorge avec un rasoir ; cet événement avait fait une vive sensation, parce que le suicide. n’est pas dans les mœurs abyssiniennes.»&lt;br /&gt;Les voyageurs, se trouvant sans argent, empruntèrent dix talaris au plus riche marchand de la ville, qui donna la somme avec toute confiance, et il fut convenu qu’ils lui paieraient l’intérêt au taux du pays, qui est de dix pour cent par mois; ils étaient certains de le rembourser promptement, car ils avaient laissé un dépôt dans le Tigré avant de partir pour Choa.&lt;br /&gt;Les Français, reposés par un séjour de deux semaines, quittèrent Gondar , et suivirent la route parcourue par Bruce en venant de Massaouah. Parvenus sur les bords du Tacazé, ils furent témoins d’une aventure tragique, qu’ils racontent ainsi : «Les pluies avaient cessé depuis longtemps ; le Tacazé roulait paisiblement son onde limpide, et au lieu où nous le traversâmes il y avait à peine deux pieds d’eau: son lit était large et la vallée pittoresquement décorée; des arbres gigantesques et vigoureux s’élevaient sur les deux rives, et de jolis petits singes se poursuivaient sur les branches; de tous côtés on distinguait des traces d’éléphant, et, au moment même du passage, nous aperçûmes deux de ces monstrueux animaux qui disparurent à travers les arbres de la montagne. Nous avions rencontré sur notre route un grand nombre d’hommes et de femmes qui vinrent stationner avec nous sur les bords de la rivière: au soleil couchant nous allumâmes des feux qui éclairèrent toute la vallée; une flamme ardente et soutenue s’élevait à travers un magnifique feuillage, et les ombres colossales des arbres qui formaient sur nos têtes une voûte de verdure tremblaient autour de nous. Le firmament était azuré et scintillant d’étoiles ; son éclat et sa pureté contrastaient avec les teintes livides que nos brasiers iépandaient aux environs ; la température de la nuit était douce, et nous contemplions ce beau spectacle en silence.&lt;br /&gt;«Nous avions fait balayer une place, le long d’un arbre mort, horizontalement couché; cet arbre était creux et servait de demeure à un serpent qui, réveillé par les vives sensations de la chaleur, releva sa tête; il se disposait à sortir, lorsqu’un de nos domestiques, qui l’aperçut, poussa un cri de frayeur et donna l’alarme; nous saisîmes tous de gros bâtons, et nous en assénâmes plusieurs coups au reptile, qui fut divisé en quatre tronçons que nous fîmes brûler dans notre feu; ainsi délivrés de ce dangereux ennemi, nous nous endormîmes, mais notre sommeil ne fut pas de longue durée.&lt;br /&gt;«Un Abyssinien possédait un bœuf malade ; à la halte il l’avait tué, espérant en vendre la viande à la troupe. Lorsque le bœuf fut écorché et dépecé, on suspendit ses membres aux branches des arbres, et chacun se coucha.&lt;br /&gt;«Tout le monde reposait depuis plus d’une heure; la flamme brillante de nos feux avait pâli, et ils étaient presque éteints; on n’entendait plus que la voix sombre de l’hyène, et le cri sauvage de l’hippopotame n’était alors qu’un rauque et sourd mugissement; tout à coup un rugissement féroce, qui se fit entendre à nos côtés, glaça d’effroi nos compagnons assoupis qui s’éveillèrent en sursaut et coururent à leurs armes ; un lion à l’œil enflammé, attiré sans doute par l’odeur du sang qu’on venait de répandre, se précipita avec furie sur quelques malheureuses femmes, qui pressaient dans leurs bras de pauvres petits enfants encore à la mamelle. Avant que nous eussions eu le temps de nous lever et de songer à nous défendre, le lion avait fait un effroyable carnage ; on entendait des cris lamentables et des plaintes de mourants. Les Abyssiniens tremblaient ; nous avions arraché de leurs mains deux lances, et notre bras gauche était armé d’un bouclier ; les plus intrépides de la troupe s’étaient groupés autour de nous, le sabre ou la lance au poing ; le lion, qui ne rencontrait plus de victimes éparses, rôdait autour de nous ; nous avions formé un carré, et, immobiles, nous présentions la pointe de nos armes à notre formidable ennemi, qui brandissait sa queue et poussait des rugissements saccadés; ses regards étincelaient, nous suivions tous ses mouvements avec une attention soutenue, et il cherchait vainement à nous surprendre ; nous nous tenions toujours sur la défensive, et nul de nous ne songeait à attaquer ce terrible adversaire, qui bondissait avec rage et semblait s’irriter de notre apparente impassibilité. Enfin, fatigué sans doute par notre résistance inerte, le lion se précipita de nouveau sur les victimes qu’il avait déjà immolées, les déchira de ses griffes, saisit entre ses dens un malheureux enfant qui se plaignait encore, et s’éloigna en grondant: de temps en temps il détournait la tête, et paraissait regretter de nous abandonner ainsi le champ de bataille; nous crûmes plusieurs fois qu’il allait revenir sur ses pas ; mais, heureusement pour nous, il disparut bientôt dans les ténèbres.&lt;br /&gt;«Délivrés d’un danger si terrible, nous nous empressâmes autour des cadavres; nous trouvâmes une femme qui respirait encore; nous visitâmes ses blessures, et nous vîmes qu’elle était à peine égratignée, et que sa vie ne courait aucun danger. Lorsqu’elle fut remise de sa frayeur, elle jeta les yeux autour d’elle, et demanda son enfant ; personne n’osa lui répondre. Elle comprit notre silence, et, poussant d’horribles cris, elle s’arracha les cheveux et se déchira le visage; nous cherchâmes vainement à la calmer et à la retenir; elle était debout et voulait, disait-elle,  se mettre à la poursuite du lion et lui ouvrir les entrailles de ses ongles; mais, écrasée sous le poids de sa douleur, elle retomba épuisée de sa fatigue et demeura longtemps sans donner aucun signe de vie. Lorsqu’elle sortit de sa léthargie, elle était plus tranquille, elle versa d’abondantes larmes, et attendit avec quelque résignation.&lt;br /&gt;«Les fuyards étaient revenus, et comme personne n’osait plus se livrer au sommeil, nous nous occupâmes à ensevelir les morts ; sous les arbres solitaires de la vallée, nous creusâmes une grande tombe d’un pied de profondeur, et nous y déposâmes cinq cadavres défigurés. Après avoir rempli ce pieux devoir, nous nous éloignâmes tristement de ce lieu fatal; nous reçûmes les félicitations de nos compagnons d’armes, et plusieurs d’entre eux nous appelaient leurs sauveurs.»&lt;br /&gt;Le 21 février, les voyageurs revinrent à Axoum, et bientôt après ils se trouvèrent à Adoua, au milieu de leurs amis les missionnaires.&lt;br /&gt;D'après Combes et Tamisier (1835-1837).&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-8857842247673107092?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/8857842247673107092/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/abyssinie-1835-la-vieille-esclave-et-le.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/8857842247673107092'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/8857842247673107092'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/abyssinie-1835-la-vieille-esclave-et-le.html' title='Abyssinie, 1835 : la vieille esclave et le lion'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SavjHGtOkrI/AAAAAAAABVs/bHkoUDNcnig/s72-c/BLIII+12.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-4985622570120432710</id><published>2009-03-02T02:24:00.000-08:00</published><updated>2009-03-02T02:39:39.901-08:00</updated><title type='text'>Egypte, vers 1870 : la rue cairote</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sau1JgZu9VI/AAAAAAAABVk/oHJQpEhHplE/s1600-h/BLIII+11.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 328px; height: 400px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sau1JgZu9VI/AAAAAAAABVk/oHJQpEhHplE/s400/BLIII+11.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5308535760707581266" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Après s’être rendu maître d’une grande partie de l’Egypte, le conquérant Amrou se disposait à attaquer Alexandrie, qui lui résistait encore. Il donna l’ordre du départ à ses troupes campées sur les bords du Nil à l’endroit où est aujourd’hui situé le vieux Caire. Les soldats qui pliaient les tentes remarquèrent qu’un couple de colombes avait fait son nid sur le sommet de celle d’Amrou. Les œufs étaient prêts à éclore. L’avis en fut donné au général à qui l’on demanda s’il fallait détruire la couvée. «A Dieu ne plaise, s’écria-t-il, qu’un musulman refuse sa protection à une créature d’Allah! Qu’on respecte ces oiseaux devenus mes hôtes, et que ma tente reste dressée jusqu’à mon retour. »Telle est l’origine du vieux Caire qui fut, à cause de ce fait, appelé Fostal (tente). Plus tard, le général fatimite Djouar traça, non loin de ce lieu, le plan d’une nouvelle capitale, qui reçut le nom d’Il-Kahira, la Victorieuse, dont nous avons fait le Caire. La ville nouvelle ne prit une très grande extension qu’à dater de Salah­ed-dyn. Le célèbre sultan ayoubte fit construire au pied du mont Mokatan, sur un rocher escarpé, un château-fort entouré d’une vaste enceinte. Cette position domine la ville qui se développe en amphithéâtre. On montre encore aujourd’hui le puits de 90 mètres de profondeur que Salah­ed-dyn fit creuser dans la roche vive pour amener, sur ce point, l’eau du Nil. Des bœufs, font tourner incessamment une double roue en chapelet, muni de godets qui élèvent l’eau du fleuve. Cette citadelle qu’Aboul-Féda appelle «le château des lumières» a été remplacée aujourd’hui par une construction nouvelle qui est l’habitation ordinaire des pachas.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le voyageur qui arrive au Caire doit se rendre tout d’abord sur ce point élevé d’où les regards découvrent la ville entière et ses environs. Dans ce magnifique panorama, rien ne frappe les yeux de ce qui constitue la cité antique : temples aux longues avenues bordées de sphinx et d’obélisques. Rien de régulier, d’imposant. Un entassement de maisons, surmontées de terrasses, forme des rues étroites, tortueuses. De cette confusion d’édifices, ceints de remparts, s’échappent les hauts minarets des mosquées comme autant de fusées de pierre. On dirait les mâts gigantesques d’une flotte amarrée dans un port. Le temple donne l’esprit même de la civilisation antique. La grande base de la civilisation, arabe c’est la mosquée. A l’aube, à midi, au soir, de ces trois cents jets de pierre des voix s’élèvent qui louent Dieu ! Le temple réalisait la grandeur par la masse ; il parlait aux yeux. La mosquée s’adresse à l’âme : son minaret est une prière. Si frêle, mais tout pénétré de lumière et d’azur, il est l’expression d’un éternel élan du cœur. L’état moderne de l’Egypte découle tout entier du mahométisme. L’indigène a complètement oublié le passé et les temps historiques semblent ne commencer pour lui qu’avec la conquête arabe. C’est véritablement un peuple à part qui vit sous mes yeux. C’est un côté de l’Orient auquel la nature toute particulière de la vallée du Nil donne une physionomie originale ; cette ville immense, avec ses trois cent mille âmes, n’exhale pas le plus faible bruissement. La vie est toute à l’intérieur ; de ce réseau inextricable de rues et de ruelles ne s’échappe pas même cette sorte de vapeur sonore qui monte des cités d’Europe vues de haut et de loin.&lt;br /&gt;De vastes cimetières entourent le Caire. Au couchant, le Nil, large et majestueux, embrasse, de ses flots jaunâtres, cette corbeille de verdure et de fleurs qu’on nomme l’île de Iou­ctab, dans laquelle se trouve le nilomètre. Au delà, le désert fauve, le sphinx colossal et les grandes pyramides. Si nous descendons dans la ville, la vie va apparaître.&lt;br /&gt;Le Caire est monumental. La plupart de ses mosquées sont des chefs-d’œuvre de cette riche architecture arabe qui est une transformation de l’architecture persane. Rien de splendide comme certaines fontaines. Rien de si gracieux que ces balcons couverts qui font saillie sur les façades sombres et décrépites et que l’on nomme moucharabieh. Il en est, perdus dans les rues du Caire, devant lesquels j’ai passé indiscrètement bien des heures. Ces voiles de bois ouvragé avec un art plein de caprice, ces frêles colonnettes, ces rosaces à jour qui font l’effet du sourire, ces mille découpures qui s’entrelacent sans confusion, ces ciselures charmantes transforment ce que nous appelons prosaïquement des fenêtres en autant de ravissants petits mystères. Sous ces abris, pouvant tout voir sans être vue, la dame du harem vient savourer, aux heures de la chaleur énervante, les douceurs du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;far niente&lt;/span&gt; des Orientaux. Ce sont généralement les maisons les plus délabrées qui possèdent les moucharabieh les plus remarquables, ceux que créa le génie arabe du temps des califes.&lt;br /&gt;Ce qui fait le charme des édifices du Caire, c’est l’imprévu ; c’est qu’ils apparaissent en quelque sorte aux yeux. Vous suivez une rue étroite et sombre, bordée de constructions sans caractère. La voie s’infléchit, et, sur l’angle qu’elle forme, se développe la plus ravissante architecture dont une fontaine puisse être le prétexte. Ce sont de sveltes colonnes, des frises courant en fines dentelles, une pierre fouillée, ciselée jusqu’à avoir l’air d’échapper à la loi de la pesanteur.&lt;br /&gt;Subissez encore la vue des murs noirs et crevasses, vous aurez le dédommagment d’une mosquée grave comme un profil d’Arabe, avec sa porte démesurément haute et ses minarets cherchant l’azur.&lt;br /&gt;Le seuil des mosquées est hanté par des mendiants d’une espèce singulière : ce sont des idiots et des fous. Ces malheureux sont ici l’objet d’une grande vénération. Ce sentiment est fondé sur la croyance que l’esprit des aliénés repose dans le sein de Dieu. Jusqu’ici il n’y a rien à dire. Mais le respect qui entoure ces pauvres êtres va jusqu’à leur permettre de parcourir les rues dans un état de nudité complète. Les hommes, et surtout les femmes, environnent ces saints d’un nouveau genre : on leur baise les mains, les pieds, la tête. Les passants les comblent d’aumônes ; mais la pensée irrévérencieuse de les vêtir ne vient à l’esprit de personne ? La femme que son mari a répudiée vient se jeter aux pieds du saint. Celle qui se croit atteinte de stérilité couvre de baisers ses mains sales, son front teigneux, recueille sa salive et s’en frotte le visage. La jeune fille lui demande de lui indiquer le jour de son mariage.&lt;br /&gt;Non seulement ces étranges prophètes stationnent à la porte des mosquées, mais ils courent les foires et les pèlerinages célèbres, se mêlant, sur les places publiques, aux danseuses et aux baladins. C’est le spectacle affligeant de la dégradation humaine élevée à la hauteur d’un sacerdoce.&lt;br /&gt;Le peuple égyptien nourrit, d’ailleurs, des superstitions nombreuses qui survivront peut-être aux croyances religieuses, si profondément encore enracinées dans les esprits. La foi aux talismans est une des superstitions les plus répandues en Egypte. L’objet cabalistique est ordinairement un sachet de cuir ou d’étoffe quelconque renfermant un papier sur lequel un personnage en odeur de sainteté ou simplement un ami a tracé quelques mots.&lt;br /&gt;Ces préservatifs contre le mauvais œil et autres dangers du même genre se portent en général attachés à l’avant-bras.&lt;br /&gt;J.-C. Caillaud rapporte que des Arabes avaient recueilli, avec la plus grande vénération, pour en faire des talismans de premier ordre, des fragments de journaux français ! Ils en chargeaient les oreilles de leurs chameaux et en portaient sur leur poitrine.&lt;br /&gt;Tout ce qui vient d’Europe jouit d’ailleurs ici d’une faveur signalée. La contagion gagne même certains Turcs de la vieille roche, qui se mettent à parler français. Seulement ils s’adressent parfois à des maîtres tout aussi ignorants qu’eux mêmes.&lt;br /&gt;Un de ces bons Turcs qui n’avait appris notre langue que par l’intermédiaire d’un palefrenier nubien qui prononçait quelques mots d’italien sans en comprendre le sens, crut faire un compliment très flatteur à un Français en le saluant par cette phrase courte, mais expressive :&lt;br /&gt;– Bon giorno, porco.&lt;br /&gt;Les aspects du Caire sont variés à l’infini. Arrêtons-nous un moment sur la place de Roumeltch, l’une des plus mouvementées de la ville. Les groupes d’hommes, de femmes, et d’enfants se forment autour des escamoteurs ambulants. Leurs ressources, en fait de prestidigitation, ne sont pas plus grandes que celles de nos jongleurs. Les gobelets et les muscades en font tous les frais. Les tours d’adresse des singes savants attirent toujours une grande affluence de curieux. De temps à autre passe un arroseur public, l’épaule chargée d’une outre pleine d’eau du Nil à l’aide de laquelle il arrose le sol poudreux et les passants.&lt;br /&gt;Une fantasia débouche sur la place, qu’elle traverse : c’est un mariage. Des baladins ouvrent le cortège ; montés sur des échasses, armés de perches, ils simulent des combats grotesques. Une musique criarde accompagne tous leurs mouvements. Les parents et amis viennent ensuite. Enfin, sous un baldaquin ténu par des matrones soigneusement voilées, un fantôme rouge chemine péniblement : c’est la jeune fille. Elle est complètement enveloppée dans une pièce d’étoffe écarlate et se traîne plutôt qu’elle ne marche. On m’a fait observer que cette attitude est commandée par la pudeur. il ne faut pas, on effet, que la jeune fille coure dans les bras de son fiancé, mais qu’elle s’y laisse jeter! L’union conjugale n’est pas indissoluble on Egypte. Le divorce y est la conséquence nécessaire de la façon dont les mariages se concluent. C’est par procuration que le jeune homme a fait sa cour à la jeune fille. Le voile ne de la fiancée ne tombe pour lui que lorsque l’hymen est un fait accompli. On m’a assuré que les déceptions ne sont pas aussi fréquentes qu’on pourrait le penser. D’ailleurs le divorce vient tout réparer. Mais on ne peut user ne de ce moyen légal de se désunir sansbourse délier. Le mari perd on se séparant de sa compagne la somme qu’ildonnée an père pour avoir sa fille.&lt;br /&gt;Il doit, en outre, assurer l’existence de celle qu’il délaisse. Si l’on on excepte la coutume un peu barbare d’acheter la jeune fille à son père, ces dots ne sont-elles pas plus raisonnables que celles de notre société européenne ?&lt;br /&gt;Une des grandes curiosités du voyage en Orient – curiosité qui n’est jamais satisfaite quand ce voyageur est un homme –, c’est l’habitation des femmes des classes, riches.&lt;br /&gt;Le harem est la grande attraction du touriste. Les récits qu’ont faits de l’appartement des femme musulmanes et de leur existence les dames européennes, en très grand nombre, qui ont pénétré dans les gynécées des pachas, ne nous révèlent rien de bien extraordinaire. La vie du harem est toute de nonchalance, comme la vie de tous les Orientaux. Fumer le narguileh, absorber des confitures et des sorbets entrecoupés de nombreuses tasses de moka, prolonger du matin au soir une toilette qui devient un travail artistique, appeler des almées, asister à leurs danses, écouter leurs chants poétiques, telle est la base de cette existence.&lt;br /&gt;Une dame européenne en visite chez une turque prenait en pitié cette vie de recluse. Ce qu’elle ne pouvait surtout concevoir c’était ces frais de toilette vingt fois renouvelés en un&lt;br /&gt;jour.&lt;br /&gt;– Mais pour qui donc vous faites ça ?&lt;br /&gt;– Pour mon mari, répondit la jeune Turque, comme si la chose eût été des plus naturelles.&lt;br /&gt;– Vraiment ! exclama avec un air de doute l’Européenne.&lt;br /&gt;– En France, ce n’est donc pas pour leur mari que les femmes se parent ? reprit malicieusernent l’Orientale.&lt;br /&gt;Je ne réponds pas cependant que toutes les habitantes des harems professaient les mêmes principes. Mais il n’est pas douteux que l’habitude leur rende cette existence très supportable…&lt;br /&gt;La femme est d’ailleurs, encore, en Orient et même en Egypte, considérée comme très inférieure à l’homme. Un médecin français m’a raconté un fait qui n’est pas à l’honneur des représentants de notre sexe sur les bords du le Nil. Consulté par un fellah dont la femme était atteinte, d’une maladie chronique, il prescrivit au mari le traitement et le régime qui convenaient à cette affection. Le fellah écouta jusqu’au dernier mot le médecin franc ; puis le regardant d’un air soucieux :&lt;br /&gt;– Combien tout cela pourra-t-il me coûter ? demanda-t-il.&lt;br /&gt;Le docteur indiqua une somme approximative.&lt;br /&gt;– Allah ! Allah ! s’écria le malheureux époux, il est écrit que ma pauvre femme doit mourir. Mais avec cette somme, je pourrais en avoir une autre jeune bien portante !&lt;br /&gt;Texte tiré du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Voleur&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-4985622570120432710?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/4985622570120432710/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/egypte-vers-1870-la-rue-cairote.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/4985622570120432710'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/4985622570120432710'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/03/egypte-vers-1870-la-rue-cairote.html' title='Egypte, vers 1870 : la rue cairote'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sau1JgZu9VI/AAAAAAAABVk/oHJQpEhHplE/s72-c/BLIII+11.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-1107259102829340026</id><published>2009-02-28T12:21:00.000-08:00</published><updated>2009-02-28T12:41:03.290-08:00</updated><title type='text'>Pays-Bas : un batave polyglotte</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SamhMXuhHGI/AAAAAAAABVc/uEK2J_1BAtk/s1600-h/BLIII+8.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 302px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SamhMXuhHGI/AAAAAAAABVc/uEK2J_1BAtk/s400/BLIII+8.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307950869732465762" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;«J’étais en wagon avec un Hollandais parlant français comme presque tous ses compatriotes de la classe moyenne…» En ce temps-là, les Français, où qu’ils se trouvassent à l’étranger, parlaient leur propre idiome et s’attendaient le plus naturellement du monde à être entendus par le moindre indigène ; les petits hollandais apprenaient le français à l’école, et quant aux Anglais, ils faisaient l’effort d’utiliser notre langue lorsqu’ils visitaient l’Europe. &lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Né en 1829, mort en 1894,  François-Victor Fournel&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;, journaliste de son état, entreprend son périple «au moment où les chasseurs parisiens se préparent à envahir le plateau de Châtillon et la plaine Saint-Denis». A peine entré sur le territoire hollandais, il observe «une pluie torentielle, morne, implacable, obstinée… la Hollande sous son vrai jour». &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;D’innombrables briqueteries parsemées sur les côtés de la route, et quantité de poissonniers, avec leurs seaux pendus aux deux côtés de la cangue qui repose sur leurs épaules en leur enserrant le cou, signalent l’approche de Katwyk. Le jour commençait à tomber. Je pressai le pas pour arriver à temps et pouvoir contempler les écluses au dernier rayon du soleil. A peine entré dans le village, j’interrogeai les paysans ; pas un ne comprenait un mot. J’eus beau frapper vingt portes, multiplier les gestes, accentuer ma question par une pantomime expressive, où je m’efforçais d’imiter avec mes bras le mouvement de l’eau qui tombe, je ne pus parvenir à me faire comprendre. En vain je prêtais l’oreille aux bruit lointains de l’horizon : ni le mugissement de la mer, ni celui des écluses n’arrivait jusqu’à moi. Le Rhin avait disparu. Je ne pouvais, dans l’obscurité naissante, chercher à rejoindre le fleuve au hasard, à travers les prairies, pour me hasarder à en suivre le cours jusqu’au bout, peut-être en me condamnant à des détours ou à des obstacles sans nombre, et en risquant de m’égarer, tout au moins en m’exposant à patauger d’une façon dangereuse dans les marécages dont fourmille la campagne hollandaise. L’inquiétude commençait à descendre sur moi avec les brouillards de la nuit. A la fin un éclair me traversa la mémoire : je me souvins qu’il y a deux Katwyk, – Katwyk sur le Rhin et Katwyk sur mer –, et aidé par une carte que je portais dans ma poche, et par certains poteaux couverts de pancartes explicites que je découvris dans l’ombre, je parvins à faire comprendre à un paysan plus fûté que les autres, que je désirais me rendre à Katwyk sur mer. Le paysan sourit d’un air de compassion, me prit par le coude, me fit traverser quelques champs et deux ou trois barrières, tourner l’église, revenir sur mes pas, franchir un fossé ; puis, tendant la main devant lui, il dit gravement : «Katwyk-aan-Zee, mynheer», me salua, et disparut, comme le Rhin.&lt;br /&gt;Je ne puis trop recommander aux touristes qui visitent la Hollande, ou tout autre pays d’ailleurs, de se munir d’un vocabulaire, ne fût-ce que pour leurs excursions dans les villages, souvent plus curieux que les villes, s’ils veulent éviter les déboires auxquels je me suis vu exposé faute de cette précaution élémentaire. Je sais bien qu’ils pourraient prendre un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cicerone&lt;/span&gt;, mais je suppose que, comme moi, ils ont horreur d’un tel compagnon de voyage, et qu’ils aimeront mieux s’exposer aux chances les plus désagréables que de se soumettre à cette servitude. Un mot suffit pour se faire entendre, et ils le trouveront toujours dans le dictionnaire. Malgré ses analogies avec l’allemand, la connaissance du hollandais est très-peu répandue. Puis, nous autres Français, nous sommes si personnels, et tellement gâtés par la diffusion de notre langue dans tous les coins de l’univers, que nous en devenons fort paresseux. Un Anglais, un Hollandais, un Espagnol ne viennent pas chez nous sans essayer de baragouiner le français ; ils le parlent mal, mais ils font de leur mieux pour le parler, et, grâce à la complaisante agilité d’esprit avec laquelle nous nous associons à leurs efforts, nous parvenons à les comprendre. Un Français s’embarque intrépidement dans une excursion en Hollande ou en Espagne sans savoir un mot de la langue du pays, sans même s’en préoccuper un moment : il lui semble tout naturel d’interroger dans son propre langage le premier passant de la rue, et il s’en faut de peu qu’il ne trouve ridicules ceux qui ne le comprennent pas. Cette espèce de fatuité nationale trouve à la fois son excuse et son encouragement dans les faits.&lt;br /&gt;Tant que je ne sortis point des villes, mon ignorance ne me causa nul embarras. On parle français dans la plupart des hôtels : presque toutes les personnes de la classe moyenne, et quiconque a reçu ce qu’on appelle de l’éducation, connaissent assez notre langue pour se faire entendre, et s’en servent parfois très-purement Vous pouvez, dans la rue, avoir recours à peu près sans crainte à tout passant dont le costume indique autre chose qu’un homme du peuple ou un petit commerçant. En cas de besoin, adressez-vous aux, enfants on leur apprend le français dans les écoles. Vous avez bien quelques idiotismes à redouter : la plupart des indigènes s’obstineront, par exemple, à dire douze heures au lieu de midi ; à prononcer «en n’Hollande,» et à commencer toutes leurs réponses à vos demandes par l’interjection &lt;span style="font-style: italic;"&gt;oh!&lt;/span&gt; ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ho!&lt;/span&gt; dans laquelle ils mettent un monde de nuances : nuance de compassion pour vous qui ne parlez pas le hollandais, la langue d’Adam et Eve dans le paradis terrestre, comme l’a prouvé un de leurs savants ; nuance d’inquiétude et de crainte de ne pas vous avoir entendu, ou nuance de satisfaction de vous comprendre et d’empressement de vous obliger. Comme ils sont très polis, ils ne vous adresse pas non plus la parole sans assaisonner leurs phrases de quelques &lt;span style="font-style: italic;"&gt;s’il vous plaît&lt;/span&gt;, accommodés à toute sauce. Le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;s’il vous plaît&lt;/span&gt; est pour eux ce qu’est le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;savez-vous&lt;/span&gt; pour les Belges, une monomanie, un tic nerveux. Mais dans les villages, ou dans les régions les plus reculées du pays, on conçoit aisément qu’il n’en est plus de même, et l’on s’expose, en ignorant la langue, à des tribulations dont celles que j’éprouvai à Katwyk vont donner une idée véridique.&lt;br /&gt;Je me mis donc à enjamber la nouvelle route qui s’allongeait à l’horizon dans une perspective peu rassurante. Les paysans rentraient de toutes parts après le travail journalier ; je croisais à chaque pas des villageoises à la forte encolure, portant cette coiffure bizarre, composée d’un casque d’argent et de plaques du même métal, que j’avais déjà vue à Scheveningue;  et les poissonniers défilaient par centaines, me saluant au passage d’un sonore &lt;span style="font-style: italic;"&gt;goeden morgen&lt;/span&gt;. La nuit était entièrement venue. Je ne tardai pas à apercevoir sur ma gauche comme de grandes dunes de sable, qui me révélèrent le voisinage de l’océan. Néanmoins ce ne fut qu’au bout de trois quarts d’heure de marche que j’entrai dans te village. Je le traversai d’outre en outre, et j’arrivai sur les bords de la mer du Nord.&lt;br /&gt;Devant moi s’étendait une vaste plage, et au delà la mer plate et morne, roulant sur elle-même avec un gémissement monotone et lugubre ; le rivage était encombré de pêcheurs, causant en groupes animés, entourés de leurs familles ou retournant chez eux, d’un pas lent et lourd, en fumant leurs pipes. Mon arrivée fit sensation. Je m’acheminai droit à un groupe et renouvelai mes questions ; un silence étonné m’accueillit et je surpris quelques sourires sur la lèvre narquoise des gamins. Je recommençai, en appuyant ; tous se mirent à me répondre en parlant à la fois, se regardant les uns les autres, puis me regardant moi-même et secouant la tête. J’articulai vigoureusement : Rhin, écluses, en commentant ce dernier mot par une mimique désespérée, pleine de soubresauts extravagants où je cherchais à imiter des deux bras tantôt une eau torrentueuse qui tombe à pic, tantôt le rebondissement moelleux d’un courant qui glisse de surface courbe en surface courbe, le tout accompagné d’un bruit sourd de la bouche qui, dans ma pensée, représentait à merveille le mugissement du fleuve. Les gamins éclatèrent franchement de rire en parodiant mes gestes avec un cynisme qui me navra, tandis que les pêcheurs se regardaient de plus en plus, répétant d’un air hébété Rhin, écluses… Après dix minutes d’efforts qui m’avaient mis tout en nage, je renonçai à entamer ces rudes cervelles, et, complètement désabusé des idées fausses que j’avais puisées à l’Opéra, et jadis aux Funambules, sur la puissance de la pantomime, je cherchai de l’œil un café, une auberge, un lieu public quelconque où j’eusse plus de chance de me faire entendre à loisir, tout en restaurant mon corps fatigué. Les portes étaient closes et toutes les fenêtres sombres. Pas une lumière ne brillait autour de moi, – et la mer du Nord mugissait à mes pieds ! Un instant, le vertige me monta à la tête ; je me crus transporté en plein Groënland, sur une terre sauvage, au milieu de barbares, étrangers à une langue civilisée, et il me sembla qu’un ours blanc allait m’apparaître, perché sur un glaçon. Les pêcheurs m’entouraient toujours avec des airs affables qui ne me rassuraient point. A chaque minute ils étaient rejoints par de nouveaux survenants, à qui je les entendais répéter à mi-voix Rhin… écluses…? et qui, comme eux, secouaient la tête pour toute réponse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SamhMSqR_0I/AAAAAAAABVU/j3mmBfwTTiw/s1600-h/Delft.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 301px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SamhMSqR_0I/AAAAAAAABVU/j3mmBfwTTiw/s400/Delft.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307950868372520770" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Enfin j’aperçus, à ma gauche, la silhouette d’une église. Une idée me vint : puisqu’il y avait une église, il devait y avoir un prêtre ou un pasteur ; et ce pasteur devait savoir le latin. J’étais sauvé. Je m’acheminai rapidement vers l’église, à travers les monticules de sable, où j’enfonçais jusqu’au-dessus de la cheville, et je tournai autour jusqu’à ce que j’eusse rencontré la porte ; elle était fermée, et je la remuai de toutes mes forces à plusieurs reprises, sans que l’écho même répondît à mes tentatives. J’essayai de deviner, parmi les maisons voisines, quelle pouvait être celle qui abritait le pasteur : pas une seule n’avait un signe particulier qui la désignât à mon attention. A la première dont je m’approchai, un chien se prit à aboyer avec tant de violence qu’il me parut à la fois dangereux et inutile d’insister : ce ne pouvait être évidemment le seuil du pasteur qu’un dogue se chargeait de défendre avec tant d’acharnement. La deuxième était hermétiquement close. A la troisième une fenêtre s’ouvrit, et une femme effrayée apparut, m’interpellant vivement.&lt;br /&gt;J’essayai de m’expliquer, montant d’une main le temple, de l’autre le ciel, mais sa frayeur lui avait fait perdre la tête. Un moment elle parut près d’appeler au secours, et comme je me rapprochais pour mieux me faire entendre, elle ferma vivement la fenêtre en poussant un petit cri d’angoisse dont le souvenir restera éternellement dans ma mémoire. Désespéré, je retournai vers la porte de l’église, et la secouai de nouveau, bien résolu à rester là jusqu’à ce qu’on eût compris mon désir.&lt;br /&gt;En-ce moment d’angoisse, la Providence voulut enfin me montrer qu’il n’a pas été écrit vainement : cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. Elle m’envoya le secours désiré dans la personne de l’un des pêcheurs de la plage, qui, m’ayant vu m’acheminer vers le temple, m’avait suivi machinalement de loin, comme s’il eût pressenti mon projet. Il s’approcha de moi, escorté lui-même d’un cercle de gamins avides de voir ce qui allait se passer.&lt;br /&gt;– &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ho!&lt;/span&gt; dit-il avec l’intonation, particulière aux Hollandais.&lt;br /&gt;– Le pasteur! répondis-je, en mettant toute mon âme dans ma voix.&lt;br /&gt;Le pêcheur réfléchit, comme s’il cherchait à ramasser laborieusement quelque souvenir lointain d’un mot français jadis entendu.&lt;br /&gt;–&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Predicant ?&lt;/span&gt; dit-il enfin, avec l’effort victorieux d’un homme qui vient de percer un mur.&lt;br /&gt;Un&lt;span style="font-style: italic;"&gt; ia, ia, &lt;/span&gt;vigoureusement accentué, fut ma réponse, et je m’élançai vers lui, comme eût pu faire un prisonnier dont il aurait descellé les barreaux. Il se mit à marcher devant moi ; je le suivis, et les gamins se vissèrent à mon épine dorsale, «grands yeux ouverts, bouche béante».&lt;br /&gt;Le prédicant demeurait à l’autre bout du village. Il fallut marcher un bon quart d’heure, au milieu de ce cortège, avant de trouver sa maison. Sa femme vint nous ouvrir, et mon guide commença à parlementer avec elle. Il parla longuement, me regardant de temps à autre de façon à me montrer qu’il entrait, au sujet de ma personne, dans toutes sortes d’explications intimes. J’aurais voulus savoir ce qu’il disait. La femme du prédicant répondait avec vivacité, en me regardant aussi. J’avais pris mon chapeau à la main et j’attendais tête nue, et les yeux à demi baissés, comme il sied à un suppliant. La femme plongea dans l’intérieur de la maison, et mon guide me fit un signe de protection bienveillante, qui voulait dire : «Espérez!» Elle revint au bout de quelques minutes, et recommença ses questions. Je dois rendre à mon guide cette justice que le brave homme avait l’air de plaider chaudement ma cause. Cependant je sentais le doute et l’angoisse m’étreindre le cœur, et d’une voix timide, étranglée, pleine de prière, j’articulai doucement :&lt;br /&gt;«Mynheer predicant, s’il vous plaît!»&lt;br /&gt;La femme me toisa encore des pieds à la tête, apostropha de nouveau mon guide, puis disparut une seconde fois. Je n’osais plus lever les yeux ; je restais dans l’attitude d’un coupable qui attend la rentrée du tribunal, délibérant sur sa condamnation. Enfin, elle revint et fit un signe. Je me précipitai, dans la maison comme dans une ville conquise, marchant au pas de charge, et croyant entendre résonner à, mes yeux les accents du tambour et de la trompette qui sonnaient la victoire.&lt;br /&gt;A mon entrée dans une grande pièce au fond du corridor, un homme d’âge mûr, de physionomie bonne et honnête, se leva et me saluant :&lt;br /&gt;«Bonjour, monsieur, me dit-il.&lt;br /&gt;– Ah! enfin, m’écriai-le, dans l’excès d’une joie qui me fit oublier la politesse, voici donc quelqu’un qui parle français!»&lt;br /&gt;Mon interlocuteur hésita, parut réfléchir avec concentration, puis ramassant toutes ses forces:&lt;br /&gt;«Moi, dit-il, comprends pas ce que vô dites.» Je retombai du haut de mes rêves. Le prédicant ne savait guère que ces deux mots de français qui m’avaient inspiré un si trompeur espoir. Il avait bien jadis appris notre langue ; mais transplanté depuis plus de vingt ans, loin des universités, au milieu d’une population de pêcheurs, il avait eu le loisir d’en oublier l’usage.&lt;br /&gt;«Sine dubio, repris-je alors, loqueris latine domne?&lt;br /&gt;– Aliquantulum, fit-il avec une modestie convaincue qui me glaça de crainte. Et aussitôt:  You speak english?&lt;br /&gt;– Little, little, dis-je en secouant mélancoliquement la tête.&lt;br /&gt;– Ho! fit l’excellent homme en me prenant les deux mains. Eh bien, mynheer…, oui…, I am sorry for it, mais dummodo nos invicem intelligamus, satis est, n’est-ce pas?»&lt;br /&gt;Alors commença entre nous la conversation la plus incroyable, la plus bariolée, la plus extravagante, mêlée de latin, d’anglais, d’italien, de grec, de hollandais et de français, une conversation à faire monter la sueur au front, et qui compte dans mes souvenirs, avec l’ascension du Ballon d’Alsace, parmi les plus rudes travaux que j’aie jamais accomplis. Le pasteur ne m’avait pas trompé : il était bien rouillé sur le latin ; j’ose dire même, puisse-t-il me pardonner cette révélation qui l’affligera peut-être ! – qu’il se livrait à d’intolérables solécismes ; et tout cela, joint à sa prononciation hollandaise, rendait l’échange de nos idées fort pénible dans cet idiome sur lequel j’avais tant compté. Nous causâmes pourtant, nous causâmes longtemps même par je ne sais quel tour de force et de souplesse dont la pensée me remplit encore d’une admiration mélangée d’effroi. Nous causâmes d’abord théologie, en quoi nous ne fûmes pas d’accord ; puis arts, puis voyages, puis un peu de philosophie même, s’il m’en souvient bien. De temps à autre, madame, qui ne semblait pas encore parfaitement rassurée, passait la tête par la porte entr’ouverte, ou entrait sous un prétexte quelconque ; je ne lui en veux pas, et j’aime à croire, au contraire, que toute bonne femme, en un cas semblable, veillerait avec, la même défiance sur son mari.&lt;br /&gt;Après une demi-heure environ de cet exercice que mes forces n’auraient pu supporter plus longtemps, car déjà j’étais tout en nage, je pris la liberté de rappeler au pasteur le but de mon excursion et mon désir de voir les fameuses écluses. Il mit sa casquette, me tendit un cigare, et nous partîmes. Ce fut donc au clair de la lune et dans une demi-obscurité, qui, en voilant les détails, donnait à la masse quelque chose de plus imposant et je ne sais quoi de mystérieusement solennel, que je contemplai ce chef-d’œuvre de l’achitecture hydraulique, qui est en Hollande l’architecture nationale.&lt;br /&gt;Autrefois le vieux Rhin se perdait misérablement dans les sables : on l’a resserré en un canal étroit pour le porter jusqu’à la mer. Ce canal est traversé par trois écluses gigantesques, où de solides armatures de cuivre relient les blocs de pierre soutenus et fortifiés par les formidables poutres qui font la base deces grandes forteresses. Voici la première : elle a six marches, des portes inexpugnables, et elle obéit docilement au mécanisme qui la met en jeu. La seconde et la troisième lui succèdent à quelque distance. Ces écluses remplissent un double rôle elles peuvent, aux jours d’inondation, déverser le trop plein de la Hollande dans la mer, et pendant les grandes marées, quand celle-ci menace de tout envahir, elles s’opposent à sa marche et lui barrent le chemin. Dans les circonstances périlleuses, on mêle à propos la douceur à la force pour combattre les flots, et l’on achète le salut par quelques concessions. Si la tempête mugit à tout briser et qu’il faille aux vagues un semblant de pâture, les Hollandais agissent comme ces sages monarques qui, dans les révolutions, vont au-devant des réformes et octroient quelque chose au peuple au lieu, de se faire briser par lui en voulant le heurter de front. Ils ouvrent les portes de l’écluse la plus rapprochée du bord : les flots passent tumultueux et courent en avant; mais là, lorsque déjà leur fougue s’est ralentie, ils rencontrent la deuxième, qui les broie en une poussière impuissante. Les écluses de Katwyk sont le rempart de la Hollande. Il y aurait bien d’autres choses à en dire, si j’étais apte à traiter un pareil sujet, mais je n’ose m’y hasarder, de peur de commettre quelque hérésie qui ferait sourire un ingénieur des ponts et chaussées, – et peut-être est-ce fait déjà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Victor Fournel, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Promenades d’un touriste&lt;/span&gt;, éditions édouard Baltenweck, vers 1870.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-1107259102829340026?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/1107259102829340026/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/pays-bas-un-batave-polyglotte.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/1107259102829340026'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/1107259102829340026'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/pays-bas-un-batave-polyglotte.html' title='Pays-Bas : un batave polyglotte'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SamhMXuhHGI/AAAAAAAABVc/uEK2J_1BAtk/s72-c/BLIII+8.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-473989239042571769</id><published>2009-02-28T12:00:00.000-08:00</published><updated>2009-02-28T12:17:36.078-08:00</updated><title type='text'>Moyen-Orient : les derviches hurleurs</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SambtnA2xjI/AAAAAAAABVE/Cia-5AGJuIE/s1600-h/BLIII+9.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 301px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SambtnA2xjI/AAAAAAAABVE/Cia-5AGJuIE/s400/BLIII+9.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307944843701831218" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Charles de Moüy était un spécialiste de L’Orient, où il vécut pendant de nombreuses années. Le phénomène soufi, né véritablement en Irak au IXe siècle, a longtemps souffert  d’un rejet radical de la part du monde musulman, avant d’être reconnu comme une tentative originale de «mysticisme oriental». Les derviches, par le moyen d’une transe obtenue avec des danses accompagnées de rythmes réguliers, visent à l’anéantissement du moi. L’influence soufie, qui a entièrement échappé à notre voyageur, apparaît dans plusieurs formes d’art, la danse, la musique, les miniatures qui ornent les grandes œuvres en vers et en prose. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Dans le haut de la longue rue centrale qui va de la plage au champ des morts, s’élève une petite maison de bois à deux étages : en face, un étroit cimetière et une mosquée peinte en vert. Cette mince construction n’a rien d’extraordinaire, et on la prendrait volontiers pour la paisible habitation d’une famille musulmane. il n’en est rien cependant. Elle est l’antre farouche de formidables fanatiques, le téké des derviches hurleurs&lt;br /&gt;Les derviches, cette immense confrérie des moines de l’islam, se contentent, les uns, des exercices religieux de leurs couvents ; les autres, de longs voyages à travers les pays musulmans, où ils sont entourés de la vénération publique et nourris par l’inépuisable charité des fidèles. Coiffés de leur bonnet de feutre, revêtus d’une longue pelisse, ils se livrent parfois à de petits métiers populaires, parfois se contentent des aumônes qui leur sont prodiguées.&lt;br /&gt;Les derviches hurleurs sont de la race des délirants, des farouches ; je ne sache pas de scènes plus répugnantes que leurs cérémonies, et je dois ajouter, pour être juste, que parmi leurs coreligionnaires, les gens sensés les réprouvent dans les termes les plus précis. Le gouvernement n’autorise pas leurs exercices à Constantinople, et c’est seulement dans les provinces que s’étale eu pleine lumière leur frénésie inconsciente. Leur salle à Scutari est petite, entourée de galeries étroites au premier étage, où se tiennent les spectateurs. En bas, devant le mirhab, l’imam, un vieillard a figure vénérable, à turban blanc et à barbe blanche, est debout, entouré de quelques acolytes. Sur le mur sont suspendus d’étranges instruments, des lardoirs, des crocs, des dards en forme de cœur, toute une série de flèches affilées, de longs javelots, de lourdes chaînes, de masses de fer, qui sont destinés aux acteurs de ces solennités à la fois lugubres et grotesques.&lt;br /&gt;Les initiés se placent au fond de la salle, sur un seul rang le long des colonettes qui soutiennent la galerie supérieure ; ils sont vêtus d’une longue robe blanche et se serrent étroitement les uns contre les autres. J’aperçois parmi eux quelques nègres à la figure bestiale ; tous ont l’air absorbé dans une extase sinistre. Soudain, à un signal donné, après des prières psalmodiées sur un rythme lent et nasillard, la bande toute entière s’agite à droite et à gauche en cadence, d’un seul et même mouvement ; en même temps ils crient ensemble &lt;span style="font-style: italic;"&gt;LaIlah il Allah!&lt;/span&gt; d’une voix rauque, puis seulement &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Allah&lt;/span&gt; sur une mesure régulière comme le bruit d’un métronome, avec des intonations de plus en plus retentissantes et des oscillations de plus en plus prononcées.&lt;br /&gt;Peu à peu ce chant monotone et essoufflé devient un cri, une sorte d’aboiement saccadé;  sous l’influence d’un mouvement ininterrompu qui les épuise et des clameurs horribles qui les étourdissent, les derviches perdent tout sentiment du réel ; ruisselants de sueur, les yeux ensanglantés et hors de la tête, le cou gonflé par l’effort, les membres tremblants comme dans une attaque d’épilepsie, abrutis, pantelants, effarés, ces malheureux deviennent pareils à des animaux sauvages ; il n’y a plus rien d’humain sur leurs visages boursouflés, dans leur attitude furieuse : ils sont ivres, ils sont fous, et l’on se figure ainsi les possédés du démon. On voit qu’ils souffrent d’une fatigue infinie, et que ces convulsions les brisent ; par instant, ils n’ont plus que le souffle pour crier &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Allah&lt;/span&gt;, ils n’ont plus de force pour continuer le balancement sacré. Un nègre surtout était horrible à voir : son visage sombre, ses yeux tournoyants, sa bouche lippue et convulsée présentaient l’image de l'épilepsie ; son corps énorme, tremblant dans sa robe blanche, ressemblait à une vision de cauchemar. A chaque instant, on croit qu’un de ces effroyables fanatique se va rouler par terre apoplectique et écumant. Mais la rage soutient et emporte de nouveau d’un bloc le groupe en délire. La clameur infernale est à son comble, entrecoupée de soupirs qui ébranlent ces malheureux jusqu’au fond de leur être ; on se sent ébloui;  des nuages passent devant les regards ; on n’aperçoit plus qu’un va-et-vient confus, on n’entend plus les rugissements des hallucinés qu’à travers une sorte de rêve. L’âcre vapeur des miasmes remplit la salle, monte au cerveau et vous écœure.&lt;br /&gt;C’est alors que souvent, dans le paroxysme de la folie, l’un d’entre eux s’élance en avant, saisit un dard, se blesse avec une volupté terrible ou se frappe avec les chaînes de fer. Je n’ai pas vu heureusement cette dernière scène, qui se produit cependant de temps à autre, selon la fantaisie de ces misérables ; ils étaient, me dit-on, relativement calmes ce jour-là. Qu’est-ce donc lorsqu’ils sont plus surmenés encore, lorsque cette tempête de cris, ces contorsions épouvantables ne suffisent pas à leur fureur ?&lt;br /&gt;Au milieu de cette scène, l’imam tantôt s’accroupit et se prosterne, tantôt demeure comme fasciné par l’édifiante beauté du spectacle, tantôt l’encourage du geste. Tout à coup, parmi les spectateurs, un enfant se lève et s’approche et s’étend par terre devant lui:  le vieillard s’avance avec une dignité de pontife et marche sur le corps de l’enfant, désormais sanctifié. Comme j’avais l’air surpris, une petite fille qui se tenait auprès de moi me regarda en souriant, descendit dans hémicycle, se plaça à son tour aux pieds de l’imam, qui se promena un instant sur sa poitrine, et elle remonta d’un air ravi, pleine d’enthousiasme, me jetant un coup d’œil fier, heureuse d’avoir montré à un&lt;span style="font-style: italic;"&gt; giaour&lt;/span&gt; son courage et sa foi.&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sambt4KBDuI/AAAAAAAABVM/TvBkKb7Z7d4/s1600-h/BLIII+10.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 243px; height: 400px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sambt4KBDuI/AAAAAAAABVM/TvBkKb7Z7d4/s400/BLIII+10.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307944848303656674" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;La lassitude des hurleurs était arrivée à un tel degré, que leurs têtes retombaient en avant, que leurs bras énervés ne pouvaient plus faire la chaîne, que leurs cris inarticulés ne sortaient plus de leur gorge sifflante.  L’iman arrêta d’un geste, après plus de deux heures, les évolutions de ses fidèles, et les musulmans qui avaient assisté à la fêtese retirèrent d’un air de componction, comme des gens profondément touchés par une magnifique cérémonie. Deux jours par semaine, les bons derviches recommencent leurs clameurs, que pour rien au monde, je ne voudrais entendre une seconde fois.&lt;br /&gt;Charles de Moüy, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Lettres du Bosphore&lt;/span&gt;, Plon 1879.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-473989239042571769?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/473989239042571769/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/moyen-orient-les-derviches-hurleurs.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/473989239042571769'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/473989239042571769'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/moyen-orient-les-derviches-hurleurs.html' title='Moyen-Orient : les derviches hurleurs'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SambtnA2xjI/AAAAAAAABVE/Cia-5AGJuIE/s72-c/BLIII+9.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-421797404301156436</id><published>2009-02-28T07:51:00.000-08:00</published><updated>2009-02-28T08:13:44.751-08:00</updated><title type='text'>Chine 1867 : un aristo chez les Célestes</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SaliSatEG9I/AAAAAAAABU8/uguNrCNPmRU/s1600-h/BLIII+7.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 289px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SaliSatEG9I/AAAAAAAABU8/uguNrCNPmRU/s400/BLIII+7.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307881704378342354" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Ludovic Hébert de Beauvoir, naquit à&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Bruxelles en 1846 dans une famille très proche des Orléans. Il combattit contre les Prussiens, fut décoré de la Légion d’honneur et entra au ministère des Affaires étrangères. Il mourut en 1929. Rédigé à l’origine pour un père qu’il vénère, son journal – écrit à la hâte, «tantôt sur la table vacillante d’un navire ballotté par la mer, tantôt sur [mes] genoux à la fin d’une journée de chasse ou dans quelque hutte cannibale» – fourmille d’anecdotes amusantes, de remarques pleines d’esprit, de notations justes. C’est un reportage avant la lettre, le lieu où se heurtent de plein fouet une société extraordinairement exotique et les sentiments intimes d’un garçon à l’aube de son âge d’homme. Il ne cache rien de ses impressions, ne masque pas sa colère lorsqu’il la croit juste, s’amuse des travers de commerçants âpres, se rebelle contre l’arrogance mandarinale, s’étonne de certaines coutumes ancestrales, et achève son périple en étant roué de coups par plusieurs centaines de paysans détrousseurs… Entretemps, il aura avalé une nourriture improbable, échappé à des bandits des faubourgs, admiré la grande muraille et médité sur les ruines de l’ancienne civilisation des Han. L’édition originale et illustrée de ce tour du monde qui s’achevait au Japon a connu un grand succès et fut couronné par l’Académie française.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;8 février 1867. — En mer, à bord du Behar, en vue des rivages de la Chine.&lt;br /&gt;Il y a neuf jours que nous avons dit adieu, — avec un vif plaisir, — à l’îlot resserré de Singapour. Le quai de la Compagnie péninsulaire et orientale est assez éloigné de la ville même, et New-Harbour ressemble plus à une anse riante de Taïti qu’à un dépôt de charbon où les malles viennent s’approvisionner. Plusieurs centaines de huttes faites de bambou et de feuilles abritent une tribu de «Klings» ; une soixantaine d’enfants nus, montés sur des pirogues longues de trois pieds, sont les derniers Indigènes des pays tropicaux que nous devons voir avant ceux du Mexique et de la Nouvelle-Grenade. Ces petits amphibies tournent avec une étonnante agilité autour du navire, et dès que les passagers jettent un «cent» dans la mer, ils plongent, se disputent la pièce de cuivre au fond de l’eau, et reviennent en grappe à la surface, enlacés comme des algues marines. Souvent, grâce à leurs évolutions de marsouins, leur primitive pirogue se remplit d’eau ; mais nageant avec les pieds seulement, ils ont un talent extraordinaire pour la secouer, la débarrasser de l’eau envahissante, et pour y sauter sans faire chavirer cette coquille de noix.&lt;br /&gt;Mais à mesure que nous nous avançons vers le Nord, notre gros Behar, vapeur de 1,600 tonneaux, de 250 chevaux et de 179 hommes d’équipage, commence à éprouver de terribles secousses. Il n’y a plus véritablement le charme du voyage nautique dans ces restaurants-malles-poste où les passagers ne sont que des consommateurs, et il devient impossible de s’intéresser à la route et de se considérer comme autre chose qu’un colis vivant. La mer, qui chaque jour est devenue plus grosse, nous fait passer des heures cruelles ; elle est creuse, courte et irrégulière : la machine donne toutes ses forces, et par moments nous n’avançons que de trois milles à l’heure, nous dépassons nos mâts de perroquet ; nous stoppons par instants, volontairement et involontairement, quand l’hélice, élevée hors de l’eau par le tangage, y rentre avec une telle violence que le choc la paralyse. Bref, la mer de Chine nous salue d’un coup de vent terrible, qui, sans compter certains moments de danger véritable, fait craquer dans toutes ses parties notre coque lourde et maladroite, et nous porte en dehors de notre route, à droite, presque sous le vent des Philippines.&lt;br /&gt;Les rafales ont confiné un grand nombre de passagers dans leurs cabines, et le pont tout entier nous a été laissé en compagnie d’un équipage très-pittoresque. Il n’y a de vrais matelots de gros temps que les vieux loups de mer écossais, quartiers-maîtres rigides. Mais les chétifs Bengalis, vêtus de blanc ; les Malais, grimpeurs en général, mais bien mous au coup de vent ; les Nègres d’ébène de Zanzibar, à la barbe et à la tignasse du roux le plus ardent, manquent de force et grelottent. Le pittoresque de cette Babel maritime mis à part, il ne nous reste que la lecture de toutes les «Aurora Floyd» et «Lady Audley’s Secrets» de la bibliothèque du capitaine.&lt;br /&gt;Enfin, ce soir, passant en huit jours de route de 41° de chaleur à 7°, et goûtant fort peu ce brusque et malsain changement de température, nous voyons les falaises hong-konquoises ; nous entrons dans «Sulphur canal», et dans les chenals les plus resserrés et les plus dangereux. Après une périlleuse traversée, après des émotions de voiles et de vergues brisées, de machine convulsivement ébranlée, rien de joli et d’imposant à la fois comme d’arriver dans l’obscurité à une rade aussi calme que celle de Hong-Kong. De toutes parts des roches hardies, de hautes montagnes, encadrent un véritable lac d’abri contre les vents déchaînés ; sur leurs flancs sont échelonnées en amphithéâtre toutes les maisons brillamment éclairées des marchands anglais, qui, en vingt-cinq ans, ont déjà formé une grande ville. Des milliers de lumières se détachent sur ce fond grandiose, tandis que des centaines de jonques, dormant sur leurs ancres entre les hautes mâtures des clippers, balancent leurs lanternes bariolées, leurs dragons ailés, leurs transparents lumineux, et semblent s’incendier par des fusées, des pétards et des soleils tirés du sommet de leurs proéminents gaillards d’arrière. Nous arrivons, paraît-il, au milieu des réjouissances du premier de l’an chinois, et même les échos lointains nous apportent les éclats des fanfares et des grosses caisses qui animent un bal donné au palais du Gouvernement. Hélas ! tous ces feux de paille ne nous réchauffent guère ; mais le spectacle de ce feu d’artifice multiple, sur la terre et sur l’onde, nous retient tard sur le pont. Si Bangkok est l’image asiatique de Venise, la ville de Hong-Kong, appliquée comme un rideau sur une pente rocheuse et escarpée, nous semble être la Gênes de l’extrême Orient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;9 février 1867. — Au grand jour, les sam-pangs nous accostent : les matelots qui les montent sont de roses Chinoises, en large pantalon lustré, portant un baby ficelé sur leur dos par une écharpe. Ces gondolières, musclées en lutteurs, emportent vigoureusement les lourdes caisses d’opium2, chacune du prix de quatre mille francs, qui font notre principale cargaison : s’animant d’un chant aigu et cadencé, elles les transbordent sur le vieux ponton «Fort-William» (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;receiving ship&lt;/span&gt;), d’où ce poison sera octroyé aux demandeurs. — Nous choisissons du doigt deux barques dans cette flottille, et huit dames du Céleste Empire, entassant nos bagages, nous emmènent en ramant jusqu’au quai. Mais les barques n’ont pas de cale, et l’échafaudage de nos malles, plaçant le centre de gravité à plus d’un mètre et demi au-dessus de l’eau, échappe par miracle au premier chavirement. A terre, c’est à coups de poing qu’il nous faut défendre notre bien, tant les coulies se ruent sur nous en vociférant, et… &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pro dolor&lt;/span&gt; ! ils se battent si furieusement, que la caisse du chocolat et du biscuit destinée au voyage de Pékin tombe au fond de l’eau salée !&lt;br /&gt;Logés au palais du Gouvernement, qui domine et la ville et la rade, nous avons sous les yeux le spectacle d’une tapageuse animation dans les rues. Les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;coulies&lt;/span&gt; chinois se heurtent et se disputent : les riches négociants du Céleste Empire y fourmillent, trottant dans leurs bottes de toile blanche et cachant leurs bras dans leurs casaquins bleu de ciel leur queue, d’autant plus longue que le tiers est «en faux», traîne jusqu’à leurs mollets ; enfin, les femmes de la haute société, soutenues par deux servantes du peuple, mettent lentement l’un devant l’autre leurs classiques petits pieds torturés, dont les plus grands ont de huit à dix centimètres de long. Il paraît que, dès leur naissance, on leur foule le pouce en dedans, et que serrant à outrance par des bandelettes le pied meurtri, devenu ainsi un moignon informe, on ne cesse de le comprimer jusqu’à l’âge mûr. A leur démarche saccadée et pantelante, on les croirait des invalides à jambes de bois ; mais ces vieilles de vingt ans ont le teint sanguin, une coiffure abondante, mastiquée et enjolivée, et des vêtements lustrés, soignés et voyants. Avec leurs boucles d’oreilles de jade, leurs joues peintes de jus de betterave, leurs sourcils rejoignant la chevelure, leurs yeux en amande et leur manque absolu d’expression, elles ont l’air de poupées de cire coloriées, et il semble qu’il suffirait de souffler un peu fort sur elles pour les faire tomber.&lt;br /&gt;La mode des petits pieds a donné lieu à bien des commentaires les savants graves disent que ce empêchement mis au voyage prouve l’amour de Chinoises pour le pays natal, car, «filles du sol», elles ne comprennent pas que les Européenne voyagent jusqu’à l’Empire du Milieu. «Ces pays d’Europe sont donc bien misérables, disent-elles puisqu’on en laisse partir les femmes !»&lt;br /&gt;Les historiens disent que c’est une protestation contre l’invasion des Tartares, ou bien une mode venue de la cour de Pékin. Une fille de l’Empereur étant née avec des pieds nains, les dames du palais emboîtèrent le pas et ratatinèrent aussitôt leurs pieds. De la cour à la ville et à la campagne, la «fashion» gagna comme une épidémie, et cela devint le signe distinctif de l’aristocratie, l’impossibilité de la marche et du travail prouvant dès lors une richesse capable d’entretenir des servantes.&lt;br /&gt;Mais, suivant les mauvaises langues, la femme chinoise étant quelque peu volage d’instinct, c’est un moyen assuré de la clouer au domicile conjugal ; sans quoi elle tombe immédiatement sur le nez, très-juste punition d’une escapade. En fin de compte je trouve que cette mode est disgracieuse, repoussante, cruelle et atroce à tous les points de vue.&lt;br /&gt;Comme ici les rues ressemblent à des montagnes russes, quand elles ne sont pas d’interminables escaliers, et souvent des échelles taillées dans le granit, les Européens ne les gravissent qu’en palanquin. A chaque instant on trouve une place de fiacres humains, et deux ou quatre &lt;span style="font-style: italic;"&gt;coulies&lt;/span&gt; bien musclés, se relayant d’un commun accord, s’attellent pour un modique salaire. Quant à nous, portés tous trois de front au grand pas trotté, nous trouvons fort agréables l’élasticité de cette légère construction de bambou et la solidité des épaules des Chinois ; nous escaladons ainsi, dans les trois premières heures après notre débarquement, le pic le plus élevé de l’île de Hong-Kong appelé «Victoria Peak» (1825 pieds), d’où la vue s’étend sur l’archipel des îles environnantes, et, au loin, jusqu’à la grande mer. Mais quelles terres pelées et dénudées que ces premières côtes de la Chine ! Quel chaos de roches grisâtres et de montagnes désertes !&lt;br /&gt;Au retour, le Gouverneur nous mène en promenade dans ses palanquins de gala, avec six porteurs en uniforme d’opéra pour chacun de nous. Ces palanquins sont aux palanquins «de place», ce que sont aux coucous les voitures officielles de la Ville de Paris. Nos porteurs, vêtus d’écarlate, ont les armes d’Angleterre peintes sur leurs chapeaux pointus, et nous avons une escorte de cipayes de l’Inde, armés jusqu’aux dents. Nous traversons le quartier des villas européennes, puis le fouillis des taudis chinois, et nous entrons dans la prison, édifice de granit le plus remarquable de Hong-Kong, et, après les entrepôts, assurément le plus caractéristique. Car si cette colonie anglaise, érigée en Singapour de la rivière de Canton, réunit les plus riches négociants chinois, elle est par contre le refuge de tous les bandits qui échappent aux mandarins du Céleste Empire, et qui viennent ici tenter fortune. Tous les cent pas, il y a un cipaye, qui est chargé de frapper les malfaiteurs d’un coup de massue de bois de fer, appelée «Penang-lawyer» (législateur de l’île de Penang) : c’est le premier avertissement ; le second est une balle de carabine toujours armée. Après huit heures du soir, aucun Chinois n’a le droit de circuler sans une lanterne et un mot de passe signé par un Européen. Malgré cela, dès que la brume tombe, il paraît qu’il y a peu de villes aussi dangereuses, et l’on nous raconte les plus audacieux méfaits. Environ un millier d’indigènes que nous voyons dans l’enceinte de la prison nous le prouvent de reste. La première punition qu’ils subissent en franchissant le seuil de la geôle est la perte de leur queue : un vigoureux coup de ciseau les déshonore pour toute leur existence. Les malheureux aimeraient mieux vingt ans de galères que cette opération capillaire, qui les précipite au plus vil étage de leur échelle sociale, et qui les force, une fois le temps de la prison passé, à aller se cacher loin des autres humains.&lt;br /&gt;Tandis que nous parcourons les sonores couloirs, nous voyons ces nouveaux «chiens d’Alcibiade» pleurant leur queue coupée, honteux et abasourdis, se faufiler le long des murs. Puis nous passons devant le tribunal où l’autorité anglaise rend la justice en audience publique mais, soudain, un groupe empressé fend l’auditoire et monte sur l’estrade. C’est un «policeman» malabar, tenant dans la main par leurs sept queues, comme une harde de chiens de meute, sept «Celestials» qu’il vient d’arrêter pendant qu’ils pillaient une maison des faubourgs. Ce coup d’œil original nous frappe vivement, et rien ne peut vous donner une idée des grimaces de ces perfides larrons, secoués vigoureusement par le poignet de l’officier de paix. Quelquefois la queue est entièrement fausse, et reste seule, paraît-il, entre les mains de la justice !&lt;br /&gt;Pour terminer une journée déjà si intéressante, le Gouverneur, au lieu de nous servir le festin préparé par son cuisinier français, réputé excellent, nous donne dans le plus chinois des restaurants de la ville chinoise, chez Hang-Fa-Loh-Chung, dans Taëping-Schan, un vrai souper de mandarin. Nous grimpons au sommet de l’édifice de bois, qui compte à chaque étage une trentaine de cabinets particuliers. Un tapage infernal y résonne de toutes parts, et tout y brille de lanternes bariolées. Aux sons des violons à une corde et des tambourins de quatre jeunes Chinoises rieuses et peintes, nous nous trouvons avec le Gouverneur, sir Charles Mac Donnel, lady Mac Donnel, une de ses amies, et l’aide de camp Brinkley, devant une table jonchée de fleurs et couverte de plus de deux cents petits plats, et d’autant de petites tasses mignonnes ; puis chacun de nous a deux bâtonnets d’ivoire, en guise de fourchettes et de couteaux. Voici le menu textuel et l’ordre de notre festin :&lt;br /&gt;Fruits confits ; œufs de poisson glacés dans du caramel ; amandes et raisins ; ailerons de requin sauce gluante ; gâteaux de sang coagulé ; hachis de chien sauce aux lotus ; soupe de nids d’hirondelles ; soupe de graines de lis ; nerfs de baleine, sauce au sucre ; canards de Kwaï-Poh-Hing ; ouïes d’esturgeon en compote ; croquettes de poisson et de rat tapé ; soupe à la graisse de requin ; compotes de bêche-la-mer et de tétards d’eau douce. Ce dernier plat, dont parle le Père Huc, m’avait toujours paru une illusion. Maintenant qu’il a passé par mon estomac, je dois déclarer qu’il est épouvantable. Enfin, ragoût au sucre composé de nageoires de poisson, de fruits, de jambon, d’amandes et d’aromes, et une soupe aux lotus et aux amandes comme dessert !&lt;br /&gt;Les vins sont un vin rose, très-médicinal, et le «sam-chou», eau-de-vie de riz tiède et écœurante. Ce dernier mot, je puis le donner comme adjectif qualificatif à chacun des mets que nous avons tenté d’introduire dans nos solides estomacs. Il me semble qu’avec un grand pot de gélatine, des abatis de volailles, des balayures de la boutique d’un droguiste, et un fond de tiroir de pharmacie, j’arriverais à vous reproduire, à mon retour, l’ensemble anti-gastrique qui s’appelle un dîner purement chinois. C’est assurément la première et la dernière fois que je me laisserai, en novice, tomber dans une pareille bouillie visqueuse et fade, sucrée et dégoûtante. Qu’importent les ravissantes porcelaines à l’enluminure pittoresque, les tasses et les soucoupes qui font envie à nos étagères d’Europe, le chien, le rat, l’aileron de requin qu’on y mange, nous font regretter les graisses du Chow-Phya, et ce n’est pas peu dire ! (…)&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;En effet, rien de ce que j’ai vu aujourd’hui ne m’a surpris : j’étais préparé, et mon attente n’a pas été dépassée. Pourtant, si la Chine extravagante d’aspect, de mœurs, de pensées, a été divulguée par ceux qui l’ont étudiée dans son essence indigène ; si la Chine potiche et paravent, avec ses magots vivants ou de faïence, avec ses petits pieds et ses nids d’hirondelle, est passée jusque dans les récits des bonnes d’enfants, il me semble qu’il me reste un point moins pittoresque, mais plus intéressant à y chercher, et malgré les détails nécessaires du journal de chaque jour, je l’y chercherai : c’est le mariage du Chinois excentrique avec la civilisation importée d’Europe ; la contagion moderne dont ce peuple, resté antique par lui-même, doit être affecté ; le mélange du fluide indigène et du courant étranger ; le choc du missionnaire contre le bonze de Bouddha, du bateau à vapeur contre la jonque, de l’article de Paris contre la potiche, des balles de cotonnade anglaise contre le paravent laqué : en un mot la lutte entre le grand mouvement utilitaire et la plus proverbiale des stagnations du globe ! Cela certes sera plus nouveau, quoique plus prosaïque, et fera pour moi, au lieu d’un voyage pressenti et prévu dans toutes ses étapes, une route moins battue où peut-être quelques fruits sont à découvrir, et où, en tout cas, la pensée sera aiguillonnée. Elle seule en effet peut animer un ensemble de pagodes, de mandarins à robe de soie, de repas d’apothicaire, de «cloisonnés» connus chez nous, dont le tableau offert à l’avance ne laisserait pas plus de souvenirs qu’une lanterne magique dont on aurait affiché le programme. S’il y a une Chine moderne, greffée sur la Chine classique, puisse-t-elle m’apparaître !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;10 février 1867, dimanche. — J’ai été tout stupéfait ce matin, en entrant à l’église, d’y voir officier des missionnaires français habillés en Chinois. La tête rasée, une queue (fausse, bien entendu) tombant jusqu’à mi-jambes par-dessus la chasuble ; des moustaches cirées à la tartare, un casaquin et un cuissard collant bleu de ciel, des babouches montées en galère tout l’équipement d’un pur Chinois, en un mot, remplaçait la soutane. C’est là une première transformation à laquelle j’étais loin de m’attendre. Il paraît que cette concession faite aux mœurs indigènes est du plus grand effet sur les populations en se rapprochant d’elles par ses dehors, en brisant cette apparence européenne qui élève une barrière infranchissable entre le Barbare et le «Fils du Ciel» les serviteurs de Dieu ont pénétré plus facilement jusqu’aux cœurs ignorants, et la plus grande facilité donnée ainsi au missionnaire en voyage a, du même coup, rapproché les distances morales, — L’assistance, composée d’un millier de fidèles environ, comptait autant de Portugaises que de Chinoises j’ai bien reconnu la religion méridionale des premières en les voyant arriver sous mantilles et en robes de couleur voyante, au moment de l’ «Ite missa est», pour se baiser le pouce et embrasser la poussière. Les secondes, dont la plupart étaient à petits pieds, se faisaient soutenir par leurs servantes dans leurs moindres mouvements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-421797404301156436?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/421797404301156436/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/chine-1867.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/421797404301156436'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/421797404301156436'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/chine-1867.html' title='Chine 1867 : un aristo chez les Célestes'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SaliSatEG9I/AAAAAAAABU8/uguNrCNPmRU/s72-c/BLIII+7.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-4702238406757726509</id><published>2009-02-28T07:19:00.000-08:00</published><updated>2009-02-28T07:42:07.522-08:00</updated><title type='text'>Morbihan 1863 : le passeur</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalY9bjwKJI/AAAAAAAABUs/C5ntJJtm6f8/s1600-h/BLIII+5.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 299px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalY9bjwKJI/AAAAAAAABUs/C5ntJJtm6f8/s400/BLIII+5.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307871448225818770" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;On ne sait rien de ce M. Louis de Serbois, et l’on doit se satisfaire de ce qu’il nous dit de lui : il a vingt ans, jouit d’une belle santé, et fréquente l’Université de Paris. De ses voyages il a rapporté un ouvrage, &lt;/span&gt;Souvenirs de voyage en Bretagne et en Grèce&lt;span style="font-style: italic;"&gt; paru en 1864.&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Heureuse époque où le moindre étudiant savait son latin, son grec,  l'histoire de son pays, et où les habitants de la Bretagne étaient encore des Bretons.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;Voici l’endroit le plus riant de cette côte, le plus varié, le plus pittoresque. Le Morbihan, en français la petite mer (César l’appelle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mare conclusum&lt;/span&gt;), n’est pas, comme on se l’imagine, un vaste marais, inondé à la marée basse, et coupé çà et là de quelques lies sablonneuses et monotones : c’est un lac formé par la mer, avec laquelle il communique par un détroit fort resserré ; sa largeur est de cinq lieues, sa longueur de trois ou quatre. Ses eaux, profondes et abondantes, reflètent, quand le ciel est pur et que le soleil brille, une couleur bleue foncée ; et l’agitation légère ou violente des flots produit à leur surface une variété de nuances infinie. Ici l’eau pure et limpide est unie dans les beaux jours comme la face polie d’un miroir; là des courants perpétuels et violents soulèvent des vagues furieuses ; partout des écueils, dont les uns, cachés à fleur d’eau, sont découverts à la marée basse ; les autres, dominant les vagues les plus hautes, montrent leur tête noire et menaçante ; plusieurs, surmontés d’une croix, au pied de laquelle les flots viennent se briser dans un impuissant murmure, semblent vouloir apprendre aux matelots qu’il faut mettre là son espoir, et que la croix ne fait jamais naufrage. A l’horizon, des côtes variées à l’infini, et placées à cet heureux éloignement où l’œil les distingue et jouit de leurs beautés, mais sans pouvoir démentir l’imagination qui les exagère. Enfin partout, près de vous, loin de vous, des îles sans nombre, aussi différentes d’aspect que de grandeur ; celles-ci mesurent deux ou trois lieues, celles-là cinquante ou soixante pas ; les unes forment une montagne à pic, élevée au-dessus de la mer et inaccessible au plus hardi, au plus adroit batelier ; les autres, plates et verdoyantes, n’offrent qu’une immense prairie, où paissent en liberté des troupeaux de bœufs sauvages. Celles-ci, entièrement désertes et sans culture, ne montrent que du sable et des landes, d’inutiles bruyères et des fleurs sauvages; celles-là n’ont que d’épaisses forêts de pins résineux, de chênes et de mélèzes. Plusieurs enfin, toutes luxuriantes d’une riche végétation, sont très-peuplées et riches de trois ou quatre petits ports et d’autant de fermes. A l’entrée de la petite mer une forêt de mâts s’élève dans les ports de Locmariaker et de Port-Navalo ; une multitude de bateaux ou navires, grands ou petits, partent des îles ou des côtes, et sillonnent en tous sens le golfe poissonneux; c’est plaisir de les voir filer au vent avec leurs voiles rouges, disparaître derrière chaque îlot, se héler l’un l’autre en breton, pour demander des nouvelles de la pêche, ou jeter en passant le deizmad à tout bonjour obligé. Sur tout ce tableau à la fois si varié, si harmonieux, répandez la lumière et la chaleur d’un soleil d’août, et la limpidité d’un ciel sans nuages, reflétée dans une eau tranquille, voilà le Morbihan tel que nous l’avons vu et sillonné de notre barque légère, avec tant de surprise et de joie, que maintenant nous bâillerions sans doute en visitant les îles grecques et l’Archipel. Nous aurions fait volontiers seuls la traversée du Morbihan; mais la petite mer est si pleine de récifs et d’écueils, de courants et de passes dangereuses, que la seule énumération des périls que nous allions courir nous fit dresser les cheveux ; nous nous résolûmes à prendre un batelier.&lt;br /&gt;Le golfe est semé de passeurs, qui pour la plus modique rétribution vous transportent d’une île à l’autre. Le passeur est d’ordinaire un ancien pêcheur, dont la vigueur, amoindrie par l’âge et les fatigues du métier, n’ose plus affronter l’Océan ; c’est quelquefois aussi un ancien marin qui a quitté le service, las de voir un nouveau monde chaque mois et impatient de rentrer au pays. Mais ni le marin ni le pêcheur ne pourraient renoncer tout à fait au métier : de leurs économies ils achètent un petit bateau, deux paires de rames, une grande toile teinte en rouge, à la mode du Morbihan; ils se font passeurs. On ne saurait suivre une lieue la côte sans recourir à leurs services : car sur ce littoral, le plus découpé du monde, la mer entre fort avant dans la terre, et la terre s’avance en presqu’îles d’une, deux ou trois lieues de profondeur, de manière à former ces innombrables bras que l’on nomme rivières : rivière d’Auray, d’Etel, etc. Quelquefois la rivière n’est qu’un fossé bourbeux, qui s’emplit ou se vide avec le flux et le reflux.&lt;br /&gt;Nous voulions visiter les principales îles du Morbihan. Savez-vous combien on en compte ? Autant que de jours dans l’année, vous diront les paysans, et en vérité je ne crois pas qu’il y en ait moins de quatre cents. Il s’agissait ainsi d’une véritable traversée d’au moins un jour ou deux, et il n’est pas facile d’obtenir du passeur qu’il se dérange si longtemps pour vous seul. Allez le trouver, parlez-lui de vous conduire à l’île aux Moines, puis au Gaverné, puis à Locmariaker ; il vous dira que c’est impossible. Et pourquoi donc ? Il vous parlera du jusant, du remous, du courant, de la marée, du vent debout, du vent arrière, et tant et si bien que vous n’y comprendrez plus rien. Ce n’est pas tout ; les femmes de Crack vont au marché demain matin ; elles voudront passer la rivière, et le batelier ne sera pas là. Leur jouera-t-il ce mauvais tour, lui qui les connaît toutes et de longtemps ; lui leur confident, leur conseiller, leur ami ; lui qu’on nomme vieux pépère, en lui tapant amicalement sur la joue. C’est grand’pitié de penser qu’elles voudront passer à gué peut-être. Il y a la petite à Jean Kirlef qui va au marché demain pour la première fois. Faut-il qu’elle se noie, la pauvre enfant ! elle est si gentille! Et la vieille mère à Pierre Cancalô, qui ne marche plus, la pauvre femme ! est-ce elle qui passera à gué ? elle est si vieille !&lt;br /&gt;Ne vous découragez pas en entendant ce flux de lamentations ; mais dites à l’oreille du passeur que vous logez à l’auberge voisine, et que le cidre n’y est pas mauvais : s’il veut y trinquer avec vous, qu’il y vienne. N’ajoutez rien; mais allez l’attendre le verre en main. Cinq minutes après, votre homme arrive. « Allons, mon brave, approchez, tendez votre verre : Eh bien ! comment va le métier ?… Avez-vous fait la guerre autrefois ? Et les Anglais, vous ne les aimez pas, n’est-ce pas ? » — C’est bien ; vous êtes dans la voie ; votre homme est à vous : animez sa fibre guerrière et patriotique ; chatouillez son petit orgueil de vieux marin ; parlez-lui du capitaine un tel que vous avez bien connu, et qui n’avait pas peur du vent, le gaillard ! Fort bien. Surtout ne laissez pas chômer la bouteille : la première est vide, entamez la seconde. Celle-ci n’est pas débouchée que vous pouvez chanter victoire : tout s’arrange ; il y a un petit vent de côte qui nous poussera, la marée se charge de nous ramener. Mais le jusant ? il est calme. Et le remous ? il n’en est plus question. Et les courants ? nous les éviterons. Et les écueils ? nous leur rirons au visage. Tout est pour le mieux. Votre homme vous prend les deux mains avec attendrissement, et vous appelle de bons jeunes hommes, absolument comme M. Edmond About. Mais point de retard. Allons, le temps est beau : hissons la voile, et filons vent arrière.&lt;br /&gt;Au reste le passeur est le plus souvent un type de probité ; il n’acceptera jamais plus qu’il n’a demandé. Mais que demande-t-il ? deux liards, un sou, six liards. suivant la largeur du bras de mer. Je me rappelle un bon vieux, qui passait à la rivière de Crack en face du village de la Trinité. En arrivant, nous demandons combien. « Six liards. — Mais vous nous avez fait faire un grand détour, vous avez nagé (ramé) une demi-heure! — Six liards. — Allons donc ! voilà dix sous. » Il se fâcha, nous nous fâchâmes ; il n’entendait pas quatre mots de français, nous pas un mot de breton : c’était à mourir de rire. Il ne voulut jamais accepter que ce qu’il avait demandé.&lt;br /&gt;Cette probité est toute privée : elle cesse à l’égard du gouvernement. Le batelier n’est jamais si heureux que s’il peut pêcher contre les ordonnances, à la barbe des douaniers, dont la côte est semée. Nous nous étonnions d’en voir un si grand nombre : Ah ! dame oui ! nous dit le vieux passeur, il y en a plus que de vaches à lait.&lt;br /&gt;Le Morbihannais n’aime guère les douaniers, autant à cause de leur régularité à exiger les taxes et octrois, que pour le mépris général qu’il porte à l’uniforme et à la discipline militaire. Il ne les appelle jamais que gabelous, maltôtiers, feignants ; il fait contre eux des chansons, comme celle-ci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Dans le vieux temps on ne voyait pas se promener certains oiseaux, certains oiseaux verts du fisc, la tête haute et la bouche ouverte.&lt;br /&gt;« Le pays ne devait aucun impôt, ni pour le sel ni pour le tabac; sel et tabac coûtent bien cher aujourd’hui, ils coûtaient moins jadis.&lt;br /&gt;« Jadis on ne voyait point sur la place accourir les maltôtiers, accourir comme des mouches à l’odeur du cidre en barriques.»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalZ22VWP8I/AAAAAAAABU0/cQgil4GSKSc/s1600-h/BLIII+6.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 294px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalZ22VWP8I/AAAAAAAABU0/cQgil4GSKSc/s400/BLIII+6.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307872434665701314" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Le paysan se trouve bien malheureux en se comparant au douanier, qui, dans sa cabane de terre sur une pointe isolée où il ne paraît pas trois contrebandiers en dix ans, peut mener la vie la plus oisive du monde. Cette solitude et cette oisiveté produisent des effets tout différents sur le gabelou suivant ses dispositions naturelles. Il y a le gabelou muet, qui, ne parlant jamais, a perdu la parole : demandez-lui votre chemin, il allonge le doigt et s’enfuit comme un mauvais génie ; il y a le gabelou bavard, qui, ne parlant que tous les trois mois, sent le besoin de parler pour trois mois quand il vous voit passer. Il y a bien d’autres types encore : le gabelou féroce et le gabelou bon garçon ; le gabelou chat, qui fait patte de velours, lève sa casquette, demande grand pardon et n’en visite pas moins vos paquets jusqu’au dernier ; le gabelou chien, qui aboie on voyant vos sacs et finit par vous laisser passer sans vous mordre. Surtout il y a le gabelou bête, qui ne sait que sa consigne, vous renvoie à l’inspecteur avec un imperturbable sang-froid, et ne daigne pas même vous rendre les injures dont vous l’accablez.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-4702238406757726509?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/4702238406757726509/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/morbihan-1863-le-passeur.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/4702238406757726509'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/4702238406757726509'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/morbihan-1863-le-passeur.html' title='Morbihan 1863 : le passeur'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalY9bjwKJI/AAAAAAAABUs/C5ntJJtm6f8/s72-c/BLIII+5.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-9109531373284932297</id><published>2009-02-28T04:12:00.000-08:00</published><updated>2009-02-28T07:06:33.755-08:00</updated><title type='text'>Surinam 1830 : un avant-goût du paradis ?</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sakq8zqyjUI/AAAAAAAABUU/GxoNYwhdx6g/s1600-h/BLIII+4.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 339px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sakq8zqyjUI/AAAAAAAABUU/GxoNYwhdx6g/s400/BLIII+4.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307820859983039810" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Peintre et dessinateur belge, Pierre-Jacques Benoit (1782 – 1854) s'est rendu au Surinam au début des années 1830. Grâce à son ouvrage, nous avons une idée assez précise de la réalité sociale. Se plaçant dans une position de spectateur, il montre avec esprit les travers des petits comme des grands&lt;/span&gt;,&lt;span style="font-style: italic;"&gt; des esclaves et des maîtres, des blancs et des autres, et porte finalement sur tous un regard bienveillant.&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Nous nous trouvions encore à plusieurs lieues en mer, lorsque la côte de Surinam vint se déployer comme un large et brillant tableau devant nos regards. Elle offre une étendue d’environ 15o milles anglais depuis la rivière de Corentin jusqu’à celle de Maroni. L’œil du marin, fatigué, pendant plusieurs mois, de la monotone contemplation des cieux et de l’Océan, se repose délicieusement sur les rives de cette terre qu’appelaient ses vœux. Rien ne pourrait égaler ces émotions si nouvelles et si variées, que fait naître dans l’esprit l’aspect de cette plage embellie de tous les dons de la nature. Qui pourrait peindre toutes ces merveilles du printemps, de l’été et de l’automne mariés ensemble ! L’hiver manque à ces heureux climats ; le même arbre porte à la fois la feuille naissante et la feuille flétrie ; les boutons et les fleurs ; le fruit qui naît à peine et le fruit mur. L’espérance et la réalité comme deux sœurs jumelles s’entrelacent sur la même tige. De loin, l’on aperçoit comme un immense jardin, qu’un dôme de verdure couvre de toutes parts. Lorsqu’on s’approche du bord, on respire un air qu’ont embaumé les fleurs de mille orangers ; on voit briller comme de l’or, au sein de la verdure, les fruits du citronnier, tandis que les oiseaux nuancés de mille couleurs étalent aux yeux la richesse de leur plumage. Joignez à tout cela ce que l’industrie de l’homme est venue créer pour ajouter au charme de ce rivage enchanteur. Des édifices, dont l’apparence gracieuse n’a rien à envier à celle des maisons de plaisance de l’Europe, s’élèvent sur les rives des fleuves, et des criques arrosant cette terre en tous sens. Des plantations magnifiques étendent au loin leurs limites, et l’œil ne peut se lasser d’admirer toutes leurs richesses, fruits de l’art et de la nature. (…)&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;L’embouchure de la rivière de Surinam présente un admirable point de vue. La richesse de la végétation, qui ceint d’une lisière de verdure les bords même de l’Océan, forme un merveilleux contraste avec la nudité des rivages qu’on a laissé en quittant l’Europe. Les arbustes entrelacés laissent pendre dans les eaux leurs branches ornées d’un feuillage que nuancent mille teintes diverses. L’œil extasié, mesure avec admiration ces arbres gigantesques qui semblent atteindre les cieux. Ici le cèdre, le cocoyer, le palmier, dressent majestueusement leurs têtes couronnées, tandis que le&lt;span style="font-style: italic;"&gt; coton-tree&lt;/span&gt;, le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;lokerhout&lt;/span&gt; et le tamarin étalent à côté d’eux leurs larges proportions. Là c’est le cotonnier avec ses feuilles vertes, ses larges fleurs jaunes et ses globules aussi blancs que la neige, où mûrissent des graines noires ; plus loin, la canne à sucre dont la flèche argentine et chevelue se balance mollement au souffle de l’air, embaumé par les parfums du faramier, de l’ourate et du mayèpe. Comme des fleurs détachées du sol et doucement promenées par la brise, le papillon et le colibri voltigent en butinant le suc des plantes, tandis que sur l’azur si bleu de ce beau ciel des troupes nombreuses de flamingos étendent leur ligne d’un rouge si éclatant. (…)&lt;br /&gt;Dès que la vue d’un navire a été signalée, le Surinam se couvre d’une foule de barques et de canots. On voit se presser autour du navire étranger des colons venus des habitations riveraines, impatients de connaître les nouvelles apportées d’Europe. Les interrogations se succèdent si rapides, si diverses, de tant de côtés, et sur tant de sujets, que l’on ne sait comment répondre à toutes. Ajoutez à cela les acclamations et les chants des matelots, auxquels répondent les mille éclats de la joie des indigènes, le son bruyant de leurs instruments, ce mélange si varié d’idiomes et de races, et vous n’aurez encore qu’une faible idée de la nouveauté et de l’originalité de cette scène. Le pont du navire se trouve en un instant couvert de fleurs et de fruits, que chacun s’empresse de faire accepter aux passagers. L’un vante la saveur parfumée de ses bananes, l’autre la douce fraîcheur de ses limons et de ses oranges, celui-ci ne trouve rien de comparable à cette liqueur délicieuse que donne le fruit du cocotier, ou bien à cette moelle végétale que fournit le poirier avocat. (…)&lt;br /&gt;Sur la rive droite du Surinam, à environ 40 milles de Paramaribo, s’élève une montagne qui domine majestueusement le fleuve, De chaque côté de cette montagne s’étend une vallée où, sur un lit de sable et de cailloux, serpentent les eaux de deux sources, rivales de fraîcheur et de limpidité. Des bois épais forment un rideau de verdure qui se déroule de la manière la plus pittoresque au fond de ce gracieux paysage. Tel est le lieu que les Juifs ont choisi pour fonder une petite ville ou plutôt un village, qui pût leur fournir une habitation à l’écart, dans un temps où le fanatisme et l’intolérance les séparaient encore du reste des hommes. C’est là qu’ils vinrent se réfugier pour se soustraire aux persécutions et aux outrages qui menaçaient chaque jour leur existence. Le savane des Juifs (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Jooden-Savannah&lt;/span&gt;), n’est pas sans importance commerciale ; c’est le point intermédiaire entre le haut et le bas pays. Le travail et l’industrieuse activité de ses habitants ont rapidement accru sa prospérité. Ils y ont établi une synagogue et une école supérieure.&lt;br /&gt;Paramaribo, la savane des Juifs et Nikery, ce charmant village nouvellement bâti sur les bords du Corentin, servent de séjour à la cinquième partie environ des individus qui composent la colonie. Le reste habite les plantations ou quelques hameaux jetés pour ainsi dire à l’écart et à des distances éloignées. Les nègres révoltés ont établi dans l’intérieur de la colonie trois petites républiques, ce sont celles des Anka, des Cottica, des Sarameca, dont l’indépendance, protégée par des forêts et des fleuves, a été reconnue par les Hollandais. (…)&lt;br /&gt;L’aspect général de la campagne de Surinam offre quelque chose d’extraordinaire, d’unique même pour ceux qui ont vu la Hollande. Une vaste plaine, absolument horizontale, couverte de plantations florissantes, revêtue d’un vert tendre aboutit d’un côté à un rideau noirâtre de forêts impénétrables et est baignée de l’autre côté par les flots azurés de l’Océan. Ce jardin, conquis sur la mer et sur le désert, est divisé en un grand nombre de carrés environnés de digues, séparés par de larges routes et par des canaux navigables. Chaque habitation semble un petit village à part, et le tout ensemble réunit, dans un étroit espace, les charmes de la culture la plus soignée aux attraits de la nature la plus sauvage. La colonie de Surinam ne possède, à vrai dire, qu’une seule ville, et cette ville est Paramaribo. (…) Plusieurs opinions s’élèvent sur l’origine du nom de la ville de Paramaribo. Les uns soutiennent qu’il fait allusion à celui de lord Willoughby, qui ajoutait à son nom le titre de of Parham ; d’autres, qu’il vient de la rivière Para, une des premières dont les bords ont été habités. D’autres prétendent qu’il y avait en cet endroit une bourgade indienne, nommée Panaribo, dont les Européens auraient pris possession, parce qu’elle se trouvait dans une position plus élevée et plus commode, et sur laquelle ont aurait construit une redoute qui fait partie maintenant de la forteresse Zélandia. (…) Quoiqu’il en soit on est presque certain que les Portugais ont été les premiers habitants de cette ville, on a vu déjà que les Anglais, qui en furent possesseurs après les Portugais, y firent de notables agrandissements. Après eux vinrent les Zélandais sous le gouvernement de Van  Somelsdyk, qui, à son arrivée, n’y trouva que cent cinquante maisons. Mais elle doit surtout son importance et ses embellissements au gouverneur, M. Nepveu, par diverses concessions qu’il fit aux blancs, aux créoles et aux nègres affranchis. Elle pourrait être alors regardée, à raison de l’étendue et de la commodité de son port, comme la ville la plus belle et la plus avantageusement située de toutes les possessions dc l’Amérique méridionale. (…)&lt;br /&gt;Les rues sont larges, parfaitement droites et sablées de gravier ou de coquillages à la manière hollandaise ; à l’exception de cinq ou six, elles sont tirées au cordeau. Elles sont bordées de chaque côté d’allées de citronniers, d’orangers et de tamariniers, toujours chargés de fleurs ou de fruits, et s’élevant à une hauteur de 25 à30 pieds. Lorsque tous ces arbres fleurissent, ce qui arrive deux fois par an, on est embaumé le matin et le soir de leur parfum et de celui des fleurs dont les jardins sont garnis. Si ce moment, où l’air est imprégné de cette odeur délicieuse, a quelque chose de ravissant qui ne saurait s’analyser, ce moment est aussi bien court. L’aurore ne dure que peu de temps. Le soleil s’élève perpendiculairement à la voûte des cieux, et bientôt sa chaleur brûlante fait disparaître, avec l’humidité de la nuit, cet air si pur et si agréable qu’on venait de respirer. Les maisons sont généralement construites au bois plus ou moins précieux, quelques-unes le sont en briques, et deux seulement en pierres. Les fenêtres, au lieu de vitres, sont garnies de rideaux de gaze et de volets parfaitement disposés pour préserver de la chaleur. Les habitations sont en général élégamment ornées de peintures, de glaces, de dorure, de lustres de cristal et de vases de porcelaine. Les murs des chambres ne sont jamais enduits de plâtre ni tapissés de papier, mais ils sont lambrissés de bois précieux. On trouve ordinairement à chaque maison un jardin assez spacieux qui renferme des parterres de fleurs, des touffes d’arbustes et un potager. (…)&lt;br /&gt;La tolérance religieuse est bien observée à Surinam ; chacun y prie Dieu à sa manière, sans être dérangé ni même à peine remarqué. Il n’est pas rare de rencontrer dans une même maison ou plantation un composé de catholiques romains, de calvinistes, de juifs portugais ou allemands, d’idolâtres, etc vivant tous ensemble en bonne intelligence, sous la protection des lois et du gouvernement de la colonie. (…)&lt;br /&gt;Ces neuf à dix mille individus peuvent être divisés approximativement comme suit : 1000 à 1100 blancs, sans compter la garnison ; 900 à 1000 juifs allemands et portugais, 600 à 700 créoles, nègres, mulâtres, etc., et 7000 à 8000 esclaves de toutes les couleurs, qui sont employé journellement, tant pour le service domestique que dans les arts et métiers industriels ; ils sont charpentiers, serruriers, cordonniers, perruquiers, tailleurs, garçons du port, ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;foetoe-booy&lt;/span&gt;, revendeuses, laitières, verdurières, marchandes de poisson dit &lt;span style="font-style: italic;"&gt;kabbeljaauw&lt;/span&gt;, ou morue sèche. La plupart de ces ouvriers ou artisans sont obligés de rapporter tout ce qu’ils gagnent à leurs maîtres, qui les louent même souvent à des chefs d’ateliers capables de les mieux exploiter. Ne serait-il pas juste, et même utile, qu’on laissât à ces malheureux une partie de ce qu’ils gagnent à la sueur de leur front ? Car presque tous sont naturellement très-enclins au vol, et l’on verrait sans doute, en se montrant plus juste à leur égard, diminuer et peut-être cesser ces petits vols domestiques, qui ont lieu si fréquemment dans la ville. Ce qui contribue beaucoup à entretenir et à développer en eux ce mauvais penchant, c’est le besoin qu’ils éprouvent de satisfaire au goût impérieux qui les domine pour la toilette et les plaisirs. Les créoles et les esclaves sacrifient tout à cela et principalement à la danse et à ces réunions appelées&lt;span style="font-style: italic;"&gt; dou&lt;/span&gt;, mot qui signifie beau, brillant, et où ils viennent étaler à l’envi leurs parures si bizarres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalL9h4WoII/AAAAAAAABUc/pLqoeOF2DL8/s1600-h/BLIII+3.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 382px; height: 400px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalL9h4WoII/AAAAAAAABUc/pLqoeOF2DL8/s400/BLIII+3.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307857156271677570" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;On a cherché inutilement à abolir chez les esclaves ce goût du luxe, avantageux d’ailleurs au commerce de la métropole, et qui est un des mobiles les plus puissants pour stimuler cette population et la rendre active et industrieuse, par le besoin de satisfaire à son goût pour les parures et le plaisir, pour tout dire en un mot, à son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;dou&lt;/span&gt;. Au milieu d’une population d’esclaves aussi nombreuse que celle qui se trouve dans la ville, la vue n’est pas affligée par cette foule de mendiants déguenillés qu’on rencontre partout en Europe. (…)&lt;br /&gt;En jetant maintenant les yeux sur le caractère et les mœurs des habitans de Surinam, qui se composent généralement de créoles et de nègres créoles, les premiers nés de parents européens, les seconds de parents africains, je remarquerai d’abord que presque tous montrent de la vivacité, de l’intelligence et des dispositions pour les sciences ; mais ils sont adonnés à la mollesse et à l’oisiveté, et ils ont peur de se livrer au moindre travail manuel qui les fatigue. Je pourrais citer pour exemple ce garçon perruquier, esclave lui-même et qui, au lieu de profiter de l’excédent du salaire qu’il doit rapporter à son maître, aime mieux louer un petit esclave dont il se fait suivre, et qui porte les peignes, la boîte à poudre et le fer à papillottes. Il n’y a pas le plus petit artisan ou esclave libre qui n’ait cette même vanité et ce même goût de domination, et c’est là ce qui rend la main-d’œuvre si excessivement chère. J’ai même remarqué que ceux qui ont été le plus habitués au travail en Europe deviennent bientôt aussi mous et aussi indolents que les créoles eux-mêmes. La cause de cette disposition est dans la température élevée du climat, dans l’excessive chaleur, et surtout dans la facilité qu’ont les hahitants de se procurer avec abondance tout ce qui est nécessaire aux besoins de la vie.&lt;br /&gt;En fait de commerce, ils sont aussi rusés et aussi habiles que les Européens ; mais ceux-ci, étant plus laborieux, s’enrichissent plus rapidement. Quoique les blancs et les créoles soient régis par les mêmes lois et soient sujets d’un même monarque, on remarque cependant une grande antipathie entre eux. Je crois que la principale cause de cette désunion tient à ce que les derniers voient avec déplaisir les premiers occuper les emplois les plus importans de la colonie aussitôt qu’ils arrivent d’Europe et parvenir par leur activité à se trouver bientôt en possession de la plus grande partie du commerce.&lt;br /&gt;Les créoles et les nègres libres sont peu friands ; mais ils mangent souvent et avec avidité, et assez ordinairement et en commun dans le même plat. D’autres fois ils mangent séparément, couchés ou assis par terre, ayant devant eux une calebasse qui leur sert de plat. Le tonton et l’oulipot sont leurs mets favoris, ainsi que le poisson salé, ou morue.&lt;br /&gt;Les viandes qu’on mange à Surinam sont tellement assaisonnées de piment qu’il est presque impossible à un Européen de s’en nourrir aux premiers temps de son arrivée dans la colonie. On finit cependant par s’y habituer et par s’apercevoir que les épices elles-mêmes deviennent, dans un climat si chaud, un moyen de conserver la santé. A mon retour en Europe j’en ai fait moi-même l’expérience, et j’ai senti que toute habitude finit par devenir un besoin. Je ferai observer en outre que, chez un peuple, l’usage d’un aliment qui paraît quelquefois ridicule à un étranger est un résultat de son climat, de ses besoins et des productions que la nature lui fournit.&lt;br /&gt;Il ne faut pas croire que les Surinamois ignorent les délices de la table et les jouissances les plus choisies des mets. Les Européens et les créoles de la bonne société étalent un grand luxe et beaucoup d’appareil dans leurs repas, qui commencent ordinairement vers cinq à six heures du soir et durent jusqu’à minuit, et quelquefois même se prolongent jusqu’au matin au moyen du jeu, de la danse de la musique. On y trouve tout ce que l’Europe et l’Amérique peuvent produire de plus délicat et de plus recherché en viandes, en légumes, en gibier, en volaille, en poisson, en vins et liqueurs, en pâtisseries, et enfin en mille petites friandises de dessert, dans la confection desquelles ils excellent surtout. (…)&lt;br /&gt;Les magasins, dont je parlerai plus bas, fournissent avec abondance à tout ce que demandent le luxe de la toilette, l’ameublement des habitations et même les besoins de la table ; les marchés fournissent le reste. On en trouve deux qui sont abondamment pourvus de tous les fruits qu’offre la saison, tels qu’ananas, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pompelmoes&lt;/span&gt;, oranges, acajou, goyava, sapadilla, marcousa, papayes, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;mammeladedoos&lt;/span&gt;, melons d’eau, cantaloups et beaucoup d’autres espèces de fruits. On y voit aussi beaucoup de volaille, dont ce pays fourmille : dindons, canards, poulets, etc. ; et ensuite des légumes, tels que bananes, choux verts, carottes, persil, pimprenelle, endives, oignons, pommes de terre, salades de différentes espèces, piment, champignons, cassave, soit en pain, soit en racines, et un grand nombre d’autres légumes qui seraient trop long à décrire. (…) Au bord de l’eau est un autre marché, où se vendent principalement le bois à brûler et le poisson, dont les rivières abondent, mais qui est ordinairement cher et qui ne se garde pas ; car à peine sorti de l’eau, la chaleur lui donne de l’odeur et le gâte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalS1Au9ceI/AAAAAAAABUk/5tyPZS-UFNE/s1600-h/Pierre+Jacques+Benoit,+Voyage+a+Surinam+.+.+.+cent+dessins+pris+sur+nature+par+l%27auteur+%28Bruxelles,+1839%29"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 290px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SalS1Au9ceI/AAAAAAAABUk/5tyPZS-UFNE/s400/Pierre+Jacques+Benoit,+Voyage+a+Surinam+.+.+.+cent+dessins+pris+sur+nature+par+l%27auteur+%28Bruxelles,+1839%29" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307864706516349410" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;On voit que celui qui voudrait se contenter des produits du pays, dont les prix sont d’une grande modicité, sans rechercher les objets de luxe que fournit le commerce d’Europe, pourrait très-bien vivre avec un modique revenu. Là, toutes les choses nécessaires à la vie se trouvent en abondance, excepté le vin, les spirituex et la bière. Bien souvent il m’est arrivé, en parcourant le matin ces marchés où l’on voit à peine un blanc, d’être saisi d’étonnement et d’admiration à la vue de ces trésors si nombreux et si variés, et de ces fruits si divers de goût et de forme, de ces fleurs si diverses de couleurs et de parfums.&lt;br /&gt;Les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;missies&lt;/span&gt;, ou ménagères, appartiennent principalement à la classe des esclaves affranchies et même à celle des esclaves, ce qui ne les empêche pas de se faire suivre par d’autres esclaves. Il y a dans leur marche beaucoup de nonchalance et d’affectation. Tantôt elles jettent leur châle ou mouchoir sur l’une et l’autre épaule, tantôt elles relèvent leur robe ou pagne avec prétention. Elles ont presque toutes sur la tête un mouchoir qu’elles savent disposer de mille manières et sous mille formes. Elles ont le teint basané, les yeux vifs et noirs, ainsi que les cheveux, qu’elles ornent de fleurs et qu’elles portent tantôt crêpés, tantôt déroulés de toute leur longueur. Elles ont des dents très-blanches, et en général les formes du corps bien prises. Elles portent des jupes ou des jaquettes ourertes par devant ; et dessous une pièce d’étoffe ou de toile mélangée de couleurs vives, qu’elles nomment &lt;span style="font-style: italic;"&gt;paigsen&lt;/span&gt; ou pagnes. Ces &lt;span style="font-style: italic;"&gt;paigsen&lt;/span&gt; font le tour des reins et descendent jusqu’à la moitié des jambes, qui sont ornées de bracelets de corail, ainsi que les bras, le cou et les pieds.&lt;br /&gt;Les pieds sont nus, car il n’y a que les affranchis qui ont le droit de porter des chaussures. Dans les jours de réunion, elle se couvrent de bijoux et d’ornements. Chez elles, les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;missies&lt;/span&gt; sont ordinairement assises sur un canapé et très-légèrement vêtues, mâchant une branche d’orange amère. Souvent aussi elles sont devant une croisée ou par-terre assises sur une natte. En d’autres moments, elles se réunissent deux ou trois dans un jardin donnant sur la rue, et là, dans un langage composé d’anglais, de hollandais, d’africain, elles, font une couversation qu’elles appellent &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Takie-Takie&lt;/span&gt;, ce qui est l’équivalent du commérage et des caquets de la société européenne. Ce caquetage est un besoin pour la classe du bas peuple et même pour les nègres. Si une négresse ne petit pas rencontrer sa &lt;span style="font-style: italic;"&gt;wan matie&lt;/span&gt;, ou amie, ou sa &lt;span style="font-style: italic;"&gt;wan soema&lt;/span&gt;, personne à laquelle elle puisse conter ses peines, elle se met à parler à sa cruche, qu’elle pose à terre, ou à un arbre, ou enfin à tout autre objet qu’elle trouve dans la rue. Un jour j’en ai vu une qui se lamentait assise devant un dindon, au milieu d’une savane ; l’entretien dura une longue heure. Les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;missies&lt;/span&gt; passent ainsi des heures entière sans changer de position, pas même pour manger leur tonton, qu’elles se font servir à part par leurs esclaves. (…)&lt;br /&gt;Les Surinamois sont généralement d’une grande propreté sur leur personne. Ils prennent fréquemment des bains, et leurs habillements, quoique parfois déguenillés, sont lavés presque tous les jours. Leurs enfants même, dès le moment de leur naissance, le sont deux ou trois fois par jour, dans une cuve ou à la rivière.&lt;br /&gt;Les femmes du peuple ont des mœurs déréglées et poussent la liberté de leur propos jusqu’au libertinage. Des entretiens et un langage qui révolteraient toute honnête femme en Europe n’excitent en aucune manière leur indignation. Leur impudeur est poussée si loin qu’elles paraissent flattées de ce qu’on regarde chez nous comme un odieux outrage ; elles voient dans une proposition infâme une sorte de préférence dont elles se trouvent honorées. Aussi quand même elles sont éloignées de toute pensée d’accueillir celui qui les insulte, on remarque dans leur physionomie une satisfaction qu’on ne peut attribuer qu’à une vanité inconcevable. (…)&lt;br /&gt;Les cordonniers sont également nombreux, et on remarque en eux les mœurs et les habitudes de leurs confrères d’Europe. Assis et travaillant devant leur porte, ils chantent ou fument, ayant d’un côté une cruche remplie d’eau, de l’autre une calebasse avec des bananes. On rencontre assez ordinairement chez eux un singe ou un perroquet, au lieu du merle ou du sansonnet, compagnon habituel des cordonniers européens.&lt;br /&gt;Les cordonniers sont en général beaux parleurs, bavards, cancaniers, prompts à savoir et à faire les nouvelles du quartier. Ce sont eux qui les propagent, qui les fomentent, qui les caressent, qui les multiplient. C’est à eux qu’on vient les apporter, à eux qu’on vient les demander. Ils sont en outre empressés, galants, et se font valoir avec un amour-propre des plus divertissants. (…)&lt;br /&gt;Les cafés, les salles de billard, même les cabarets ne manquent pas dans cette rue. C’est là que se réunissent, comme on Europe, les oisifs, les joueurs et les buveurs ; c’est là qu’on perd son temps, son argent et quelquefois sa santé. L’abus des liqueurs est, de même que dans tous les pays chauds, la principale cause des maladies qu’éprouvent les étrangers et qui les enlèvent quelquefois avec la plus grande rapidité.&lt;br /&gt;Les rues de Paramaribo sont tenues avec une grande propreté, principalement celle dont j’ai parlé, et qui est un point de réunion pour les oisifs et les curieux. Des esclaves du gouvernement les parcourent chaque jour, en conduisant chacun une charrette attelée d’un mulet, pour enlever toutes les immondices. On conçoit d’ailleurs que la ville annonce les mœurs et les habitudes de la métropole, et qu’on y trouve cet extérieur de propreté devenue proverbiale et presque minutieuse, qui distingue les villes hollandaises.&lt;br /&gt;Je terminerai cette description de la rue Sarameca par une réflexion que j’ai faite quelque fois en m’y promenant : c’est que ce bruit, cette gaité, les chants, les bruyants éclats de rire, tout ce mouvement enfin qu’on y remarque, ne viennent que des esclaves, qui semblent par là oublier leur état et se délasser un moment de leurs occupations tandis que les Européens, les gens riches, sont ordinairement graves et pensifs : heureuse compensation qui là, comme en Europe, attache quelquefois le dégoût et l’ennui à la fortune et le bonheur au travail.&lt;br /&gt;Ce n’est pas seulement dans les fêtes des personnes riches ou d’importance que l’on étale un grand luxe et que l’on voit de jeunes esclaves mises avec une sorte de magnificence et portant des vases de fleurs, ornés de vers en l’honneur de celui ou de celle qui est l’objet de la fête, toutes ces dépenses se font aussi le jour d’un baptême. Quelquefois on y voit une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;missie&lt;/span&gt; ou esclave, dans l’attirail d’une grande dame et la tête couverte d’un mouchoir, habillée d’une espèce de jupe, large et ouverte par devant, que recouvre une robe longue et tramante pour cacher la nudité de ses pieds.&lt;br /&gt;Deux négresses mises avec beaucoup de soin l’accompagnent. L’une d’elles porte l’enfant, l’autre les cadeaux et les livres. Celles d’entre les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;missies&lt;/span&gt; ou femmes du peuple qui ne sont pas riches louent ou empruntent pour ce jour-là tous les habillements qu’elles portent ainsi que ceux dont les deux esclaves indispensables sont vêtues.&lt;br /&gt;La danse la plus ordinaire dans la bonne société ressemble à la danse écossaise. La musique, qui l’accompagne toujours sur un même ton, fort ou aigu, n’a rien de mélodieux ni d’agréable.&lt;br /&gt;Lorsqu’un étranger assiste à ces réunions, qu’il voit ces nègres et ces négresses couverts de leurs plus beaux habillements et mis avec une sorte d’élégance et de luxe, lorsqu’il remarque cette gaité bruyante qui règne parmi eux, il a de la peine à s’imaginer que ces danseurs si animés, si vifs, si heureux enfin, soient ces mêmes esclaves qui pendant le reste de la semaine, traités, pour ainsi dire, comme des bêtes de somme, sont occupés des travaux les plus rudes, exposés continuellement à la chaleur la plus insupportable, et quelquefois même aux caprices de leur maître ou à la brutalité d’un bastien. Ces jours sont pour eux des jours d’incroyable bonheur. Le lendemain, presque nus ou couverts de vêtements en lambeaux, chargés de provisions, la tête courbée, le regard triste et abattu, en songeant aux plaisirs de la veille, et peut-être à ceux qu’ils goûteront encore à la prochaine fête, ils se rendent, dès le point du jour, à leurs travaux, la pipe à la bouche, leurs enfants et leurs outils sur le dos. (…) Je dois dire aussi, à la louange des colons de Surinam, que la plus grande partie d’entre eux font tout ce qui dépend d’eux pour rendre supportable l’esclavage à ces malheureux, et que beaucoup de colons sont portés par l’humanité, plus encore que par l’intérêt, à entretenir chez les nègres l’attachement, la confiance, et surtout l’amour d’une honnête distraction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;P.-J. Benoit, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Surinam&lt;/span&gt; in &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Musée des familles&lt;/span&gt;, année 1839-1840.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-9109531373284932297?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/9109531373284932297/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/surinam-un-avant-gout-du-paradis.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/9109531373284932297'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/9109531373284932297'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/surinam-un-avant-gout-du-paradis.html' title='Surinam 1830 : un avant-goût du paradis ?'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/Sakq8zqyjUI/AAAAAAAABUU/GxoNYwhdx6g/s72-c/BLIII+4.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-5214283234982423024.post-7091637671072520029</id><published>2009-02-28T01:57:00.000-08:00</published><updated>2009-02-28T12:20:49.920-08:00</updated><title type='text'>Japon 1878 : Geishas &amp; chiri-fouri au Nippon ancien</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SakNz7ysaHI/AAAAAAAABS4/pSQpcpYLc94/s1600-h/BLIII+1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 181px; height: 400px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SakNz7ysaHI/AAAAAAAABS4/pSQpcpYLc94/s400/BLIII+1.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307788821707647090" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il y a 120 ans, un jeune aristocrate parisien «las d’une vie de désœuvré qui ne l’amuse plus», tourne en rond. Il est issu d’une vieille famille italienne installée en Provence depuis le XIIIe siècle et qui aurait, si l’on en croit &lt;/span&gt;Le Triboulet&lt;span style="font-style: italic;"&gt;, du sang capétien dans les veines. Un beau soir d’été de l’année 1878, il décide, afin de se désennuyer, après avoir dîné copieusement chez Bignon, le restaurant à la mode, de prendre le train pour Marseille, dans le dessein d’aborder, par-delà les océans, jusqu’au lointain Nippon. Le Japon expérimente alors une extraordinaire mutation : il s’agit pour les Japonais de réussir le tour de force de fusionner leur société traditionnelle avec les apports techniques économiques et «politiques» de l’Occident. Mais ce que d’Audiffret est aussi venu chercher, c’est tout ce qui reste encore bien vivace de la société traditionnelle du vieux Nippon où «tout à l’air d’être en fête», où «tout le monde trotte, court, parle, rit». Nous retrouvons notre héros en compagnie des jeunes femmes japonaises qui, en cette fin de siècle, enflammaient les esprits européens : les geishas. La rareté de ce témoignage ne vient pas seulement de ce que le livre est aujourd’hui introuvable en librairie ; les qualités de cœur, l’élégance spirituelle de l’auteur et l’originalité du regard, lui donnent son véritable prix.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous arrivons devant une grande maison de thé, dont la façade est illuminée avec de grosses lanternes de papier huilé et bariolé ; et, après avoir enlevé nos chaussures, nous sommes conduits au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;nikaï&lt;/span&gt;, c’est-à-dire au premier étage de la maison. Nous trouvons là six jolies geishas, habillées de très-belles robes de soie aux couleurs les plus tendres et du meilleur goût, coiffées et parfumées avec le plus grand soin, toutes prosternées en rang au fond de la salle où nous entrons, et attendant que nous allions les relever nous-mêmes.&lt;br /&gt;Devant elles sont les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;samisen&lt;/span&gt;, sorte de longues guitares à trois cordes, et les tambours que nous entendrons tout à l’heure. A peine sommes-nous assis, par terre bien entendu, que quatre petites servantes, faisant glisser les panneaux en papier qui servent de porte, nous apportent du thé et des biscuits de toutes les formes et couleurs. Alors commença une musique étrange, bizarre, fantastique, atroce, barbare. Les notes discordantes des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;samisen&lt;/span&gt;, les coups frappés sur les tambours, les cris de ces chanteuses, tout cela faisait un tapage tellement infernal, qu’il me fut impossible de ne pas me boucher les oreilles. Quand ce charivari fut fini, quatre des plus jolies geishas s’avancèrent au milieu du cercle que nous formions, pour danser la  «Ame ga adori». Traduisez: «la danse de la pluie». Rien de joli conme le nom de ces demoiselles : Mommotaro, Fleur de pêcher ; Koden, Parfum d’encens ; Tokumatzu, Essence de vertu ; Kuman, Rêve de poésie.&lt;br /&gt;Les deux autres geishas les accompagnaient sur le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;samisen&lt;/span&gt;. Nous avions interdit les cris et les tambours. Impossible d’imaginer, de rêver quelque chose de plus gracieux, de plus adroit, de plus coquet, que ces quatre jeunes filles qui, tenant leur éventail d’une main et un petit parasol en papier de l’autre, exécutaient devant nous, tout en chantant, les danses les plus curieuses, les pantomimes les plus expressives. La danse de la pluie nous a beaucoup amusés. Voici à peu près ce que c’est : quelques jeunes filles se préparent à sortir et à aller faire les belles dans les rues de Yedo. Elles portent des toilettes superbes ; elles s’admirent en jouant de l’éventail ; elles sont sûres de faire tourner la tête de tous les jeunes samouraï de la ville. à peine sont-elles dehors, qu’un gros nuage apparaît à l’horizon. Grande inquiétude. Elles ouvrent leur parasol et font mille grimaces charmantes pour montrer combien elles craignent d’abimer leurs jolies toilettes. Quelques gouttes de pluie commencent à tomber; elles hâtent le pas pour rentrer chez elles.&lt;br /&gt;Un coup de tonnerre lancé par le &lt;span style="font-style: italic;"&gt;samisen&lt;/span&gt; et les tambours se fait entendre et annonce une averse terrible. Alors, au moment où nous nous y attendions le moins, nos quatre danseuses saisissent à pleines mains leurs robes qu’elles relèvent d’un seul coup jusque sous leurs bras, et, se retournant subitement, elles se mettent à courir, nous montrant tout à coup une rangée de petits derrières effrayés, se sauvant à toutes jambes… Après les danses, grand &lt;span style="font-style: italic;"&gt;taberû &lt;/span&gt;de poisson cru, riz bouilli, gâteaux, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;castila&lt;/span&gt;, saké, mandarines, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;caki,&lt;/span&gt; enfin toutes les chatteries dont raffolent les geishas.&lt;br /&gt;Charmante soirée, dans laquelle j’ai considérablement augmenté mes connaissances de japonais. J’ai surtout appris une phrase indispensable : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Watakushi wa anata ni takusan horemas &lt;/span&gt;; lisez : Je vous aime à la folie. Il fallut malheureusement nous arracher de bonne heure à cette petite fête ; car nous devions encore ce soir aller coucher à Yokohama, et le train allait bientôt partir. Je quittai Rêve de poésie, en lui jurant de venir la voir bientôt, tandis qu’Arson faisait à Fleur de pêcher les adieux les plus touchants. Sayonara ! sayonara !&lt;br /&gt;Occupé que j’étais a m’escrimer en japonais, j’enfilai, sans m’en douter, les bottes du baron Bosew ; et ce ne fut que dans la solitude du wagon que je m’aperçus que j’avais changé mes vieilles chaussures contre de superbes bottes en cuir de Russie. (…)&lt;br /&gt;Nous avons invité pour ce soir tous nos amis des différentes légations, excepté, bien entendu, les deux ministres de France et d’Angleterre, qui sont des personnages âgés et sérieux, et il faut absolument que notre petite fête soit d’une gaieté énorme. C’est une superstition. Nous étions dix tout autour de la grande table ronde, et, je dois le dire, toute modestie d’amphitryon à part, nous avons fait un excellent dîner, grâce à M. Collard, le Vatel de Tokio, Français et artiste culinaire éminent au service du baron Bosew. à dix heures précises, après le dîner, tout le monde retire ses bottes (!), et nous montons au &lt;span style="font-style: italic;"&gt;nikaï&lt;/span&gt;, où Tatzu nous a organisé une grande soirée.&lt;br /&gt;Nous y trouvons prosternées, dans l’ordre et d’après le cérémonial voulu, quinze geishas, toutes jeunes, jolies et splendidement habillées. Elles occupent toute une moitié de la grande salle du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;nikaï&lt;/span&gt; ; nous nous asseyons sur les tatamis, en face d’elles, et deux coups frappés sur un petit tambour indiquent que la fête va commencer. Je reconnais parmi elles deux de nos amies, qui étaient à la petite soirée de M. Saint-Yrez. Ce sont Momô-tarô, Fleur de pêcher, et Kuman, Rêve de poésie. Avant de commencer les danses, chaque jeune fille doit, c’est la règle, se présenter à nous, nous dire son nom, son âge et son histoire ; c’est là que brillent celles d’entre elles qui ont le plus d’esprit et le plus d’instruction ; car elles doivent trouver, soit dans leur imagination, soit dans les légendes de leur pays, quelque jolie histoire qui s’adapte à leur nom ou à leur naissance. Le grand succès, dans cette première partie de la fête, fut pour Momô-tarô, qui raconta, avec toute espèce de gentilles petites grimaces, un vieux conte renommé. Momô-tarô commença ainsi :&lt;br /&gt;«Watakuski, né ? O Momô-Tarô san.» (Moi, n’est-ce pas ? je suis mademoiselle Momô-tarô.)&lt;br /&gt;Rien de mignon et de gracieux comme sa manière de dire ce &lt;span style="font-style: italic;"&gt;né ?&lt;/span&gt; en se montrant elle-même de son petit doigt rose et pointu. (…) Quand la jolie Momô-tarô eut terminé, elle regagna bien vite sa place à côté de ses compagnes, qui vinrent tour à tour nous dire une histoire. Puis, Tatzu, l’ordonnateur de la fête, fit commencer les apprêts du festin. Il devait y avoir grand souper et grand buffet pour ces dames. On apporta les mille petits objets, plateaux, tabourets, tasses de laque, etc., etc., nécessaires aux Japonais pour mettre leurs différents mets. Le souper se composait de riz, de poissons crus ou cuits accommodés  de différentes manières, de gâteaux de toutes les formes et de toutes les couleurs, et de fruits. La pièce montée du milieu mérite une mention spéciale. C’était un grand poisson appelé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;taï&lt;/span&gt;, long d’un mètre environ, entouré de fleurs et de fruits, entièrement et artistement découpé.&lt;br /&gt;Quelle ne fut pas ma surprise de voir tout à coup le monstre faire de petits soubresauts sur son plat, respirer, ouvrir et fermer sa hure! Je croyais à quelque mécanisme ingénieux, quand je pus me convaincre tout à mon aise que ce poisson tout tailladé n’était pas encore mort. Il vivait, il respirait, il agonisait. Les Japonais, qui sont très-adroits, découpent complètement la chair, qu’ils détachent presque de l’arête principale sans cependant toucher à aucune des parties vitales de l’animal. Ils garnissent le tout de fleurs, versent dessus une espèce de sauce glacée, et sans se préoccuper le moins du monde des souffrances de la pauvre bête, ils servent la pièce montée. Après avoir grignoté quelques hors-d’œuvre, toutes les jolies geishas, armées de petits bâtonnets en guise de fourchettes, attaquèrent le poisson agonisant dont, un instant après, il ne restait plus que la tête et la longue arête. Je pourrais dire que le poisson toujours vivant, ainsi débarrassé de sa chair, fit sur sa queue un bond prodigieux ; qu’il alla retomber à cent mètres de là dans le fossé du château impérial, et qu’il regagna la mer en descendant le Tunegawa; mais ceci serait sortir de la vérité stricte, et cette vérité est que, malgré toute la délicatesse avec laquelle les jolies filles arrachaient les parcelles de chair crue, quand l'opération fut terminée, le malheureux &lt;span style="font-style: italic;"&gt;taï&lt;/span&gt; avait vécu.&lt;br /&gt;Après une longue série de chants, de musique et de danses très-piquantes et très-jolies, la soirée se termina par une grande jonkina. La jonkina est ce que je pourrais appeler la danse nationale des geishas; mais elles l’exécutent très-rarement devant les Européens, qui voient ce qu’elles font innocemment et sans malice avec tout autre œil que les Japonais. La base de cette danse est un jeu qui ressemble tout à fait à celui qu’on appelle la mourre, et que le peuple joue en France et en Italie. Les deux joueurs lancent la main en avant en même temps, et il s’agit de deviner le nombre de doigts que lèvera l’adversaire.&lt;br /&gt;Or voici comment cela se pratique pour la&lt;span style="font-style: italic;"&gt; jonkina&lt;/span&gt; : le poing fermé représente une pierre; la main ouverte, une feuille de papier; et enfin si les deux doigts, index et médium, sont allongés et forment un V, cela représente une paire de ciseaux. Or la pierre gagne contre les ciseaux, puisque les ciseaux ne peuvent pas couper la pierre; mais elle perd contre la feuille de papier, qui peut l’envelopper. La feuille de papier perd contre les ciseaux, qui peuvent la couper. Si les deux mains représentent la même figure, il n’y a rien de fait, et l’on recommence. Lorsque les deux geishas avancent leur main, l’une représente par exemple la pierre, et l’autre les ciseaux; cette dernière a perdu, et elle est obligée de donner comme gage quelque partie de son costume ou de sa toilette une épingle à cheveux, une bague, une ceinture.&lt;br /&gt;Et cela continue ainsi jusqu’à ce qu’une des deux danseuses, perdant son dernier gage, soit déclarée battue et se sauve honteusement, poursuivie des huées de ses camarades. Pendant toute la durée de cette partie étrange, les geishas ne cessent de danser, de chanter des airs sauvagement rythmés, accompagnés par les samisen des autres musiciennes. Un quadrille composé de Momô-tarô et Kuman, et de O Sei et O Iji Sam, s’avança sur les nattes fines et blanches. Elles commencèrent assez froidement et avec calme; puis bientôt, l’amour-propre s’en mêlant et la musique devenant plus animée, elles précipitèrent les mouvements. Quand l’une d’elles avait perdu un coup, elle laissait tomber un gage sans arrêter le jeu.&lt;br /&gt;Au bout d’un quart d’heure environ, O Iji Sam était battue par O Sei ; la lutte continuait entre Momô-tarô et Kuman ; n’ayant plus sur leur joli corps que les plus extrêmes vêtements, elles les défendaient à outrance. Tout à coup Momô-tarô poussa un cri de désespoir, et laissant tomber le dernier lambeau de soie qui la couvrait, elle disparut en courant, tandis que Kuman, victorieuse, nous regardait avec orgueil, tout heureuse de la victoire qu’elle venait de remporter.&lt;br /&gt;Il ne faudrait pas conclure de ce que je viens d’écrire que nous avons fait là une folle orgie et passé une soirée extraordinaire. Je l’ai dit plus haut, les geishas sont des danseuses, des musiciennes vertueuses, et souvent les Japonais les font venir au milieu de leur famille et de leurs invités pour danser et faire de la musique. C’est dans les habitudes du pays. Ils ne leur font peut-être pas toujours danser la jonkina ; mais nous l’avons fait dans une bonne intention. C’était pour nous… instruire.&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SaknEJZRKVI/AAAAAAAABUM/r5ImROmdJCk/s1600-h/BLIII+2.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 253px;" src="http://1.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SaknEJZRKVI/AAAAAAAABUM/r5ImROmdJCk/s400/BLIII+2.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5307816588027701586" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;A une heure, tout le monde nous quitta ; les jolies geishas, emmitouflées outre mesure, partirent en jinrikishas on nous envoyant mille &lt;span style="font-style: italic;"&gt;sayonara&lt;/span&gt; gracieux. Quelques instants après, le Yoshira-yashiki était plongé dans le sommeil.&lt;br /&gt;Emile d’Audiffret, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Notes d’un globe-trotter, Course autour du monde, De Paris à Tokio – de Tokio à Paris&lt;/span&gt;, éditions Plon, 1880.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5214283234982423024-7091637671072520029?l=lemondedejadis.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/feeds/7091637671072520029/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/japon-1878-geishas-chiri-fouri-au.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/7091637671072520029'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/5214283234982423024/posts/default/7091637671072520029'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://lemondedejadis.blogspot.com/2009/02/japon-1878-geishas-chiri-fouri-au.html' title='Japon 1878 : Geishas &amp; chiri-fouri au Nippon ancien'/><author><name>Vincent</name><uri>http://www.blogger.com/profile/16696892063281110808</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_wZSEuzccRGw/SakNz7ysaHI/AAAAAAAABS4/pSQpcpYLc94/s72-c/BLIII+1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
